Partage d’informations sur le Net : Les mauvais tours du “Faire suivre”

L’Internet ne finit pas de jouer de mauvais tours à une catégorie d’utilisateurs, surtout ceux qui sont animés de bonne foi et soucieux de partager les informations reçues avec des proches dans le souci d’infirmer ou de confirmer certaines allégations. Si ces expéditeurs conscients prennent le soin de protéger leurs sources, peut-être un souci lié à leur formation professionnelle, les destinataires trahissent le secret dans leur désir d’une divulgation tous azimuts. Trop pressés de faire circuler ces soi-disant « scoops », ils vendent leurs correspondants au point d’éveiller des soupçons sur eux comme étant les auteurs des différentes allégations. Parce que la méthode « Faire suivre » transporte toutes les autres adresses des expéditeurs, ampliateurs et destinataires.

Or, il est aujourd’hui possible par le biais d’une « adresse kidnapée » de cibler un individu et lui envoyer un message à un inconnu sur son téléphone portable mon « BlackBerry » via Zain Burkina Faso.

C’est ce qui est en train d’arriver à un grand professionnel des médias, réputé dans son métier et admiré pour la qualité de ses relations amicales et le sérieux dans le travail.

Cet homme que personne ne peut accuser de verser dans les ragots ni dans des écrits sans preuve a été pourtant pris au piège de l’Internet. Car il n’est ni un aigri ni un ennemi ou adversaire du régime. D’ailleurs, il a toujours apporté sa contribution à toute initiative médiatique tendant à soigner l’image de son pays et à promouvoir l’action de son gouvernement.

Seulement, pour avoir transmis à des amis des messages qu’il considère lui-même comme des cabales pour avilir des personnalités, sans divulguer ses sources, il est aujourd’hui pris à parti au plus haut niveau et même présenté comme l’auteur de ces écrits. Pourtant, à moins de mener une fouille de termites dans les labyrinthes informatiques et dans les fibres optiques, il serait trop hâtif d’accuser sans fondement un usager de propager quoi que ce soit sur la toile.

C’est le lieu où le partage se trouve parfois dénué de tout égoïsme. Sans procéder à un contrôle approfondi, personne ne peut d’emblée imputer à un utilisateur du Net, les origines de la panoplie d’articles colportant çà et là des informations obscènes sur des membres du gouvernement. Malgré la confiance entre l’expéditeur honnête et le destinataire dont il ne maîtrise pas la nature des autres relations, chacun doit maintenant jouer la carte de la prudence dans le partage des informations de peur de se faire trahir et tomber dans une appréciation négative pour sa propre personne ou perdre sa crédibilité.

L’environnement sociopolitique, à l’heure actuelle, offre des cadres propices à un envenimement de la situation. Les cabales contre des personnalités iront de plus belle ces temps-ci et elles bénéficieront malheureusement de larges diffusions, de « manière cagoulée », surtout quand il s’agit des principaux responsables de la gestion du pays.

Aujourd’hui, c’est Pierre, les autres. Demain, ce sera le tour de Paul, soi-même. Etant donné que chaque citoyen aspire à une haute fonction, à être une haute personnalité. Si l’évolution technologique éprouve des difficultés à se prémunir scientifiquement de ses dérapages moraux, il est du devoir de ses usagers et des décideurs de la contenir avec une conscience sociale et sociétale.

“Aucune information n’est innocente”

Une fois encore, ce sont des personnes honnêtes soucieuses de recouper leurs sources auprès de certains amis avisés qui prennent les pots cassés. Alors que lorsqu’on n’a pas la mesure de toute une information, on ne peut limiter sa portée en y apportant soit un démenti soit une restitution des faits. Comme cela a été le cas dans le très regrettable et très manipulée « Affaire Jerôme Bougouma ». Beaucoup d’encre et de salive a coulé mais dans quel but ?

Celui de la vérité ? De toute la vérité ? D’ailleurs cette affaire a ouvert une campagne de souillures invraisemblables de citoyens aux affaires dont la protection de l’honorabilité par tout Burkinabé doit être de mise car cela remet en cause l’attention et la crédibilité accordées au pays à l’extérieur. Aucune information n’est innocente. Elle dépend en grande partie des desseins et des intentions de celui qui la livre aux médias.

L’Internet cache des réseaux plus destructeurs que la voix lugubre de radio « Mille collines ». Autant certaines critiques ont l’avantage de rappeler aux uns et aux autres que les quelques étages et endroits obscurs de Ouagadougou n’empêchent pas de savoir ce que les uns et les autres trament dans le secret et dans le noir, autant l’Internet a l’inconvénient d’impulser les relents de règlements de compte, de calomnie, de ventilation de bruits de bars. Ce qui est en train d’advenir n’est qu’un début dans le trouble de la quiétude et de la paix sociale.

Mieux vaut prévenir que guérir. Surtout, le pays vit l’effervescence d’une année électorale et pas n’importe laquelle, celle de la présidentielle. Le pire informationnel sur le Net est donc à craindre. Il n’est pas exclu que les photos et les images de certaines personnalités inspirent un jour des montages odieux et grotesques tels ceux déjà réalisés sur le président ivoirien ou le footballeur, Didier Drogba.

Tout peut arriver et il convient d’aller au-delà des accusations sans fondement. Sinon l’on passera le temps à porter des soupçons les uns sur les autres et à mettre en péril de vieilles amitiés et de franches collaborations. Jusque là, les utilisateurs de la toile ne perçoivent aucun inconvénient à diffuser largement toute information sensationnelle à moins que celle-ci ne contienne un virus. L’on a encore en mémoire les « short message sent » (SMS) tendant à faire croire que l’eau de l’ONEA était souillée après les inondations du 1er septembre.

Les interpellations du Conseil supérieur de la communication (CSC) pour responsabiliser les fora des sites web des médias, autant les missions de la Commission de l’informatique et des libertés (CIL) doivent être renforcées avec des moyens matériels et un personnel conséquent pour intercepter toute information à caractère public susceptible de porter atteinte à la vie privée des individus et à la cohésion sociale dans notre pays. Des pays ont déjà perçu cette nécessité pour éviter les dérapages de l’Internet en misant sur la formation pointue en informatique à l’endroit des cadres de leur police et gendarmerie nationales.

C’est à ce prix que les Etats africains pourront mettre à profit les avantages du multimédia et maîtriser sa double face. De tels investissements aideraient à lever toute équivoque. Vu qu’il est possible de suivre la traçabilité des messages et remonter les sources jusqu’au dernier ordinateur. L’internet n’est pas un masque innocent.

A défaut, l’outil précieux qu’est l’Internet aiguiserait cette forte faiblesse des sociétés africaines en général et burkinabé en particulier : « Ma copine ou mon ami, tu sais qu’un tel a dit ça ? Ou tu sais qui est l’auteur d’un tel écrit sur le Net ? ». Il est donc temps pour l’Etat de prendre ses responsabilités. Il a les moyens pour blanchir ou incriminer ses citoyens utilisant l’Internet. « Quand un nom se souille au marché, ce n’est pas de porte en porte que l’on peut le laver », enseigne un adage mooré

Jolivet Emmaüs (Joliv_et@yahoo.fr)

Sidwaya

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