Abdoulaye Abdoul Kader CISSE, ministre des Mines, des Carrières et de l’Energie : “Traces de pétrole, anomalies d’uranium, mines d’or …le Burkina est devenu un pays minier”

GIF - 53.4 ko Abdoulaye Abdoulkader CISSE

Suite à la décision du gouvernement de rétirer la SONABEL de la liste des sociétés à privatiser, nous avons rencontré le ministre des Mines, des Carrières et de l’Energie, Abdoulaye Abdoulkader CISSE, pour mieux comprendre la portée d’une telle décision et évoquer avec lui d’autres questions de son département dont le délestage, l’exploitation minière.

Monsieur le ministre, le gouvernement vient de décider du retrait de la SONABEL de la liste des sociétés à privatiser. Pouvez-vous nous dire en quoi consiste ledit décret ?

Abdoulaye Abdoulkader CISSE (A.A.C) : Je voudrais tout d’abord rappeler que lors de l’adoption, en 2000, de la Abdoulaye Abdoul Kader CISSEpolitique de développement du secteur de l’énergie, il était prévu deux volets : le volet institutionnel et le volet investissement. Dans le volet institutionnel, il y avait la privatisation de la SONABEL. Ce qui avait d’ailleurs fait l’objet d’une loi en date du 4 juillet 2001 qui mettait la SONABEL et un certain nombre de sociétés d’Etat sur la liste de celles à privatiser. Des études avaient été menées et nous étions arrivés en 2004 à la conclusion que la forme de privatisation qui seyait pour la SONABEL était l’affermage.

A savoir, créer une société de patrimoine qui allait continuer les investissements et être détentrice de tout le patrimoine de l’Etat et trouver une société affermataire pour gérer la distribution et la production. Nous étions dans ce processus avec les partenaires lorsqu’au vu de l’expérience malheureuse de privatisation de beaucoup de pays africains dont le Sénégal, le Mali, le Togo, le Gabon, etc ; nous sommes arrivés à la conclusion qu’il n’était plus opportun de poursuivre le processus comme prévu. Nous avons reconnu ensemble avec les partenaires techniques et financiers qu’au regard des performances de la SONABEL, de ses réalisations et des investissements en cours, qu’il n’était plus nécessaire d’aller vers la privatisation. Par contre, il faut améliorer le mode de gestion de la SONABEL, c’est-à-dire, lui donner un mode de gestion de type privé avec des contrats d’objectifs à atteindre. Et c’est vers cela que nous tendons.

Justement, qu’est-ce qui va fondamentalement changer dans la gestion ? Ne doit-on pas craindre une privatisation qui ne dirait pas son nom ?

A.A.C : Non ; parce que l’expérience des autres pays a montré que le repreneur, la société affermataire, lorsqu’il arrivait, n’était plus intéressé que par les résultats et les bénéfices immédiats au détriment des autres engagements. Ainsi donc, au lieu d’investir pour davantage accroître la production et satisfaire la demande, on s’est généralement plutôt précipité pour relever le prix de l’électricité, effectuer des coupes sombres dans les postes de dépenses, etc. Est-ce ce qui nous fallait ? Certainement pas et c’est cela la différence fondamentale. Là, non seulement l’Etat et la SONABEL vont poursuivre les grands investissements pour atteindre l’objectif de 60% d’électrification en 2015, mais, en plus, l’Etat continuera sa politique tarifaire de soutien à l’économie, de soutien aux couches sociales les plus défavorisées. C’est ce que n’aurait pas fait le privé.

Concrètement, quelles retombées aura cette nouvelle donne sur le consommateur notamment en termes de réduction des coûts ?

A.A.C : Cette question nous est souvent posée. A quand la baisse des coûts ? Je pense qu’il faut d’abord pouvoir satisfaire la demande. Après quoi, nous allons regarder ensemble les mesures qu’il faut prendre dans ce sens tout en ciblant le type de consommateurs qui puissent en bénéficier.

Ce d’autant plus que tous les consommateurs n’ont pas les mêmes problèmes. Par exemple, les industriels disent qu’à cause du coût de l’électricité, leurs produits ne sont pas compétitifs par rapport à ceux de la sous-région. C’est certainement fondé, mais nous leur demandons de nous donner les structures des prix de leurs produits pour que nous voyions ensemble si effectivement c’est le facteur électricité qui renchérit leurs coûts de production, plutôt que leurs marges bénéficiaires qui seraient la cause principale des problèmes. En tout cas, c’est sûr qu’il faudra aussi regarder de ce côté. Nous nous demandons à chacun de contribuer à ce que nous puissions faire en sorte que la SONABEL soit en mesure de continuer à produire et fournir l’électricité à tous. Bien entendu, cela demande aujourd’hui d’énormes investissements que nous devons tous contribuer à mettre en place.

Peut-on, M. le ministre, parler de prime à la bonne gestion par la SONABEL ?

A.A.C : Non ! C’est simplement la bonne gouvernance et la réal politik.

On a toujours expliqué les privatisations par le besoin de financement de nos unités ; la SONABEL pourra t-elle financer ses lourds investissements sans l’appui attendu des bailleurs de fonds ?

A.A.C : Les bailleurs de fonds du secteur de l’énergie n’ont pas tout à fait la même logique. Les décisions que nous venons de prendre ont été faites de façon concertée avec les partenaires techniques et financiers. Il s’agit de la Banque mondiale, de l’Agence française de développement, du Danemark, de la BOAD, etc. Nous avons des rencontres périodiques. Jusque-là la SONABEL n’est pas privatisée, mais les investissements se poursuivent. Ces investisseurs ont beaucoup contribué dans l’interconnexion avec la Côte d’Ivoire qui a coûté 55 milliards de FCFA. Avec leur soutien, nous sommes en train de construire une centrale à Komsilga à hauteur de 16 milliards de FCFA environ. Nous poursuivrons aussi d’autres investissements parce que, malgré les interconnexions, nous comptons construire des centrales d’une capacité de 40 MW. Et les partenaires techniques et financiers ont adhéré à ces différents projets.

Malgré tous ces investissements et l’interconnexion avec la Côte d’Ivoire, il y a toujours des délestages !

A.A.C : Même un être humain peut tomber malade. Est-ce qu’il peut prévoir quand il va tomber malade ? Nous avons expliqué que c’est une centrale à gaz de 150 MW qui nous fournissait le courant qui est tombée en panne en Côte d’Ivoire. La demande totale au Burkina est estimée autour de 160 MW et avec la Côte d’Ivoire nous comptions prendre 100 MW pour en distribuer une trentaine à Bobo-Dioulasso et les 70 autres à Ouagadougou. Ce qui permet de couvrir largement le déficit ; mais, entre temps, la centrale ivoirienne est tombée en panne. Alors, que pouvons-nous objectivement faire ? Il faut toutefois dire qu’ils ont fini de la réparer et sont en phase d’essais ; si nous sommes patients, je pense que dans quelques semaines la Côte d’Ivoire va reprendre le service de la fourniture de l’électricité au regard du contrat qui nous lie.

De façon générale, pouvez-vous nous définir succinctement les grandes orientations de votre département en matière d’électrification ?

A.K.C : Nous avons deux grands objectifs. Premièrement, c’est de porter le taux d’électrification qui est actuellement de 25% à 60% en 2015. Il faut remarquer que ce taux était à 8,5% en 2000. Vous imaginez le chemin déjà parcouru. Deuxièmement, c’est de travailler à baisser le coût de l’énergie pour le rendre compétitif. C’est pour cela que nous avons défini plusieurs axes. Le premier axe est de faire des interconnexions avec la sous région. C’est déjà effectif avec la Côte d’Ivoire. Nous allons démarrer avec le Ghana bientôt et les études sont en cours pour l’interconnexion avec le Nigéria à travers le Niger et le Bénin. Ça c’est pour lever la contrainte, de la disponibilité.

Parce que quand on est sous cette contrainte, on ne peut pas réfléchir sur le long terme. Le deuxième volet, c’est de voir les énergies alternatives. C’est pour cela que nous avons initié le projet de construction d’une centrale solaire de 20 MW à Mana dans les Balés. Nous pensons que, si tout va bien, nous allons lancer ledit projet en octobre. Il s’agit d’un projet pilote. Les gens parlent beaucoup du solaire tout en ne comprenant pas que non seulement nos Etats ne maîtrisent pas encore cette technologie, que ceux qui la maîtrisent ne sont pas disposés à la mettre à notre portée mais qu’en plus c’est une technologie qui coûte cher. Par exemple, la centrale des 20 MW va nous coûter entre 70 et 80 milliards de FCFA alors que la centrale thermique de 18 MW en construction à Komsilga coûte environ 16 milliards.

L’avantage cependant de la centrale solaire est que sa source qui, est le soleil, est inépuisable. Certes, beaucoup de gens pensent que c’est la bonne option mais la difficulté majeure est qu’au-delà de son coût très élevé, nous n’avons pas encore d’ingénieurs capables de monter et de gérer une centrale solaire. Ceux qui peuvent le faire sont les mêmes qui se retrouvent dans le marché du pétrole. Bien évidemment, ils peuvent craindre que, si le solaire se développe, ils ne perdent d’importantes parts de marché.

Dans ce cas, pourquoi ne pas envoyer nos ingénieurs en formation sur ces modules ?

A.A.C : Justement le projet pilote de la centrale solaire de Mana va permettre de développer l’expertise nationale. C’est ça aussi l’objectif à travers ledit projet. S’il est concluant, nos productions tendront vers le solaire. Ce qui va lever notre dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Les gens voient dans l’interconnexion une dépendance, mais l’autre dépendance est que, si nous continuons à ne vouloir faire que de la thermique, le jour où le baril va passer à 200 dollars, on subira de bien pires affres. Donc c’est pour cela que nous pensons que de nos jours l’heure n’est plus à la polémique mais à la réflexion et à l’action.

Et pourquoi le choix du site de Mana ?

A.A.C : Nous nous sommes retrouvés avec une société minière, à savoir la SEMAFO, qui au-delà de l’exploitation de la mine de Mana Fabori, veut contribuer au développement du Burkina à travers ce projet. Comme la mine d’or se trouve à Mana, nous allons construire la centrale ensemble, la production sera rétrocédée à la SONABEL qui la vendra à Mana. Les habitants de Mana et d’autres localités pourront donc se connecter directement sur le réseau SONABEL.

Justement, il y a aussi que le problème de l’électrification rurale se pose également avec acuité. Quelles sont les stratégies de votre département en la matière ?

A.A.C : Au niveau de l’électrification rurale, les gens confondent les premiers projets pilotes que nous avons eus avec le financement danois. Au début, lorsque nous avons créé le Fonds d’électrification rurale, ce sont eux qui se sont portés volontaires pour nous accompagner. Et lorsqu’un partenaire vous accompagne, il a des critères propres à lui. Nous avons mené ces projets dans une trentaine de localités et sur la base de l’expérience, nous avons aujourd’hui révisé beaucoup de choses. C’est ainsi que de nos jours, les tarifs sont les mêmes que ceux de la SONABEL. Il y a un arrêté conjoint du ministre des Finances, de celui du Commerce et de moi-même pour aligner les prix. Pour les localités qui ont les centrales isolées parce qu’on ne pouvait pas les connecter sur le réseau SONABEL à cause de la distance, le prix du carburant qu’on utilise est subventionné par l’Etat. Ensuite, sur instruction du président du Faso, nous avons décidé que la SONABEL doit approfondir et développer son réseau d’interconnexion interne. C’est pour cela que vous voyez qu’aujourd’hui beaucoup de localités sont en train d’être interconnectées sur le réseau SONABEL. Cela, pour qu’on n’utilise plus les centrales isolées qui coûtent cher et dont les charges contribuent à relever le niveau de vente du kilowatt heure par rapport à ceux qui sont sur le réseau SONABEL. Donc, de plus en plus, l’électrification rurale se fera sur le réseau SONABEL, cela pour éviter les charges inutiles.

Beaucoup de choses ont été dites sur l’électrification rurale mais il est important de souligner que nous étions dans une phase de projets pilotes. Rien que pour l’année 2010, nous allons électrifier près de 200 localités aussi bien par le solaire que par le conventionnel. Je vous donne quelques statistiques pour que vous-vous rendiez compte de l’évolution. De l’Indépendance à l’année 2000, il y avait 48 localités électrifiées au Burkina. Aujourd’hui, nous sommes à 159 localités. Les chantiers d’électrification des 200 localités cette année vont démarrer bientôt avec le soutien des partenaires techniques et financiers notamment la Banque Mondiale, le Team9 (en Inde), le projet espagnol et la BAD avec près de 12 milliards pour une centaine de localités ; il y a également un projet espagnol qui va s’occuper d’une cinquantaine de localités en énergie solaire, la BAD se prononce avec un soutien de 18 milliards pour une centaine de localités également. Vous voyez bien qu’il y a des efforts qui sont faits et vous avez bien fait de venir à l’information sinon il y a des gens qui ne cherchent pas l’information et qui font seulement de la désinformation. Je vous remercie vraiment pour votre démarche.

Certains observateurs se plaignent en disant que la SONABEL ne s’installe dans une localité que lorsqu’elle est sûre de pouvoir faire du bénéfice. A.A.C : C’est bien normal. C’est pour cela que nous avons deux structures. La SONABEL doit avoir une gestion de type privé, mais, il y a le Fonds de développement de l’électricité (FDE) qui est commis pour s’occuper des localités non rentables pour la SONABEL. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on prélève 1 FCFA sur chaque kilowatt heure qui est reversé au Fonds. Ce qui permet de corriger les disparités. La réflexion a donc été menée et la SONABEL doit continuer dans les localités qui sont rentables mais en même temps le FDE doit aussi continuer à électrifier car, contrairement à la SONABEL, il peut avoir des subventions pour bien mener la mission qui lui est assignée. Il faut noter que lorsque le FDE électrifie une localité, c’est la SONABEL qui assure la gestion. C’est ce qui est convenu.

Abordons un tout autre domaine, M. le ministre. Le Burkina connaît actuellement un boom minier. Quel est en réalité le potentiel du pays ? A.A.C : Le potentiel minier du Burkina est énorme. Nous avons pu vraiment découvrir l’importance de ce potentiel à partir de 2003, avec le financement de l’Union européenne à travers le SYSMIN, qui nous a permis d’élaborer la nouvelle carte géologique et minière du Burkina. Pour avoir ces résultats, une société minière aurait dû investir pendant cinq ans dans la recherche. Vous voyez ce que cela pouvait prendre en temps et en coût.

De nos jours, la nouvelle carte minière permet à une société d’économiser cinq ans de recherches et des milliards d’investissements. Pour illustrer mon propos, nous avons observé que les sites d’orpaillage sont passés en 2000 de 10 à 270 grâce à cette carte. En effet, avec cette carte, les gens savent à peu près là où ils peuvent aller gratter et avoir de réelles chances de trouver de l’or. Cette carte nous a permis aussi de voir des anomalies d’uranium. Un fait auquel personne ne pouvait croire avant. Enfin, cette carte nous a permis aussi de voir que nous avons des sédimentations ce qui suggère la possibilité de sites pétrolières. Nous avons trois blocs pour la recherche pétrolière, à savoir deux blocs au Nord-Ouest et un au Nord. Ce qui nous rend optimiste avec ces blocs, c’est qu’ils sont adossés aux blocs qui sont au Mali et qui font l’objet de recherche par des sociétés américaines. Voilà en partie le potentiel minier que nous avons dans notre pays.

En termes concrets, nous avons aujourd’hui cinq mines d’or en production à savoir Kalsaka, Mana Fobéri, Youga, Taparko et Inata qui a démarré la production et qui sera inaugurée le 8 avril par le Premier ministre. Essakane rentrera en production en septembre. Ce qui nous fera six mines d’or en production. Courant 2010, d’autres sociétés entendent déposer leurs études de faisabilité pour la construction d’autres mines d’or. Nous avons le zinc de Perkoa dont la production va reprendre en début mai. Le chantier était arrêté parce que le cours du zinc avait chuté et il était difficile de mobiliser les financements. Il y a aussi la mine de manganèse de Kiéré qui est en construction. Nous sommes en discussion avec des partenaires pour la construction de la mine de manganèse de Tambao …

Mais pouvez-vous nous rassurer que le gouvernement a pris les dispositions nécessaires pour que tout cela profite aux Burkinabè ?

A.A.C : Bien sûr et c’est pour cela que nous avons adhéré à l’Initiative de transparence dans les industries extractives dans laquelle les organisations de la société civile sont représentées. Lorsque vous adhérez à cette initiative, c’est la communauté internationale qui veille avec vous sur les recettes et leur affectation. Mais en plus de cela, nous sommes en train de relire les textes parce que lorsqu’on les élaborait en 2003, il n’y avait aucune mine. Aujourd’hui, la réalité nous montre les filets par lesquels les uns et les autres peuvent passer s’ils sont animés de mauvaises intentions. L’objectif de la relecture des textes est donc de renforcer les dispositifs afin d’éviter que certains ne passent entre les mailles du filet.

Ce boom minier signifie-t-il beaucoup d’argent pour le Trésor public ?

A.A.C : En perspective oui. En 2008, il y a eu 9 milliards et pour 2009 il y aura plus de 15 milliards. Cela est dû au fait qu’au début pour attirer les sociétés minières, elles bénéficient d’une exonération pour les premières années mais à partir de la troisième année, toutes ces exonérations sont levées. C’est dire qu’à partir de 2012, les recettes seront plus importantes. Mais au-delà même de ces recettes, l’or est devenu notre premier produit d’exportation alors que jusque là c’était le coton. La production est passée de 5 tonnes en 2008 à 12 tonnes en 2009 et à partir de décembre 2010 elle sera de 22 tonnes. Le Burkina est donc devenu un pays minier.

De plus en plus les orpailleurs se font entendre dans la presse pour dénoncer des situations d’expropriation, des déguerpissements violents, etc. Avez-vous un message à leur endroit ?

A.A.C : J’ai lu cela dans la presse à travers une lettre ouverte au Premier Ministre. Je dis que c’est déplorable. Vous savez, il y a un arrêté conjoint du ministre de l’Administration territoriale, du ministre de la Sécurité et de moi-même qui interdit l’orpaillage pendant la période de l’hivernage et nous avons défini deux zones : les plus arrosées et les moins arrosées. Pour les zones les plus arrosées, on interdit les activités d’orpaillage du 1e juin au 30 octobre et pour la deuxième zone c’est du 15 juin au 30 septembre. Vous avez suivi qu’en 2007, il y a eu des éboulements qui ont causé jusqu’à 34 morts à Koukiéra. Vous savez également tout ce qui a été dit et écrit.

C’est pour cela qu’en 2009, je me suis personnellement déplacé dans ces zones pour constater si la mesure était effective ou pas. C’est là que nous avons constaté que, sur le site de Tionor, les gens avaient refusé de déguerpir. Qu’est-ce qui nous restait à faire en tant que ministre en charge des Mines, force étant à la loi, sinon que d’agir pour qu’il n’y ait pas encore des éboulements et des morts et pour éviter que le ministère ne soit traité de tous les noms d’oiseaux ? Nous n’avions donc pas le choix que de les faire déguerpir. C’est ce qui a été fait. Et demain encore on utilisera la même méthode pour ceux qui seront dans les mêmes situations pour qu’il n’y ait pas d’éboulements et pour qu’il n’y ait pas morts d’hommes.

En dehors de cela, nous ne connaissons pas des cas de déguerpissements d’orpailleurs sauf lorsque le site fait l’objet d’un permis de recherche. En tous les cas, il faut qu’on comprenne que notre ministère c’est celui des Mines et non de l’orpaillage. La loi est claire : lorsque quelqu’un a un permis de recherche sur un site, il en a la propriété. Quitte à ce que celui-ci autorise quiconque veut faire de l’orpaillage de le faire sur ce site. Nous, notre objectif, c’est de créer des mines industrielles.

Pour nous l’orpaillage est une situation que nous tolérons, sinon ce n’est pas l’objectif de notre ministère. Nous ne fabriquons pas des orpailleurs, ils naissent spontanément tout comme ils disparaissent spontanément. Notre rôle c’est donc de développer la mine industrielle. Maintenant que l’orpaillage existe, on doit le réglementer et l’encadrer pour qu’il pollue moins la nature, qu’il détruise moins nos forêts, tout comme veiller à ce qu’on n’y utilise pas des produits toxiques comme le cyanure, le mercure, etc.

Je ne le dirai jamais assez, notre mission n’est pas de développer l’orpaillage mais de faire en sorte que la recherche permette de découvrir les réserves importantes et de passer à la mine industrielle. Si vous l’avez remarqué, là où la mine industrielle naît, l’orpaillage disparaît.

Monsieur le ministre, pour revenir au potentiel minier, les Burkinabè peuvent-ils donc rêver du pétrole un jour ?

A.A.C : Ce que je peux vous dire, c’est que nous poursuivons les recherches. Il faut être prudent car, vous savez, il y a des pays, lorsqu’ils ont découvert les traces, ils se sont précipités dire qu’ils ont du pétrole ; cela a entraîné toutes sortes de revendications et, par la suite, ils se sont trouvés dans l’incapacité de faire face à la situation. Entre les traces de pétrole et découvrir une quantité suffisante permettant de passer à la production industrielle, c’est deux choses différentes. C’est pour cela que je dis que nous poursuivons les recherches.

Vous avez aussi parlé d’anomalies d’uranium ; de quoi s’agit-il concrètement ?

A.A.C : C’est pour dire qu’il y a des parties de notre pays où il y a des traces d’uranium. Il s’agit des régions du Nord, de l’Est et du Nord-Ouest. Mais le problème est que la recherche en uranium coûte cher. Nous venons d’adopter un nouveau décret qui réglemente la recherche en uranium, les taxes à payer et nous avons déjà reçu une cinquantaine de demandes. Maintenant que le décret est adopté, nous allons passer incessamment à l’octroi des permis de recherches. Peut-être que dans les deux années à venir notre pays, en plus d’avoir de l’or et du manganèse, pourrait avoir de l’uranium !

Et pour conclure ?

A.A.C : Je tiens vraiment à saluer votre initiative tout en félicitant votre journal que je lis beaucoup. Je profite donc de l’occasion pour vous encourager parce que vous êtes objectif. Je vois souvent qu’on vous fait de mauvais procès parce qu’il y a des gens pour lesquels il faut « tirer » tout le temps. Cependant, quand un plat est bon, il faut le reconnaître car s’il n’est pas bon vous ne trouverez personne pour le manger. Je vous félicite donc et je vous encourage pour cette démarche.

Drissa TRAORE

L’Opinion

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