Santé : Les remèdes de la mort

S’acheter des médicaments et mourir en voulant se soigner. C’est fréquent en Afrique ! L’essor du commerce des médicaments de la rue dans de nombreux pays sonne les prémices d’un drame sanitaire. Les discours sur une éventuelle lutte acharnée contre ce fléau s’apparente à bien d’égards à une comédie voire une farce devant un business inhumain.

« Docteur Koum » ou « Docteur Saya » envahissent les artères pour proposer des pilules à multiples effets de guérison sous le regard passif des forces de sécurité. Certains se donnent le culot d’une consultation à l’aide de stroboscope ou d’appareils chinois de détection de toutes les maladies dont un homme peut souffrir. « Même vendu en pharmacie, tout médicament mal prescrit, mal utilisé ou mal administré peut se révéler mortel.

Qu’en sera-t-il de celui acheté dans la rue ? », s’interroge un professionnel du médicament. Personne ne connaît ni le dosage ni la date de péremption de ces marchandises dont l’engouement repose sur l’ignorance, la naïveté et la misère. Le bouche-à-oreille a été remplacé par une exposition ou promenade-vente, de jour comme de nuit. En dehors des quelques affiches et des campagnes d’éclats, les acteurs de ces officines lugubres ne risquent absolument aucune répression à la hauteur de leur crime.

Les médicaments de la rue sont un reflet tangible de l’insécurité humaine au même titre que les attaques à main armée. C’est l’une des faces redoutables de la contrefaçon. Selon l’Organisation mondiale de la santé, les médicaments contrefaits ont entraîné plus de quatre cent (400) mille morts dans les pays en voie de développement depuis 2001. Et comme dans tout décompte macabre dû à un fléau, l’Afrique tient le haut du pavé.

Trente (30) et cinq cents (500) décès sont respectivement enregistrés en 1995 au Cameroun et au Niger. Seuls quatre (4) médicaments sur dix (10) vendus au Nigéria sont des vrais. En Guinée-Conakry, 60% des pilules sont fausses. Au Burkina Faso, les professionnels de la santé estiment à plus de cinq (5) milliards F CFA le chiffre d’affaires généré par cette contrebande.

La promotion et la vulgarisation des médicaments essentiels génériques (MEG) ne parviennent pas à faiblir la montée du phénomène et à fléchir les assauts des fournisseurs véreux. L’inquiétant constat dressé par l’OMS est sans appel sur l’expansion des occupations des activistes de la souffrance et des colporteurs de poison : 50% des médicaments consommés dans les pays du Tiers-Monde essentiellement en Afrique sont des faux.

Les remèdes de la mort concernent tous les médicaments, des faux antirétroviraux (ARV) aux préservatifs non étanches en passant par des contraceptifs frelatés. Commerce fortement illicite mais activité innocemment tolérée, il occupe assez de jeunes et se trouve à la base de la fortune d’opérateurs économiques insoupçonnés.

Le scandale du lait chinois à la mélamine n’a pas engendré une conscience individuelle, collective et nationale. Devant des pouvoirs publics impuissants, des ordres de pharmaciens et des ligues de consommateurs aphones, cette activité prospère. « Ce deal me rapporte au minimum dix (10) mille F CFA chaque jour. Après avoir remis la part de mon patron, ce qui me revient permet de joindre les deux bouts avec ma petite famille.

C’est mieux que voler », avoue sans sourciller, le jeune Mady Sawadogo, au marché de « Katr-Yaar » au secteur n°29 de Ouagadougou, la trentaine bien sonnée assis au milieu d’une dizaine de pharmaciens ambulants proposant au vu et au su de tous, des miracles à haut risque pour guérir de tout mal. Il faut craindre l’hécatombe provoquée par la résistance aux molécules, l’apparition de nouvelles maladies et les complications graves de la pathologie.

La nécessité du contrôle de la qualité des médicaments est souvent réduite à de simples souhaits dans les pays en voie de développement. L’OMS évalue à deux cent (200) mille, le nombre de paludéens qui meurent annuellement sous le coup des faux médicaments. Les origines et les fabricants sont totalement inconnus ou non indiqués.

Bien que ce soit une évidence maintenant que ces médicaments proviennent des laboratoires chinois, indiens et même nigérians ou ghanéens. Entre le laxisme des gouvernants et la véhémence d’une frange de la population désœuvrée, cette atteinte à la santé publique ne cesse de causer des milliers de victimes. Elle se renforce par l’ignorance et la faiblesse du pouvoir d’achat des populations. Entre automédication et une ordonnance difficilement honorable. En plus des reins et du foie qui en souffrent fréquemment, la mort se trouve malheureusement au bout de l’achat des médicaments de ou dans la rue.

L’offensive lancée par la Fondation Jacques-Chirac, le 12 octobre dernier à Cotonou (Bénin), tarde à rassembler les armes nécessaires auprès des décideurs et des leaders d’opinion pour mener un combat sans faille contre ce fléau et promouvoir une santé publique sereine. L’écho reste en deçà de l’ampleur du drame. L’acceptation criante de « la place de poubelle de l’humanité » dans laquelle l’Afrique s’enlise volontiers expose ses habitants à une insécurité alimentaire et sanitaire sans précédent.

Le danger se cache aussi dans le panier de la ménagère avec ces huiles, pâtes et confitures dont la provenance et la nature sont un mystère. Face à l’incapacité des dirigeants du continent à bâtir un tissu industriel à soi, cinquante (50) ans après les Indépendances, « manger et se soigner » riment bien souvent avec « se suicider ».

Jolivet Emmaüs (joliv_et@yahoo.fr)

Sidwaya

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