A chacune ses oignons !

8-MARS Journée internationale de la femme 2010 : c’était chaud ! "Djandjobas", danse, boissons, nourriture, cris ! Ha ! Ouaga était chaud ! Koudougou aussi, si je ne me trompe pas. Moi, je n’ai pas été en reste, je vous l’assure. Comme c’est la fête des femmes, il fallait être femme pour en profiter. Alors, j’ai emprunté un foulard quelque part, un pagne 8-Mars de l’autre côté et un vieux sac à main à Tipoko, ma femme. Elle est folle comme moi et est folle de moi ! Pour les pieds, ce n’était pas grave. Je me suis contenté des hauts talons de … mes pieds ! Et me voilà au marché de Katr-Yaar. Le problème c’est que Tipoko ne m’a pas donné l’argent de la popote. C’est ça que je ne comprends pas chez les femmes ! On dit journée de la femme, pourtant, elles ne veulent rien assumer ce jour-là ! Popote, c’est nous ! Pagne du 8-Mars, c’est nous ! Cadeau, c’est nous ! Et gare à toi si tu n’achètes pas le pagne du 8-Mars ! Tu risques de te retrouver sans comprendre avec une instance de divorce sur les bras ! Moi, on m’a donné un pagne du 8-Mars et je suis allé le refiler à Tipoko et tout le monde était quitte. D’ailleurs, avec tous ces commerçants qui ont augmenté le prix du tissu comme si après le 8-Mars ils ne vont plus rien vendre, je pouvais difficilement acheter un pagne puisque je n’ai que des poux dans mes poches. Et puis, il faut que les femmes trouvent le moyen de faire sortir un tissu qui ait la même couleur. Cela éviterait que le nom de quelqu’un soit attaché à un pagne permettant ainsi aux commerçants de plumer les gens.

Me voilà donc sur la route qui mène au marché de Katr-Yaar. Les femmes me regardent et me complimentent. Les hommes trouvent que je suis belle…enfin, beau ! Ma fierté revigorée, je me mets à me déhancher ! Voyez ça ! J’arrive au marché. Je suis étonné. Les vendeuses de légumes, de poivre, de concombre, de choux, d’oignons, d’épices étaient assises en pagaille. Pourtant, on a dit que le 8-Mars était chômé et payé ! "Han, qui est fou ?", me répondit une vendeuse assise au milieu de ses tomates et mâchant un gros cure-dent. "Qui est fou ? Je vais dire que c’est 8-Mars, aller danser "djandjoba" et qui va nourrir ce soir ma bordée d’enfants ?" Et elle me demande ce que je veux. Je lui dis que je veux des tomates mais que ma femme ne m’avait pas donné l’argent de la popote. Elle a ri et m’a donné dix tomates. J’ai continué mon marché. Ah dja ! A chacune son 8-Mars dè ! Pendant que Chantal Compaoré et les autres femmes bien habillées et bien parfumées dansaient et mangeaient, ailleurs, d’autres femmes n’avaient pour seul parfum que l’odeur de leur travail et pour seule nourriture que l’éternelle sauce gombo assaisonnée d’une bonne dose de potasse.

Ah ! A chacune son gombo ! J’ai fini mon marché et je suis revenu à la maison. En fait, ma maison, c’est sous un pont à Dapoya. C’est là que nous habitons, Tipoko et moi. J’ai mis ma marmite, enfin, la marmite de Tipoko sur le feu. J’ai tout découpé et j’ai tout mis dedans, j’ai fermé et je suis allé me coucher pour méditer un peu. Le 8-Mars est à double vitesse. Il y a les femmes qui fêtent le 8-Mars en chantant et en dansant. Il y a aussi des femmes qui fêtent le 8-Mars en travaillant et en pleurant. Le 8-Mars ne change rien à leur quotidien. Je pense qu’il faut surtout passer cette journée à penser "réellement" à ces femmes-là. Elles en ont besoin. Et certaines dames de notre pays ont eu la même idée que moi. Elles se sont unies pour aller donner leur sang aux femmes qui sont malades. D’autres se sont cotisées pour payer des vivres à leurs soeurs en détresse. Voilà à quoi doit servir cette journée. Il n’est pas bon de danser au point d’avoir des pieds d’éléphants, il n’est pas bon de manger au point de faire crier de douleur ses intestins, pendant que sa semblable gémit de faim et de tristesse dans un village ou sous le toit brûlant d’un non-loti.

Non, ce n’est pas normal. Ce 8 mars 2010, je suis certain, des femmes sont mortes en couches. Des filles ont été excisées. Des femmes ont été battues par leur mari et il y a eu bien d’autres douleurs que mes yeux et mes oreilles n’ont pas vues et entendues. Ensuite, une journée, même si elle est internationale, ne suffit pas. L’engagement, la lutte pour de meilleures conditions de vie des femmes doivent être permanents pendant les 8640 heures que compte une année civile.

Mais quelle est cette odeur ? Merde ! C’est ma sauce … euh… , ce que j’ai mis dans la marmite, qui est en train de cramer ! J’accours, le fond de la marmite ressemble à un trou de l’enfer ! J’ai commencé à jurer comme un charretier et à me demander où était passée Tipoko pour être toujours dehors à 20 heures. C’est finalement à 3 heures du matin qu’elle est arrivée, titubant, éméchée, les cheveux encore plus en désordre. "Je reviens de la fête des femmes", m’a-t-elle dit. On a failli faire la bagarre. On peut certes être fou mais avoir une certaine décence, tout de même ! Mais comme ça ne donne généralement rien, la bagarre n’a pas eu lieu. Mais je lui ai fait une bonne remontrance, à Tipoko. Si tous les 8-Mars doivent se passer comme ça, alors la femme n’est pas encore sortie de l’auberge de la non ou de la mal émancipation.

"Le Fou"

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