Plan de relance économique de Bobo : L’aéroport a perdu des radars

La région des Hauts-Bassins, et particulièrement la ville de Bobo, a toujours été considérée comme le moteur du développement économique du Burkina. Riche d’un potentiel agricole indéniable, cette partie ouest se présente à tous points de vue comme le baromètre de la production agricole dans notre pays.

A cet avantage naturel s’ajoute la position géographique qui confère à Bobo-Dioulasso le rôle de ville-carrefour dans la sous-région ouest-africaine, notamment pour ces Etats sans débouché maritime. Dans ces conditions, il est évident que le développement du transport dans une zone aussi stratégique que cette ville de Sya serait un atout pour son développement. Une vision que partage certainement le chef de l’Etat, Blaise Compaoré, qui a, dans le cadre de son plan de relance économique de la région de Bobo, inscrit la redynamisation de l’aéroport parmi ses priorités.

D’importants investissements ont alors permis à cette infrastructure de se hisser au même niveau, en termes de capacité et de sécurité, que celle des grandes villes comme Ouagadougou, Abidjan, Accra, Bamako, etc. Mais hélas ! Cet important outil de transport est depuis des années dans une situation d’impasse du fait qu’il ne figure toujours pas dans les plans de vol des compagnies aériennes étrangères. Notre voyage au cœur de cet aéroport nous a permis de nous convaincre du potentiel dont il dispose pour le transport de passagers et de marchandises, mais aussi de mesurer l’ampleur du marasme dans lequel il reste englué depuis des années. Reportage.

Le transport aérien en Afrique occupe de nos jours une place prépondérante dans le développement de nos Etats. Tout comme les transports terrestre, ferroviaire et maritime, l’avion demeure un puissant moyen de communication et d’échanges, mais aussi de désenclavement si cher à nos pays sans littoral.

Alors, si la route du développement passe par le développement de la route comme on a l’habitude de le dire, il reste entendu que la conquête de l’espace aérien sera pendant longtemps une priorité pour de nombreux Etats en Afrique. Et tout semble désormais indiquer que le niveau de développement d’un pays ou d’une ville pourrait également se mesurer à l’intensité de son trafic aérien afin de déterminer le volume de ses échanges avec le monde.

Ainsi, des villes comme Accra, Abidjan, Johannesburg ou Tripoli sont devenues des destinations rêvées pour de nombreuses compagnies internationales soit par leur poids dans les échanges internationaux, soit par leur situation géographique, ou encore par la qualité de leurs infrastructures aéroportuaires.

En la matière, la région de Bobo-Dioulasso n’est pas à négliger avec son abondante production agricole, notamment fruitière, son statut de carrefour commercial ouest-africain, et enfin son infrastructure aéroportuaire. Vieux de plusieurs décennies, l’aéroport de Bobo-Dioulasso s’est en effet hissé au cours de ces dernières années à un niveau comparable à ceux de plusieurs grandes villes du continent.

Une piste d’atterrissage longue de 3300 m et large de 45 m dépassant ainsi celle de la capitale burkinabè et deux grands parkings pouvant accueillir de gros porteurs allant jusqu’au Boeing 747 pour le transport de fret, constituent des atouts importants pouvant contribuer à faire de cette infrastructure un véritable pôle aéroportuaire dans la sous-région ouest-africaine. Mais pour donner à cet aéroport toute sa dimension internationale, il est important de s’intéresser à son dispositif sécuritaire lui permettant d’assurer aux différentes compagnies de meilleures conditions d’atterrissage ou de décollage. Air Burkina, la seule compagnie de desserte

Un avion qui doit venir dans une localité a d’abord besoin d’un certain nombre d’informations relatives surtout au niveau de protection de l’aérodrome avant d’établir son plan de vol, nous dit le délégué du représentant de l’ASECNA.

Et Jean Marie Konkisré de préciser que « le niveau de protection d’un aéroport se calcule par rapport à la quantité d’eau, d’émulseurs, de véhicules de pompiers sur le terrain, etc. Il y a une norme internationale qui quantifie tout cela et qui vous permet de vous situer. Aujourd’hui l’aéroport de Bobo, avec tous les équipements dont il dispose, est de niveau 6 sachant que nous atteignons le niveau 7 voire 8. C’est ce qui nous permet d’assurer les vols du Hadj avec ces gros porteurs à parti de Bobo ».

La visite guidée de cet aéroport nous a d’ailleurs permis de nous convaincre de la qualité et de la diversité de ses installations techniques, mais aussi de la présence de nombreuses structures comme la Police, la Douane et la Gendarmerie. Autant d’atouts qui font de cette infrastructure un aéroport international capable de fonctionner à plein temps et de recevoir plusieurs types d’appareils.

Mais la réalité est que, de nos jours, le tableau reste sombre pour l’aéroport international de Bobo-Dioulasso avec cette rareté des vols en dépit de sa position stratégique et de ses nombreux acquis dans le domaine aéronautique. Ce qui est sûr, les mouvements d’avion au départ ou à destination de la ville de Sya sont extrêmement rares.

La seule compagnie le desservant est la compagnie AIR BURKINA avec seulement deux vols par semaine, nous apprend la représentante du délégué du directeur général de l’ASECNA pour les activités aéronautiques nationales du Burkina (DAAN), Rosette Kalaydjian. Ce qui est bien loin de refléter le rôle dévolu à cet aéroport qui a complètement disparu des radars et qui est aujourd’hui bien loin de répondre aux attentes des opérateurs économiques dans le cadre du plan de relance économique de la région.

Sa réhabilitation au milieu des années 90, à coût de milliards, avait pourtant suscité beaucoup d’espoir chez les acteurs du monde agricole de la région. Des producteurs qui disposaient d’infrastructures adéquates de conditionnement et qui trouvaient là un créneau pour l’évacuation de leurs produits dans de meilleures conditions vers les marchés extérieurs.

« Je dois vous dire qu’en matière d’infrastructures, la Chambre de commerce dispose, sur la plateforme d’un magasin et des chambres froides pour le conditionnement des fruits et légumes destinés à l’exportation. C’est vous dire que nous sommes prêts aussi bien à accueillir des avions Cargo qu’à assurer le stockage des produits », nous apprend la DAAN.

Difficile alors dans ces conditions de comprendre pourquoi cet aéroport tarde toujours à prendre son envol dans une région où les produits d’exportation abondent, (coton, sésame, fruits et légumes, etc.). Un magasin pour le conditionnement des marchandises

Triste réalité pour cette infrastructure aéroportuaire avec son espace aérien régulièrement calme et ces parkings vides. Paradoxalement, sur le site que nous avons visité, des travailleurs s’activaient à exécuter des tâches.

Du bureau d’information aéronautique (BIA) à la tour de contrôle en passant par le Service de collecte des données météorologiques, nous étions particulièrement impressionnés par cette sérénité affichée par les agents que nous avons retrouvés à leur poste. Ce qui faisait penser à l’imminence d’un décollage ou d’un atterrissage. Et pourtant non.

« Nous travaillons en permanence et nous recueillons des donnés sans nous soucier si un avion arrive ou pas. Les maintenanciers par exemple font le tour chaque matin pour s’enquérir de l’état des installations. Il en est de même pour le Service énergie et pour les sapeurs-pompiers. Mais vraiment nous aurons souhaité que tout ce travail serve à quelque chose. Ici, nous sommes prêts à recevoir un avion à tout moment », nous dit le délégué du représentant de l’ASECNA.

Le moins que l’on puisse dire est que la redynamisation de l’activité aéronautique, à travers le plan de relance économique de la région de Bobo, connaît de sérieuses difficultés et suscite bien des inquiétudes chez les acteurs du développement dans les Hauts-Bassins.

Les opérateurs économiques et les hommes d’affaires que l’on espérait voir débarquer ou faire embarquer régulièrement des cargaisons de marchandises à partir de Bobo sont quasi inexistant sur les parkings, bien que les conditions d’exploitation de la plateforme aéroportuaire de Bobo soient beaucoup plus souple que celles de Ouagadougou, nous apprend la DAAN.

Cette situation ne laisse cependant pas indifférente la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina à travers sa section territoriale de Bobo. Elle qui dispose sur la plate-forme d’un gigantesque entrepôt pour le stockage et le conditionnement des produits d’exportation. A quand les premiers cargos ?

Perdu au milieu des hautes herbes, ce magasin de fret abandonné et totalement délabré témoigne de la rareté voire de l’inexistence des transports de marchandises à partir de l’aéroport de Bobo.

« Je crois qu’à ce niveau, il faut prendre en compte le facteur coût. Et comme Bobo ne connaît pas de vol international direct, les opérateurs économiques font débarquer leurs marchandises à Ouagadougou pour ensuite les transférer à Bobo par la route. Ils ont aussi la possibilité de les conteneuriser depuis les pays de ravitaillement pour ensuite les acheminer vers les ports de pays voisins avant de les faire parvenir à Bobo » nous apprend Mme Nakanabo de la Chambre de commerce de Bobo.

Il serait donc difficile dans ces conditions d’attirer les exportateurs et les importateurs de la région vers la zone aéroportuaire. Pourtant considéré comme l’un des maillons essentiels de la relance économique, l’aéroport de Bobo a véritablement du mal à prendre son envol. Cette malheureuse situation, qui perdure depuis des années, mérite aujourd’hui une attention particulière des autorités politiques au niveau supérieur.

Car il s’agira de trouver les voies et moyens pour faire de cette infrastructure un véritable levier du développement économique par la rentabilisation des investissements colossaux déjà effectués et à venir. Et cela passe nécessairement par l’ouverture du site aux compagnies internationales pour des vols directs et réguliers et à des prix bien étudiés. C’est du moins l’avis de nombreux acteurs de développement de la région. A quand alors les premiers cargos ?

Jonas Apollinaire Kaboré

L’Observateur Paalga

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