Contestations postélectorales : La maladie infantile des démocraties africaines

La rougeole, la rubéole, la varicelle, la bronchite et les oreillons. Le nom de ces maladies qui touchent généralement les enfants en bas âge trotte encore dans la tête des adultes que nous sommes.

En Afrique, et par ces temps qui courent, pourquoi ne pas ajouter à cette liste non exhaustive les contestations après scrutins. A la différence que ce mal touche surtout les grands mais demeure aussi contagieux que ses devanciers, faisant des ravages sur son passage. N’a pas été épargnée par cette affection l’opposition togolaise qui en souffre depuis le résultat de la présidentielle qui est tombé le 6 mars 2010 et a donné 61% à Faure Gnassingbé, 34% à Jean Pierre Fabre et 2,96 % à Me Yawovi Agboyibo.

Celui qui semble le plus atteint est en effet le deuxième cité, qui semblait porter le germe et a déclenché une très grande allergie après les résultats du scrutin. Depuis lors, le candidat Jean Pierre Fabre ne décolère pas et tient à faire propager l’affection dont il est victime à travers des manifestations dans le pays. Le pire a pu être évité, pour la journée d’hier en tout cas, puisque le mouvement d’humeur qui était prévu et interdit par le pouvoir en place n’a finalement rassemblé qu’une centaine de militants UFC. Le clash a ainsi pu être évité.

D’aucuns diraient de ne pas tirer sur une ambulance, mais reconnaissons néanmoins que l’opposition togolaise devrait être conséquente avec elle-même. Elle qui a accepté de partir à l’élection en dépit des insuffisances en termes d’organisation inhérentes à ce genre d’exercice. Pendant qu’on y est, s’attendait-elle à ce qu’on lui apporte la victoire sur un plateau d’argent avant qu’elle ne qualifie ce scrutin de crédible ?

D’ailleurs, quoi qu’on dise, les résultats engrangés par ceux qui étaient face au candidat Faure, notamment par Jean-Pierre Fabre, qui a obtenu 34%, étaient des plus honorables. Ne vaudrait-il pas mieux se féliciter de ce score et voir sous de meilleurs auspices les scrutins à venir électoraux comme les législatives et les municipales ? Sous d’autres cieux, il y a eu des délibérations encore plus interpellatrices.

A la présidentielle de 2005 au Burkina Faso, le suivant immédiat de Blaise Compaoré, Me Bénéwendé Stanislas Sankara, s’en était tiré avec 4% des voix. Ce n’est pas pour autant que l’homme à la célèbre barbichette a déclenché une “3e Guerre Mondiale” !

Par ailleurs, si le deuxième au scrutin togolais était aussi légaliste qu’il le laisse penser, pourquoi, bien avant l’annonce des résultats par la commission électorale de son pays, a-t-il, le 5 mars 2010, convoqué une conférence de presse pour déjà revendiquer une victoire, selon lui, sur la base de procès-verbaux qui le créditeraient d’une moyenne qui se situerait entre 75 et 80% ?

Certes, à la décharge des opposants togolais et à ceux d’autres pays africains, avouons tout de suite qu’ils ont, la plupart du temps, face à eux, des pouvoirs qui ne lésinent pas sur les moyens, fussent-ils illégaux, pour se maintenir au pouvoir. Et en la matière, ils ne vont pas à confesse après leur forfaiture. Il s’agit là d’un autre mal, tout aussi pernicieux, que développent beaucoup de chefs d’Etat. N’empêche que la contestation postélectorale demeure une maladie tout aussi difficile à éradiquer dans le continent noir. Ils sont rares, ces pays dans lesquels l’issue d’un scrutin ne donne pas lieu à des manifestations, la plupart violentes, qui se terminent dans le sang.

Des nations qui ont développé une résistance à l’épidémie, il en existe fort heureusement. Même si, malgré tout et pour beaucoup d’opposants africains, les propos d’un Nana Akufo-Addo, arrivé deuxième à la présidentielle au Ghana et qui a aussitôt félicité le gagnant (John Kufuor), promettant même de jouer un rôle constructif pour l’avenir de son pays, relèvent de la fiction.

Issa K. Barry                L’Observateur Paalga

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