Les principes généraux d’un bendré

"Il n’y a pas de saison précise pour fabriquer un bendré. On prend une grosse calebasse bien mûre, aux parois épaisses. On coupe la partie supérieure qui se trouve près de la tige et on la jette. Ensuite, le griot vide la calebasse et la met à sécher au soleil le plus longtemps possible. Il faut choisir une calebasse bien ronde, aux parois très épaisses.

Pendant que la calebasse sèche, il faut préparer la membrane. Le griot prend " la peau de la petite chèvre qui n’a pas de cornes " (sic). Il la râcle soigneusement avec un couteau. Ensuite, il se procure les jeunes fruits encore verts du calebassier. Il faut en extraire la pulpe acide qu’ils contiennent. On en enduit la peau, du côté des poils, en faisant bien pénétrer le produit. Cette peau est pliée et placée dans un canari couvert. Après quelques heures, on peut aisément gratter la peau. Tels sont les préparatifs. Lorsque la calebasse est bien sèche et la membrane tannée, on peut " coudre " le bendré.

Pour mener à bien l’opération, le griot Bendré doit s’isoler. Pour cette chose, il ferme la porte. Si une personne essaye de voir ce qui se passe et si elle est surprise, elle devra fournir au griot un poulet et un canari de râam (ou dâam, bière de mil appelée également dolo). La membrane est fixée sur la calebasse au moyen de lanières de cuir qui viennent s’attacher sur un cercle de fer situé à la base de l’instrument. C’est le forgeron qui a spécialement confectionné ce grand anneau.

Mais pour l’instant, le bendré n’a qu’une parole. Il faut se procurer une sorte de cire noire. Pour cette chose, c’est difficile. On utilise la sève de l’arbre sâbga. Chaque arbre porte seulement quelques gouttes de sève. Comme il est interdit d’inciser le tronc pour obtenir la résine, il faut parfois quatre, cinq ou six jours de recherches en brousse pour découvrir les sâbsé " qui ont pleuré ". Avec ce produit, on prépare la cire noire du bendré. C’est un produit magique très puissant, c’est un tiim.

Avec ce tiim, tu peux " gagner la femme ". Elle t’aimera et sera fidèle ! En traçant une croix dans le creux de ta main droite et en serrant la main de telle personne, tu auras de l’ascendant sur elle, cette personne ne pourra rien te refuser. Ce tiim est très puissant. De nombreuses personnes convoitent cette cire noire du bendré. C’est pourquoi le musicien ne quitte jamais son instrument. D’ailleurs, il est souvent sollicité par des personnes qui viennent lui demander le tiim en affirmant que ce n’est pas pour faire le mal.

Grâce à ce produit, il y a deux familles de sons. La partie centrale de l’instrument, celle qui est recouverte de l’enduit, a sa parole. Les bords de la membrane ont leur parole aussi. Tant que le bendré n’est pas pourvu du tiim, il n’a qu’une seule parole. Pour le fixer, on enduit d’abord la membrane d’huile de karité. Enfin, sous l’instrument, au bas de la calebasse, on perce un petit trou par lequel la musique pourra s’échapper.

Les griots de chefs (na’yuumba) font ensuite la chose suivante. On prend une poule blanche qui sera égorgée. Le sang coule sur le bendré, lequel a été retourné. Alors, le griot s’adresse à ses Ancêtres. Il leur demande la santé et la paix. Qu’ils acceptent cette poule offerte de bon cœur ! Qu’ils lui pardonnent s’il se trompe en récitant le na-roto ! Qu’il ne soit pas empoisonné lorsqu’il se trouve en compagnie d’autres griots ! Le Bendré récite alors la généalogie de ses Ancêtres, jusqu’à son père. " Qu’ils le gardent au milieu du monde " ! Tout en parlant ainsi, il a prélevé des plumes sur le dos et les cuisses de la poule. Il les fixe sur le sang qui se coagule. Comme la volaille meurt sur le dos, les pattes bien tendues vers le ciel, le griot est heureux. Son sacrifice et sa prière ont été agréés.

Il reste encore à préparer un mélange d’huile et de piment. On trace trois croix sur les flancs de l’instrument, ainsi, avec l’index. Le reste de ce produit est placé au-dessus de la porte. Ainsi, les Esprits et les génies n’entreront pas pour endommager le tambour".
Sur la similitude des informations recueillies auprès de quatre personnes, soit deux Benda et deux Tiimdamba (" maîtres des tiito " ou féticheurs), il subsiste encore bien des imprécisions. Certes, l’instrument paraît " consacré " aux Esprits et sert d’autel pour le sacrifice. Dans le même temps, ces derniers " viennent détruire le bendré s’ils ont été offensés, ce qui peut arriver lorsque le griot les rencontre et ne les honore pas correctement ". En effet, la croyance commune prête au griot le pouvoir d’entrer en communication avec eux, il est sensé les voir au cours des funérailles " lorsqu’ils viennent danser autour du corps avant de repartir en entraînant l’âme du défunt ". Et pendant ce temps, le Bendré exécute les six couplets rituels. Le piment déposé sur le tambour et au seuil de la case qui l’abrite n’a-t-il pas le pouvoir d’éloigner les génies-lutins, kînkirsi ?

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