Editorial : La mort pour tous, la santé pour quelques-uns

 

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Ibrahiman Sakandé, DG des Editions Sidwaya

Sous un petit dessin envoyé par un médecin (…), on lit le commentaire suivant :
* 90 personnes attrapent la grippe H1N1 et tout le monde veut porter un masque.
* 5 millions de personnes ont le SIDA et personne ne veut porter de capote !!!
*1000 personnes meurent de la grippe A dans un pays riche, c’est une pandémie.

*Des millions meurent de paludisme en Afrique, c’est leur problème…. Ajoutons : dans les pays pauvres, les médicaments de la rue ne tuent que ceux qui n’ont plus rien à perdre, pas même leur vie.

Disparité de situation pour disparité de langage, nos frères ivoiriens aiment à dire que quand un pauvre meurt, on célèbre immédiatement ses funérailles ; quant au riche, on prend le temps d’organiser ses obsèques. Sous cet angle, convenons qu’il y a des maladies qui provoquent la mort et les funérailles de certains fils d’Adam, tandis que d’autres maladies sont la voie royale qui débouche sur le décès et les obsèques de plusieurs « mogos puissants ».

Mais ces derniers ont peut-être la chance de pouvoir nous convaincre que leur mal est le mal de tout le monde, et que leur bien propre est également celui de tous ; même si parfois, visiblement, les pauvres ne sont rien d’autres que le chemin de fer sur lequel roule l’écrasant wagon de leur bonheur. Tintamarre et crissement en sus.

L’outil avec lequel les « mogos puissants » renversent le monde et l’ordre des faits en leur faveur, c’est la communication. Voilà d’ailleurs pourquoi, au Burkina Faso, par exemple, le Premier ministre Tertius Zongo ne manque pas de rappeler aux membres du gouvernement qu’ils seraient, chacun, bien malin de se rappeler quotidiennement que, « celui qui ne communique pas n’existe pas ».

Il suffit, aujourd’hui, de braquer les puissants appareils, et d’activer les nombreux réseaux de la communication intercontinentale sur une fourmi pour en faire un éléphant et vice versa. Au service du paludisme et du SIDA, il y a une pauvre communication.

Au service du H1N1, il y a une communication prestigieuse. A partir de là, le renversement devient fondamental : nous devons tous penser que la maladie à combattre, c’est le H1N1 qui tue 90 personnes et la maladie bénigne à tolérer, c’est le paludisme qui décime les populations. Mais « l’erreur » que nous commettons c’est de penser que les millions d’êtres qui crèvent, ce sont des macaques ; et que 90 personnes qui meurent, ce sont des êtres humains, en majuscule et en majesté.

Dans la droite ligne du même renversement, il y a ce « fait » très médiatisé par les médias de l’Afrique de l’Ouest il y a quelques mois. Un fait relatif aux médicaments qui tuent, qu’il faut combattre en faveur des médicaments qui sauvent. Et, effectivement, il est inadmissible de laisser les populations à la merci des charlatans modernes qui vendent des produits pharmaceutiques plus que douteux à des malades abandonnés à eux-mêmes.

Tels qu’ils se distribuent en ce moment à Ouagadougou, Bamako, Niamey, Lomé,… les médicaments de rue offrent plus de risque que de chances. Il faut prendre acte. Pour cette raison, peut-être, "des mogos puissants" ont survolé les océans et sont venus en Afrique de l’Ouest. Ils ont préconisé de former comme un super syndicat, formé de chefs d’Etat, de lutte contre les médicaments de rue.

Ce syndicat aurait un pouvoir, ou des pouvoirs extraterritoriaux, semblables à ceux qu’il faudrait reconnaître à un O.V.N.I. (Objet volant non identifié). C’eût été bien, si c’était pour notre bien. Nous voudrions être rassurés que cette lutte contre les pauvres ne consiste pas réellement à déposséder ces pauvres de leurs moyens dérisoires de survie ; que la suppression, qui s’annonce musclée, des « pharmacies de la rue », y compris la pharmacopée, n’est pas imaginée pour enrichir l’opulence des pharmacies modernes.

Après tout, pourquoi ne pas chercher à viabiliser les médicaments de rue et la pharmacopée si l’enjeu de nos ébats et combats était vraiment la santé de nos malades ?

C’est vrai ! On n’est pas leader par Lazare. Même si Lazare était le plus grand faiseur de destin et de destinées ! On est leader par soi-même : solidement et obstinément arcbouté sur ses propres ressources matérielles, intellectuelles et morales

Par Ibrahiman SAKANDE (sakandeibrahiman@yahoo.fr)

Sidwaya

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