CRISE ALIMENTAIRE : Le Sahel à nouveau menacé ?

En 2008, le continent africain a été traversé par une crise alimentaire qui a nécessité la mise en œuvre de grands moyens financiers pour y faire face. Une situation qui avait été accentuée par la crise de la vie chère, induite par la répercussion de la hausse des prix des hydrocarbures. Les Etats sahéliens, plus vulnérables, ont dû faire appel à leurs stocks de sécurité et à l’aide internationale pour nourrir les populations les plus pauvres. Triste constat que l’échec de cinquante années de politiques agricoles, incapables d’assurer la sécurité alimentaire à des Etats dont environ 80% des habitants vivent de la terre.

A peine se remet-on de cette épreuve de 2008, que les nouvelles qui nous parviennent du Niger et du Tchad ne sont guère rassurantes. 7,8 millions de personnes seraient menacées d’insécurité alimentaire en territoire nigérien. Les chiffres du côté de N’Djaména ne sont guère meilleurs. Les prévisions de la Croix-rouge estiment les personnes en insécurité alimentaire à environ deux millions. N’est-ce pas la face cachée d’une nouvelle crise alimentaire à grande échelle ? Pour des raisons politiques, le régime de Tandja n’avait pas voulu dévoiler l’ampleur de la menace.

La junte militaire qui l’a déboulonné a choisi de jouer la carte de la transparence. Les autorités tchadiennes également ont choisi de donner l’alerte avant d’être débordées. Qu’en est-il réellement de la situation alimentaire des populations dans les autres pays de la bande sahélo-saharienne ? Avec une saison agricole moyenne en 2009/2010, cette situation de crise va sans doute accentuer la tension sur les prix des céréales. Au Burkina, le sac de maïs de 100kg se vend déjà à 15 000 F CFA alors que l’on est encore loin de la période de soudure. Un conseil interministériel présidé par le chef du gouvernement s’est réuni le 17 mars afin de prendre des mesures vigoureuses pour maintenir les prix à un niveau acceptable.

Pourra-t-on indéfiniment, d’une année à l’autre, jouer au pompier de cette façon ? La terre ne ment pas, parole de paysan. Mais elle rend ce qu’elle a reçu quand on l’entretient et la nourrit. Tel ne semble pas être le cas actuellement avec la dégradation continue des terres subissant l’assaut des mauvaises pratiques culturales et le choc du changement climatique. L’agriculture doit pouvoir nourrir nos pays. C’est une question de souveraineté. Le premier pas vers le développement, c’est manger d’abord à sa faim. Il y a donc urgence à revoir la place et les missions que l’on veut donner à l’agriculture dans un environnement où il pleut insuffisamment.

Une nouvelle vision s’impose en matière d’investissement pour soutenir la production de façon durable tout en la modernisant. Il nous faut une révolution verte, un big bang agricole pour mettre fin à ce cycle infernal de crises et de famines qui réduisent à néant les efforts consentis par nos braves paysans et dans d’autres secteurs tels que la santé et l’éducation. Autrement, il faudrait se préparer à faire face régulièrement à des émeutes de la faim comme en 2008. Déshonorant pour un monde toujours assoiffé de conquête spaciale, alors que des millions de personnes mangent à peine deux fois par jour.

Par Abdoulaye TAO                                              Le Pays

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