DEFINITION DE LA CHEFFERIE OU LA CHEFFERIE AVANT LA COLONISATION

Le mot “chef” dérive de caput qui signifie en latin “tête” ; le Petit Robert définit la chefferie comme une unité territoriale sur laquelle s’exerce l’autorité d’un chef de tribu.
Dans cette définition, on voit clairement transparaître les thèses ethnologiques qui considèrent les sociétés non occidentales comme des sociétés primitives que l’on se doit d’étudier afin de comprendre l’évolution de l’espèce humaine, depuis l’homo erectus à l’homo sapiens. La chefferie, dans ces conditions, n’est pas une réalité française ; on ne peut pas imaginer des chefs en France ! Il a existé pourtant des marquis et marquises, des barons et barones, des rois et des reines, des empereurs et impératrices, mais pas de chefs, pour la simple et bonne raison que la France se refuse à admettre l’existence de tribus. C’est pourquoi les expressions “peuple corse, breton, basque ou occitan” apparaissent, à l’entendement des autorités françaises, comme un abus de langage, une sorte de licence.
Que recouvre le terme chefferie appliqué aux réalités politiques, ethniques. La démarche la plus opérationnelle consiste à interroger de l’intérieur les sociétés à chef afin de mieux appréhender des notions que la traduction déforme et dénature nécessairement.
Chez les Moosé, le naam considéré comme une “force d’origine divine qui permet à un homme d’en dominer un autre” est rattaché au mythe fondateur des Moosé qui fait de Yennenga, l’amazone dagomba, la mère de ce peuple issu de la rencontre problématique entre une princesse (enfant unique du roi Nedega) et un chasseur aux origines incertaines (mandingue ou bissa). Wedraogo, le fils issu de la liaison, apparaît comme le père et le premier d’un peuple dont la naissance se fera par le feu, le sang, les viols et les mariages. En effet, accompagné d’une forte cavalerie mise à sa disposition par son grand-père à qui il a été rendre visite à Gambaga, Wedraogo entreprend de conquérir un vaste territoire au détriment des populations autochtones (Bissa, Yonyoose, Gurunsi, Ninisi, San, Dogon). Le territoire ainsi conquis est Tenkodogo ou “la vieille terre”. Le naam de Wedraogo tient à deux impératifs : la naissance (fils d’une princesse rebelle) et les faits de guerre.
Tout au long de leur histoire, les Moosé feront de ces impératifs, avec quelques variantes, le fondement du naam. Naaba Wedraogo, selon la légende, eut trois fils : Rawa, Diaba Lompo et Zungraana. Les deux premiers sont à l’origine de la création des royaumes du Zandoma et du Gulmu. Le fils puîné, en l’occurrence Zungraana, succédera à son père au trône de Tenkodogo ; ses frères aînés ayant refusé d’abandonner leurs territoires.
Le pouvoir (appelé naam chez les Moosé, paalu chez les Gulmanceba, Kirbari chez les Bissa, pyele chez les Lyele, fanga chez les jula, bali chez les gulmanceba, laamu en fulfuldé) se présente, à l’origine, comme le privilège qu’a un homme, de par une naissance qui le rattache à un ancêtre mythique (Wedraogo, Diaba Lompo, etc.) à prétendre à la direction politique de l’un ou l’autre des royaumes, des principautés, des cantons ou des villages du pays. Chez les Moosé, les détenteurs d’un naam sont des nanamse (sing. Naaba). On distingue :

A) les nanamse d’origine noble

- des moo-nanamse (Tenkodogo, Oubritenga et Yatenga)
- des rima (Busuma, Mané, Yako, Boulsa, la Rissiam, Kayao, Konkistenga, pour le cas du royaume de Oubritenga) ;
- des Kombeemba ou chef de cantons
- des tenganamse ou chefs de village
- des nabiisi qui sont des princes ou fils de nanamse ;
- des nakomse qui regroupe l’ensemble des descendants de familles nobles se réclamant de Wedraogo.

B) Les nanamse anoblis

- les kug-ziidba ou ministres d’Etat chargés des provinces (Wiid-naaba, Gung-naaba, Lagl-naaba, Kamsaog-naaba)
- les kombeemba descendants des ministres d’Etat chargés des provinces
- les nanamse de palais (bend-naaba, poe-naaba, nemd-naaba, samad-naaba, lung-naaba, toog-naaba, kamboe-naaba, kassir-naaba, tampui-naaba,…)

C) Les nanamse sans noblesse

- les tengnanamse (chef de village) déchus du titre de noblesse
- les nanamse en dehors du Moogo
- les tengsobendamba
Décrivant la chefferie chez les Moosé, le capitaine P.L. MONTEIL écrit : “Les Näbas se distinguant par le port d’une coiffure spéciale, sorte de béret blanc, en coton dont le turban égale ou excède même celui d’une casquette à trois ponts. Leurs femmes et leurs domestiques se distinguent par le port aux bras et aux jambes, de larges ornements de cuivre, ayant certains d’entre eux, la forme plus étranglée vers les extrémités, des jambières de nos anciens zouaves.
Sorte de monarques fainéants, les Näbas quittent peu leur résidence, leur réclusion est presque absolue ; outre un harem nombreux, ils possèdent des captifs, qui constituent une sorte de corps des pages. Ces enfants ont la coiffure des femmes et portent comme elles les ornements de cuivre dont j’ai parlé. Ils ne quittent jamais la personne du Näba et se montrent jaloux de ses moindres faveurs, au point d’amener sous le plus futile prétexte des rixes souvent mortelles.

Source : Albert Ouédraogo, in les Grandes Conférences du Ministère de la Communication et de la Culture.

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