EAU POTABLE DANS LES QUARTIERS PERIPHERIQUES

Bras de fer à Zongo autour des bornes-fontaines

La délégation de service public de l’eau potable peine à se concrétiser dans le village de Zongo (situé à la sortie Ouest de Ouaga). Et pour cause, ceux qui géraient les bornes-fontaines réalisées dans le cadre du projet d’aménagement et de développement des quartiers périphériques de Ouaga (composante eau et assainissement) ne veulent pas lâcher facilement "la poule aux oeufs d’or" au profit du délégataire, la société Adam’s commerce et distribution (ACD) choisie par l’ONEA pour réaliser des branchements privés. Pour comprendre la situation, nous nous sommes déplacés le 2 février dernier à Zongo, un village où la corvée d’eau est encore quotidienne pour les femmes mais où "l’or bleu" cristallise des intérêts partisans.

Zongo. A l’évocation du nom de ce village, rattaché à l’arrondissement de Boulmiougou, tous ceux qui suivent l’actualité pensent aux nombreux problèmes du lotissement, qui a souvent fait la Une des journaux. Et il faut croire que rien n’est simple à Zongo pour les populations, pourtant situées à quelques encablures de la capitale. L’eau y est particulièrement une vraie équation. Selon le témoignage des femmes que nous avons rencontrées au marché, leurs souffrances sont quotidiennes depuis toujours puisqu’il faut parcourir des kilomètres pour avoir de l’eau qu’elles transportent dans des bidons. Et les choses ne s’arrangent pas vraiment pour elles, malgré les initiatives. Sont de celles-ci, le projet d’aménagement et de développement des quartiers périphériques de Ouaga, notamment sa composante "Eau potable, et assainissement", de l’Agence française de développement (AFD) qui a mobilisé 1 milliard 115 millions de F CFA. La démarche est toute nouvelle pour tous. Puisque l’ONEA ne peut intervenir dans les zones non loties, décision a été prise de créer des réseaux qui seraient gérés par des délégataires. Cinq quartiers sont choisis, à savoir Bissighin, Nioko 2, Toukin, Bogodogo et Zongo. Ainsi selon nos informations, 10 bornes-fontaines ont été implantées à partir de mars 2009 par l’ONEA. Et la prochaine étape devrait être le choix du délégataire sur la base d’un appel d’offre. C’est à partir de ce moment que "le diable est rentré dans la maison". Fallait-il fermer les bornes-fontaines pour attendre le délégataire de service public de l’eau potable ? L’ONEA a alors décidé d’ouvrir les vannes et de confier provisoirement la gestion des bornes-fontaines au village à travers des structures (groupements féminins, jeunes, chefferie coutumière, etc.) Le m3 d’eau devait être acheté à 188 F CFA par les différents gestionnaires. C’est de là que partent toutes les dissensions, puisque le business de l’eau est quand même rentable.

Entrée en scène de la société ACD

En septembre 2009, la société ACD est choisie comme délégataire par l’ONEA selon son responsable adjoint, A. Marcel Kaboré. Et à l’entendre, elle devait reprendre la gestion du réseau le 26 novembre 2009 pour commencer la promotion des branchements privés à Zongo, au même tarif que celui pratiqué par l’ONEA (50 000 F CFA). Et Marcel Kaboré de nous faire remarquer que dans ce village, tout s’est cristallisé sur les bornes-fontaines alors que l’objectif du projet est de permettre à tous ceux qui le désirent d’avoir un robinet chez eux. Une vraie révolution dans une bourgade comme Zongo.

"Le 26 novembre 2009, nous sommes partis à Zongo avec l’ONEA et les conseillers municipaux. Mais les gérants des bornes-fontaines ont affirmé qu’ils n’étaient pas au courant d’une gestion provisoire" comme nous a confié Marcel Kaboré. Cela nous a été confirmé par le chef du village de Zongo lui-même gérant d’une borne-fontaine. "L’ONEA ne nous a jamais dit qu’il y aurait un délégataire", martèle-t-il. A la limite, on a décidé de leur forcer la main pour confier la gestion des bornes-fontaines à quelqu’un. Le noeud du problème, selon l’autorité coutumière, c’est le prix du m3 d’eau. Avec l’ONEA, le m3 d’eau coûtait 188 F CFA. Et régulièrement, nous partions payer les factures. Le délégataire nous propose 280 F CFA/m3. Ce n’est pas acceptable" s’indigne le chef de Zongo pour qui les femmes verront leurs bénéfices s’envoler. Le mot est lâché. Pour la société ACD, tout ceci est en dehors de toute règle. Marcel Kaboré nous a ainsi expliqué que des clauses précises ont été arrêtées dans le contrat d’affermage n°054/2009/ONEA signé entre l’ONEA, la commune de Boulmiougou et la société ACD qui a la légitimité avec elle, souligne-t-il.

Quand la mairie s’en mêle…

Quand nous quittions la ferme du chef de Zongo le mardi 2 février 2010, celui-ci nous annonçait qu’un terrain d’entente avait été trouvé avec ACD. Mais, visiblement, il a fallu que les choses se corsent avant l’apaisement. En effet, suite aux difficultés pour la société ACD de prendre service, des rencontres avaient été convoquées par la mairie de Boulmiougou en décembre 2009 pour raisonner les gérants provisoires des bornes-fontaines. Selon nos informations, plusieurs fois, les uns et les autres se seraient quittés en queue de poisson. Le bourgmestre, Séraphine Ouédraogo, aurait particulièrement indexé les gérants provisoires pour leur refus de se plier à l’administration. Et c’est pour que "force reste à la loi" que la police municipale s’est rendue avec la mairie de Boulmiougou le vendredi 29 janvier 2010 pour déguerpir les gérants et installer ceux choisis par la société ACD. Ce jour, 5 bornes-fontaines ont été fermées. Le mardi 2 février 2010, elles étaient fonctionnelles et le bureau de Boulmiougou du délégataire avait commencé à recevoir les dossiers des gérants ayant accepté leurs conditions. Mais à quand les branchements privés à Zongo, qui devraient soulager les femmes ?

Zongo, le mauvais exemple

Dans la mise en oeuvre de la composante eau et assainissement du projet, l’AFD a recruté un bureau d’étude français, Hydro- conseil. Son représentant à Ouaga, Dominique Browne, expert en eau et assainissement nous a confié que plusieurs contrats leur ont été attribués, notamment, l’étude marketing, l’assistance en maîtrise pour la création des réseaux. "On a pu faire du travail de qualité avec de petites entreprises dans les quartiers périphériques" a-t-il indiqué. Et c’est en fin 2008 que les bornes-fontaines ont été implantées, nous a-t-il confié. Pour Dominique Browne, c’est une initiative qui a été accueillie avec beaucoup de soulagement par les populations de ces quartiers périphériques.

Ainsi, selon lui à Bissighin, le délégataire a pu réaliser déjà 70 branchements privés. A Zongo, on n’a pas encore fini de s’entre-déchirer autour de la poule aux oeufs d’or ; "Je suis triste pour les populations de Zongo", a déploré Dominique Browne qui, par ailleurs, a fait remarquer que dans les 4 autres quartiers, il n’y a pratiquement pas de problèmes. Cela est confirmé par l’ingénieur chargé du suivi du projet à l’ONEA, Christophe Zanzé, qui a précisé que les autres délégations ont commencé à travailler depuis 3 mois sans difficultés. Mais, tout cela fera partie de la capitalisation des résultats, entreprise par Hydro conseil dans le cadre du contrat pour l’appui aux nouveaux délégataires (pendant un an) signé avec la Banque mondiale et notamment Water Aid et sanitaire program (WASP) .

L’eau, source de conflits…

Ce mardi 2 février 2010, notre première escale a été l’école Zongo A. Sa particularité, c’est qu’elle jouxte une borne-fontaine du village. Et les désagréments sont nombreux. "Au début, nous croyions que cette borne-fontaine nous était destinée" se rappelle la directrice de l’école A, Mme Véronique Sawadogo/Gansonré. Hélas, les élèves et les maîtres ont dû déchanter rapidement. En effet, la cohabitation est difficile. Il n’est pas permis aux enfants de se servir à la borne-fontaine pour étancher leur soif s’ils n’en déboursent pas le sou. Ce que les enseignants trouvent incompréhensible. La directrice de l’école Zongo A dit avoir échangé des propos peu amènes avec le gérant de la borne-fontaine qui a martelé que tout le monde doit payer l’eau. Dans ce climat, il n’y a pas de possibilité pour évoquer les nuisances que subit l’école. En effet, les femmes se disputent souvent au point d’eau. Or, la classe de CP1 est située à 20 m seulement de la fontaine. Conséquence, les élèves sont toujours distraits par ce qui se passe à l’extérieur. Pire, pendant la canicule, les femmes s’asseyent carrément sous l’arbre situé en face de la classe pour attendre leur tour. En l’absence donc de dialogue entre le gérant de la fontaine et la direction de l’école, ces difficultés qui exaspèrent les enseignants, sont encore loin de trouver une solution… pas plus que les coupures d’eau à la fontaine qui ne préviennent pas. Une femme enceinte, présente à notre passage, nous a imploré de faire cas de cette situation qui augmente leur fardeau.

Par Dayang-ne-Wendé P. SILGA

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