Feed-back sur l’initiation

 

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L’initiation pratique rétrograde ou socle de la culture Lobi ?

Après la défection de ses armées conduites par des vaillants généraux comme El Hadj Omar Tall, Béhanzin, Babemba, Le Naba Wobgo et surtout L’Almamy Samory Touré, l’Afrique a aussi subit son revers culture. Ceux qui savent « vaincre sans avoir raison » ont aussi apporté leur pratique culturelle dans nos contrées comme valeur étalon. Le pays Lobi n’eut pas de héros puisque sans chefs ni armée, mais il résista bravement avant de fléchir le genou, carquois, flèches et massues à la main.

Il faut le reconnaître, les pratiques culturelles de tout peuple comportent souvent des tares que l’évolution vient corriger par substitution ou par suppression. Le pays Lobi ne fait pas exception à cette règle. Car aussi vrai que la Shoa eut lieu en Europe, il n’est pas faux de dire que nos pratiques coutumières ont eut des jours moins radieux. Aujourd’hui heureusement, les choses ont bien changé. Dans cette lancée l’initiation en pays Lobi doit t-elle être considérée comme ces pratiques rétrogrades ancestrales à ranger ? Mieux, l’initiation peut-elle être considérée comme le socle de la culture Lobi ? Doit-on l’encourager ou la décourager ?

L’initiation comme école de la société Lobi

Loin de ces pratiques comme le lévirat ou l’excision combattue, l’initiation, en pays Lobi est l’école où s’édifie l’esprit de l’adolescent. Dans l’école de l’initiation le jeune Lobi reçoit une éducation et une connaissance approfondie de sa culture et de son milieu. Ainsi l’adolescent Lobi au cours du périple de l’initiation apprend à connaître sa généalogie, à identifier les points de passage de ses illustres aïeuls. Il se familiarisera avec la botanique en apprenant au cours de ce voyage à identifier les plantes et en tirer le breuvage remède pour telle ou telle autre maladie. L’initiation est également le lieu ou le Lobi s’accapare des énigmes, proverbes, contes et épopées de son peuple éléments indispensables pour une maîtrise parfaite de la rhétorique dans ses discours, pour son affirmation propre mais aussi pour les solennités.

Mais l’élément capital à l’école de l’initiation est l’appropriation par le Lobi de ces racines, de son histoire, de l’histoire de toute sa communauté… ; du souvenir de la grande migration. L’initiation est pour le Lobi un retour aux sources, un devoir de souvenir. Combien de peuples aujourd’hui font des pèlerinages dans des lieux où l’histoire a ému et continue d’émouvoir ? Beaucoup, et le peuple Lobi se voit le devoir de faire un retour chaque sept ans au bord du Mouhoun pour rendre hommage à ses ancêtres parce que c’est ce fleuve que ceux-ci ont franchi pour des lendemains meilleurs.

L’arbre ne doit pas cacher la forêt : les premières heures de l’initiation tournent souvent à une punition collective des « djankouman ». Ce jour est le jour du fouet. Et même si en principe il ne s’agissait que d’agiter le fouet beaucoup de « djorbé » l’ont détourné à des fins de vengeances et de règlement de compte. Utiliser ce noble événement pour contenter ses rancoeurs est déplorable et force est de constater que de nos jours la punition collective a perdu du terrain.

L’initiation comme facteur de cohésion intercommunautaire

L’initiation est le catalyseur de la solidarité intercommunautaire des peuples du Sud-ouest du Burkina Faso. En effet le pays Lobi composé d’une quinzaine de communautés compte aussi environ une dizaine de dialectes non inter pénétrables. Curieusement ces communautés partagent les mêmes coutumes. Ces peuples vivent en parfaite symbiose depuis des lustres. L’initiation a donc été d’un grand apport pour la stabilité de ces communautés puisque chaque sept ans ils se retrouvent tous, au même lieu pour l’initiation leur progéniture; ce qui permet à cette descendance de se connaître, de s’apprécier et de sympathiser. L’initiation est donc aussi un facteur d’ouverture d’esprit et de renforcement de la solidarité.

Notons également qu’en plus du nom et des connaissances que le jeune Lobi acquiert au cours de cette étape de sa vie du retour de ce périple qui peut durer le mois il se trouve grandit et est de plus en plus consulté ; il intègre la communauté.

Ici aussi, la longueur du trajet et la rigueur du périple sont des éléments qui concourent à rendre l’initiation en pays Lobi dangereuse et périlleuse. Mais reconnaissons que c’est l’adversité qui façonne les hommes; les vrais hommes.

L’initiation comme instrument de calcul, d’échange et de transmission

La périodicité de l’initiation assez longue (chaque sept ans) a permis aux paysans Lobi de savoir cycle végétatif de certains arbres et de calculer les âges des uns et des autres. Ainsi un Lobi qui aurait vue sept initiations serait âgé d’environ 50 ans.

Aussi du retour de l’initiation, chaque groupe arrive chez les siens avec un brin de culture de plus, copié chez l’autre. Par exemple quand un objet particulier et ses détails chez une communauté voisine attireront l’attention de tel autre. On ira alors demander comment cet objet a été conçu. De retour dans la communauté il sera répliqué et servira dans les usages de cette dernière. Un mot d’une communauté proche dont on ne maîtrise pas la langue, a marqué, alors on l’adopte et si son sens est connu on l’utilisera dans sa communauté. C’est de cette manière que les échanges se sont développés dans la frange Sud-Ouest du pays. On s’échangea des céréales, des habits, des armes, des cauris et surtout de la technique.

L’initiation a aussi été le vecteur de transmission de pouvoirs et des secrets des communautés. C’est à travers l’initiation que le Lobi devient homme. Or on ne peut confier des secrets et des pouvoirs à un enfant. C’est donc après une initiation bien remplie que certains secrets mystiques lui sont dévoilés. Il pourra par ce canal aller se protéger contre les mauvais sorts chez le charlatan ou acquérir des pouvoirs surnaturels…

En pays Lobi l’initiation des jeunes est le ciment de la société. C’est grâce à elle que la jeunesse acquiert les bases fondamentales de ces communautés à la fois très semblables mais aussi diversifiées. Elle constituait donc l’école de ce peuple. Au lieu de la décourager il faut la promouvoir en travaillant à réparer les quelques griefs qui l’ont écorché. Et, dans l’espoir de conserver la cohésion sociale au sein des différentes communautés du Sud-Ouest du Burkina Faso qu’elle a sue toujours entretenir il serait judicieux pour tout Lobi de travailler à ne pas la perdre car il s’agit d’un immense patrimoine.

Ecris par KAMBOU Benjamin

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