20 ans après la libération de Mandela : Les Roben Island sociaux sont toujours là

Aujourd’hui, cela fait exactement 20 ans, jour pour jour, que Nelson Mandela a recouvré la liberté après avoir passé 27 ans de sa vie en prison pour avoir lutté pour une Afrique du Sud libre, démocratique et débarrassée de toutes politique d’exclusion. C’est en effet le 11 février 1990 que le monde entier a suivi et acclamé la libération de Mandela.

Cet événement a précipité le démantèlement de l’apartheid et jeté les bases de la démocratie dans la Nation arc-en-ciel. Ayant le vent en poupe, l’ANC (le Congrès national africain) est sorti de la clandestinité et mène au grand jour ses activités politiques. Par le fait de la loi du nombre, il s’est installé une sorte de démocratie raciale en Afrique du Sud.

Dans un pays où les nègres, pourtant plus nombreux, étaient traqués et parqués comme des parias, l’humanité assistera à un grand chamboulement. Un ancien bagnard, un Noir, est élu président de la république : Nelson Mandela.

Le leader de l’ANC, bien que très populaire, ne s’accrochera pas au pouvoir. A la fin de son mandat, il s’éclipse, refusant de négocier un second bail à la présidence. Certainement qu’il n’avait pas de chantiers à achever comme certains de nos chefs d’Etat qui ne sont jamais à court d’idées pour justifier et excuser leur boulimie du pouvoir.

Mandela est aujourd’hui une de ces légendes vivantes, un de ces héros dont rien n’écorche la popularité et l’aura. Pour preuve : malgré son divorce d’avec son épouse Winnie, séparation que beaucoup de gens n’ont pas appréciée, l’homme surfe toujours au sommet des sondages visant à mesurer l’opinion de ses compatriotes sur lui. Et Mandela demeure un exemple pour des générations entières en Afrique et même dans le reste du monde.

Mais 20 ans après la chute de l’apartheid, l’Afrique du Sud peine à changer fondamentalement en dépit des énormes avancées enregistrées au plan politique avec, d’une part, l’abandon du système de l’apartheid et, d’autre part, l’accès à la citoyenneté à part entière par tous les Sud-Africains. Certes, dans le secteur économique, on assiste à l’émergence d’une classe moyenne noire. Certains d’entre eux ont pu devenir milliardaires. Mais force est de constater que beaucoup de compatriotes de Mandela végètent encore dans la misère, dans la pauvreté absolue dans des bidonvilles.

Et ce n’est pas demain que seront gommées les disparités entre les races. La preuve est que, depuis la libération de Nelson Mandela, le revenu mensuel moyen des Noirs a augmenté de 37,3% alors que celui des Blancs a connu une croissance de 83,5% selon un récent rapport gouvernemental. De plus, le pays reste un des plus violents au monde en termes de meurtres et de viols.

L’héritage de Mandela est sans doute lourd à porter, car ses successeurs ont du mal à réussir dans le domaine social, qui est en réalité le volet qui touche l’écrasante majorité des électeurs de l’ANC. Et ce n’est pas un fait du hasard que des fois les syndicats et les habitants des townships donnent de la voix pour se rappeler au bon souvenir des dirigeants de l’ANC et donc du pays.

Qu’il doit se sentir mal, Nelson Mandela, obligé qu’il est de regarder des fissures dans son parti. Les leaders de l’ANC, anciens camarades de lutte, Jacob Zuma et Thabo Mbeki, s’entre-déchirent. La haine cordiale entre les deux frères s’est soldée par une scission. Que ça doit faire mal de voir de son vivant son héritage ainsi vandalisé et dilapidé. Cependant, dans cette démocratie raciale évidente qu’est devenue la Nation arc-en-ciel, l’alternance n’est pas pour demain.

Une chose est sûre, l’euphorie de l’Afrique du Sud postapartheid est en train de s’estomper. Beaucoup de Sud-Africains, notamment sur le plan socioéconomique, ont déchanté depuis. Evidemment, il y a de quoi, puisqu’ils étaient nombreux à penser que dès que le pouvoir sera aux mains des Noirs, l’agenda gouvernemental sera la redistribution du gâteau national aux pauvres hères des ghettos.

La libération de Mandela a ouvert le pays au reste du monde sur divers plans. Et l’Afrique du Sud demeure, malgré ses problèmes sociaux, la première puissance économique, industrielle et militaire du continent. Et ce n’est sans doute pas un hasard si c’est ce pays qui accueillera en juin prochain la première édition de la coupe du monde de football sur les terres d’Afrique.

L’un dans l’autre, il faut retenir que la sortie du prisonnier le plus célèbre de l’apartheid a été bénéfique au pays tant au plan politique qu’économique. Reste maintenant à y assurer une redistribution équitable des fruits de la croissance.

San Evariste Barro

L’Observateur Paalga

Publicités
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s