L’Eglise et l’article 37 : Le sermon de Fada jeudi 4 mars 2010

A Fada N’Gourma, où elle a tenu, du 15 au 21 février 2010, sa deuxième assemblée plénière annuelle, la Conférence épiscopale Burkina-Niger s’est penchée sur le Carême, les inondations du 1er septembre, les cinquante ans d’indépendance de notre pays, et sur la très controversée possible révision de l’article 37.

Certes, dans leur message, les évêques du Burkina ne se sont pas ouvertement prononcés pour ou contre une relecture de l’actuelle disposition constitutionnelle tant controversée. Cependant, il n’est point besoin d’être un grand clerc pour comprendre que l’Eglise catholique refusera sa bénédiction à une éventuelle remise en cause de la clause limitative du nombre de mandats présidentiels.

« Il y a donc lieu de se poser la question à qui profiterait un retour en arrière en amendant de nouveau l’article 37 pour y faire sauter la limitation des mandats présidentiels consécutifs. Cela garantirait-il la paix sociale, où nous conduirait-il devant les mêmes turbulences [NDLR : crise consécutive à l’assassinat de Norbert Zongo] ? » Inquiétude des hauts dignitaires ecclésiastiques.

Certaines bonnes âmes de la curia regis qui embrument chaque jour l’esprit de leur maître se demanderont « de quoi se mêlent ces hommes en soutane ». Eh bien ! qu’elles comprennent qu’ici, les prélats se sont mêlés de ce qui les regardent. Autorités spirituelles qu’ils soient, ils ne restent pas pour autant insensibles à tout ce qui affecte et infecte la vie de leurs ouailles ici bas. Et tous ceux qui bêlent aujourd’hui à une révision rétrograde de l’article 37 sont mieux placés pour le savoir.

En effet, quelle trouvaille avaient-ils finalement inventée, après vaines répressions et autres pratiques occultes, à en croire certains, pour ramener l’apaisement pendant les troubles sociopolitiques nés de l’assassinat de Norbert Zongo ? N’ont-ils pas sollicité l’intervention d’un Collège de sages dans lequel, justement, était représentée l’Eglise catholique pour faire des propositions de sortie de crise ?

Or une des recommandations de ce cénacle de personnes de ressources, vite suivies d’application, a été la restauration de la limitation du nombre de mandats présidentiels. Maintenant que l’orage semble passé, voilà que des thuriféraires à la mémoire courte appellent à la destruction de ce qui fut leur bouée de sauvetage.

Certes, la position de la Conférence épiscopale Burkina-Niger ne saura être un dogme. Elle est juste un point de vue d’une composante de la société burkinabè. Donc susceptible d’être contesté. Mais de grâce, que les partisans de la révision et autres constitutionnalistes à la petite semaine nous épargnent les répétitions douloureuses et pavloviennes du genre : « l’actuel article 37 est antidémocratique », « la Constitution elle-même autorise la révision de l’article 37 », et tutti quanti.

La réintroduction, il y a dix ans de cela, de la clause limitative du nombre de mandats à la magistrature suprême avait procédé d’un compromis politique national. La supprimer par la seule volonté d’un homme ou d’un camp relèverait du parjure.

« Si le Seigneur ne bâtit pas la maison, c’est en vain que travaillent les maçons ; si le Seigneur ne garde pas la ville, c’est en vain que la garde veille », ont prévenu les évêques.

Alain Saint Robespierre

L’Observateur Paalga

Publicités
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s