Les perceptions que les “Lobi” ont de leur habitation : l’exemple du yir dagara

 

mercredi 28 octobre 2009, par Bendré

Les démarches q4u’il faut entreprendre dans le cadre d’une nouvelle construction sont multiples en milieu Dagara. Le choix du site de la maison s’opère avec le maximum de précaution. Bien que la géographie soit importante dans ce choix, ce sont surtout les considérations d’ordre métaphysique qui sont les plus déterminantes. Les éventuels passages des génies : les flancs des collines, la proximité de trous habités par des animaux sauvages, bref, tout environnement qui paraît insolite doit être soigneusement évité. Toutes ces précautions amènent le Dagara à se bâtir dans un premier temps, une maison provisoire (sew) quand il arrive dans une région inconnue. Il s’accorde ainsi un délai qui lui permet d’étudier le site de son habitation définitive. Toutes les démarches s’entourent du secret le plus absolu jusqu’au moment où le propriétaire de la nouvelle maison (yir- sob) en avise officiellement le chef de terre Tengan-sob. Cette formule consacrée traduit le désir du paysan de se bâtir une maison. Le matin du jour convenu, le Tegan-sob arrive de bonne heure. Il donne le signal du début des travaux en creusant trois fois le sol le premier avec une hache (LER). Le yir-sob creuse à son tour. Une branche de Gardenia liescens est plantée à l’endroit creusé (Tâbog-nuor) où sera enlevée la terre nécessaire à la construction. Parents et amis creuseront ensuite pendant plusieurs jours pour obtenir la quantité de banco nécessaire. La terre enlevée est pétrie sur place, puis malaxée avec de la paille ou du son de mil pour donner de la consistance au banco (Tan) qui est mis en deux ou trois gros tas selon la taille de la maison à construire. Tous ces travaux préliminaires se déroulent dans les mois de septembre et octobre. La construction d’une maison en milieu Dagara n’est pas une mince affaire. Elle a valeur de test social ; un véritable ami ne peut rester indifférent quand son partenaire déménage. Encore moins les parents et surtout les gendre (Dièbè) dont l’assiduité est exigée. Parfois il leur est même assigné des tâches précises, souvent les plus ardues à exécuter. Les groupes de travail se succèdent jour après jour, village après village jusqu’à la fin des travaux dont la durée est fonction de la main-d’œuvre disponible. Suivant les relations de celui qui déménage, les travaux peuvent durer longtemps ou prendre seulement quelques semaines. De la bière de mil (Dâa) et de la nourriture : patates douces, ignames ou arachides, réconfortent chaque groupe de travailleurs à la fin de la journée. Vers la fin de la saison des pluies (octobre), lCarteBFvisio3e yir-sob convient d’une date avec ses proches, puis  convoque de nouveau le chef de terre pour la pose de la "premier pierre".
L’emplacement de la nouvelle maison a déjà été choisi et nettoyé. Avant même l’arrivée du chef de terre, un traceur dessine le plan de la maison (Suo-yir Pèr). De grosses mottes de terre sont transportées par les femmes et les enfants du Tâbog-NUOR auprès du plan tracé. Là, les hommes les mettent en plus petits morceaux directement utilisables par les maçons. Le Tegan-sob arrive accompagné de son KUBèR-SOB. Le propriétaire de la maison à construire (yir-sob) dépose dans le cercle tracé un gros canari de bière de mil (Dâa), un autre canari plus petit (duule), une poule noire, une somme de deux cent cauris, un tubercule d’igname, une gerbe de mil (Ka-Jin) un peu de fiente de poule (Nobine), un peu de fumier (Bu Bune) et les selles d’un jeune bébé (Bipiila Bin). Le tègan-sob s’adresse alors à l’Esprit de la terre (Tegân) et lui demande d’agréer le sacrifice qui lui sera offert et de garantir à la nouvelle demeure la paix, la prospérité et le bonheur. Le poulet est sacrifié et tous les objets cités sont remis au chef de terre qui procède à la "pose de la première pierre". Cela consiste dans ce cas précis, à poser les premières mottes de terre du mur du Zaw. Zaw est la chambre par laquelle débute toujours la construction de toute nouvelle maison dagara. Sans titre - 5 copie 5
Le poulet sacrifié se mange grillé sur place accompagné de l’igname. Le dolo du gros canari se boit à l’intérieur du Zaw. Ne peuvent boire de cette bière que ceux qui ont déjà construit leur propre maison. Alors que le chef de terre emporte les cauris et la gerbe de mil (Ka-Jin), le dolo du petit canari est conservé dans l’enceinte de la nouvelle maison. Il y sera versé toutes les premières calebassées de dolo (Da-Zuu) car ce canari doit désormais contenir toujours du Dâa. Cette réserve de dolo est destinée aux retardataires et surtout aux éventuels passants qui eux, peuvent représenter des forces occultes venues tester la nouvelle maison et dont il faut se concilier des bonnes grâces. Ce petit canari constamment plein de dolo restera ainsi jusqu’à ce que les femmes introduisent dans la nouvelle bâtisse,  le premier canari d’eau potable ; ce qui se fait après la couverture du Zaw. Après le geste symbolique du chef de terre, tous les participants mettent la main à la pâte. Ils doivent façonner la première couche des murs de toutes les chambres prévues sur le plan . Le mur (Dacin) sèche au soleil deux jours durant, puis le niveau supérieur est posé. Il faut effectivement éviter que la couche inférieure du mur toujours humide s’écroule sous le poids de la couche suivante. Le mur ne doit pas non plus être trop sec au risque de se craqueler et empêcher la couche suivante de bien adhérer. Dès l’érection du premier mur du yir, le yir-sob ou quelqu’un de sa famille doit y dormir. En cas d’empêchement total, un grand feu est allumé pour éloigner les animaux. Dans tous les cas, si l’on venait à découvrir un lièvre (Sôg) ou ses traces dans la maison en construction, les travaux doivent être abandonnés quel que soit leur état d’avancement. La nouvelle maison est souillée (U sâgna). L’habiter serait s’exposer à tous les malheurs. Une tierce personne et singulièrement un parent à plaisanterie peut ce pendant occuper la maison abandonnée. C’est pourquoi dans la construction d’une nouvelle demeure, tout est mis en œuvre pour achever rapidement le Zaw où séjournera un gardien en compagnie d’un chien et d’un coq. Le chien pour aboyer en cas d’une présSans titre - 5ence étrangère et le coq pour servir de réveil matin.
Tous les travaux achevés, le propriétaire de la nouvelle maison (yir paala) fixe une date à laquelle il fait préparer de nouveau de la bière de mil (liliko-Dâa). Le jour choisi, la branche de gardenia liescens (Da Zur) qui avait été plantée le premier jour des travaux est arrachée du (Tâbog nuor) pour être replantée sur une motte de terre fraîche à la devanture de la maison, dans le recoin d’un mur. Le sang d’un poulet égorgé sur cet ouvrage en fait le premier fétiche (tiib) de cette maison. Il est considéré comme le chien de garde de la maison (yir-baa) qui veille à la santé des occupants contre les sorciers mangeurs-d’"âme" (SUOBI) et les malfaiteurs. Après cette cérémonie, les autres (tibe) de l’ancienne maison sont déménagés dans la nouvelle habitation. Les membres de la famille viendront un à un jusqu’au déménagement complet qui peut durer plusieurs mois avec la construction des greniers à mil (Ci Boge).
La dernière opération dans la construction d’un yir ; opération d’esthétique, mais qui trouve aussi ses justifications architecturales, réside dans le crépissage des murs, du plancher et de la terrasse. Les murs édifiés avec du banco résistent difficilement aux intempéries et sont vite décapés s’ils ne sont pas damés (Pâ). Les secousses telluriques, la sécheresse et les accidents de terrain provoquent facilement des fissures qui rendent le mur peu résistant. C’est pourquoi les Dagara dament les murs et les surfaces avec une espèce d’argile gravillonnée (Zigre) et les enduisent de bouse de vache. Ce crépissage rend les surfaces lisses et moins perméables et donc plus consistantes. Ce travail est réservé aux femmes qui le reprennent pratiquement tous les deux ou trois ans pour permettre le séchage des récoltes.

Maria Taw jubilé 543Source : SOMDA NURUKYOR CLAUDE, Novembre – Décembre 1986.

Advertisements
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Les perceptions que les “Lobi” ont de leur habitation : l’exemple du yir dagara

  1. annelise dit :

    superbe cet article, où l’as-tu péché ? est-il "free" de droit ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s