Guillaume Ouédraogo: Fils de son père et maire adjoint à Argenteuil

                                                                                                                                       Guillaume Ouédraogo. (© Marianne Pollastro)

Etabli en France depuis 1981, Guillaume Ouédraogo, 48 ans, croyait pouvoir y mener une vie tranquille d’enseignant.  Mais le virus de la politique, présent dans son sang depuis sa naissance, l’a bien vite rattrapé. En effet, ce fils du «pays des Hommes intègres» est, depuis un an maintenant, l’un des adjoints du maire de la ville d’Argenteuil, en région parisienne. Rien de surprenant pour cet homme, nourri au biberon de la politique. Avant d’assumer les fonctions de Premier ministre et de président de l’Assemblée nationale du Burkina Faso, son père, Gérard Kango Ouédraogo, a, en effet, été élu député au Palais Bourbon à Paris, en 1956…

«Si on m’avait dit, il y a quelques années, que je trouverais un originaire de la province du Yatenga (Nord du Burkina) au troisième étage de l’Hôtel de ville qui abrite les bureaux de plusieurs élus municipaux, je ne l’aurais pas cru. Et pourtant, c’est chose faite depuis 2008», fait remarquer un habitant d’Argenteuil, issu de l’immigration. A l’ère de Barack Obama, la présence d’un fils du Burkina au sein de la majorité municipale de cette ville de 104 000 habitants peut certes sembler banale. Mais la performance est loin d’être mince. Car la France n’est pas, loin s’en faut, les Etats-Unis. Même si, paradoxalement, la Franco-Sénégalaise Rama Yade est la femme politique la plus populaire de l’Hexagone, les Noirs originaires d’Afrique peinent à se faire une place au soleil. Les partis politiques ne les mettent pas en position éligible sur leurs listes électorales. Il faut donc avoir des qualités indéniables et être un véritable «bosseur» pour sortir du lot.

Et des qualités, Guillaume Ouédraogo n’en manque pas. Comme tout Burkinabè, l’homme plaît par sa simplicité. Mais il ne boude pas son plaisir d’être reconnu dans la rue par les Argenteuillais ou de recevoir leurs félicitations pour la victoire du Parti socialiste, dont il est l’un des militants depuis 2002. Persévérant, le fils du «Duc du Yatenga» est surtout têtu. Mais pas comme une mule. Rien qu’à le regarder avec ses lunettes qui lui donnent plus l’air d’un intellectuel, on voit tout de suite qu’il «en a dans la tête». En tant que professeur, il avoue ne pas faire preuve d’autoritarisme avec ses élèves, mais reste ferme sur les principes liés au respect d’autrui et de la vie en société.

Père de deux garçons de 20 et 10 ans – qu’il a eus avec son épouse, venue elle aussi du Burkina – l’élu local sait mettre les jeunes devant leurs responsabilités. En donnant bien son cours et en faisant, avec rigueur, son travail à la mairie, il sait qu’il peut leur servir d’exemple. «J’ai eu plus de chance que certains jeunes», confie-t-il, avec lucidité.

Un mentor nommé Philippe Doucet

C’est en tant que boursier que Guillaume Ouédraogo arrive, à l’âge de 20 ans, en France. Il atterrit d’abord à Brest, en Bretagne. Pour lui qui vient d’un pays enclavé, le choc est rude lorsqu’il découvre un paysage breton bordé par l’océan auquel il n’était pas habitué. Comme il ne l’était pas non plus avec le froid! A la fin de ses études supérieures de biologie et de biotechnologie, il ne rentre pas au pays. «La décision de rester en France n’a pas été facile à prendre», jure-t-il aujourd’hui.

Après Antony et Rueil-Malmaison, deux autres villes de banlieue, Guillaume Ouédraogo s’installe, en 1996, à Argenteuil, où la famille est aujourd’hui propriétaire d’une maison, située à une minute à peine – à vol d’oiseau – de l’hôtel de ville. «Ce qui m’a frappé à mon arrivée dans cette ville, c’est une certaine chaleur humaine», se souvient-il. Il aurait pu ensuite ajouter en latin: «Ubi bene, Ibi patria» (La patrie est où l’on est bien). Toujours est-il qu’il prend racine dans cette ville du Val d’Oise. Puis le tournant se produit il y a six ans, au moment de son adhésion au Parti socialiste (PS).

Nourri à la triple mamelle de la justice sociale, de la solidarité et de la laïcité, Guillaume Ouédraogo pense que cette formation est en phase avec sa pensée politique. Il y fait ensuite, en 2003, la connaissance de Philippe Doucet, et participe, un an plus tard, à la campagne de ce dernier pour les élections cantonales. Elu conseiller général du canton d’Argenteuil-Nord, Philippe Doucet constitue un groupe de travail. Malgré les divisions qui minent le PS lors du congrès de 2005, l’équipe ne se décourage pas et part à la conquête de la mairie, lorsque Philippe Doucet est désigné tête de liste pour les municipales à Argenteuil. La ville est alors administrée, depuis 2001, par la droite, après 65 ans de règne communiste. C’est sur la Dalle d’Argenteuil – un des quartiers populaires de la ville – que Nicolas Sarkozy prononce, en 2005, le mot «racaille». «On va vous en débarrasser!», promet alors l’actuel locataire du palais de l’Elysée. Les jeunes issus de l’immigration s’en offusquent. Lilian Thuram, ex-international de football, ne cache pas son courroux.

Quelque chose a changé…

Philippe Doucet a, de son côté, l’intelligence de constituer une liste métissée, à l’image de la cité dont il aspire à prendre les rênes. Il profite aussi des errements du camp adverse, notamment en matière de logement, et mène l’Union de la Gauche à la victoire, le 16 mars 2008. Il propose un poste d’adjoint au maire au couple Ouédraogo. Contrairement à sa femme, Guillaume, qui enseigne la biotechnologie dans un lycée à Asnières (une banlieue proche de Paris), a un emploi du temps compatible avec un mandat électif. Il accepte et se voit alors attribuer la délégation liée à la voirie, aux infrastructures, aux bâtiments et au stationnement. Sa mission? Améliorer le cadre de vie des Argenteuillais à travers les travaux de rénovation et d’entretien de la voirie communale, aménager les trottoirs pour permettre la circulation des personnes âgées et handicapées et, aussi, sécuriser les abords des écoles pour les enfants.

Aujourd’hui, quand Guillaume Ouédraogo arbore son écharpe tricolore, notamment pour célébrer des mariages, les gens viennent lui confier que quelque chose a vraiment changé à Argenteuil. Et il en est fier! Tout en sachant qu’il faut travailler davantage pour mériter l’estime des autres. Et l’Afrique dans tout ça? Guillaume Ouédraogo n’a jamais tourné le dos à son continent d’origine. La municipalité envisage de lancer un projet de jumelage avec plusieurs villes africaines. Mais la liste n’a pas été définie. Il y aura peut-être une ville du Burkina…

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