SOMMET FRANCE-AFRIQUE DE NICE : La solidarité autour de El-Béchir tiendra-t-elle ?

Omar El-BéchirGIF - 31.9 ko Curieuse invitation que celle adressée le 21 mars dernier par la France au Soudan. La France a invité le Soudan au sommet France-Afrique prévu en fin mai début juin prochain à Nice en prenant soin de préciser que l’invitation concerne bien le pays et non son président Omar El-Béchir. Ce dernier est invité à désigner une personnalité pour le représenter à ce sommet. Ce qui signifie qu’il n’est pas personnellement le bienvenu à cette grand-messe entre la France et le continent africain. Le président soudanais continue donc d’empoisonner les préparatifs dudit sommet. On se rappelle que cette rencontre devait se tenir initialement en Egypte en février dernier. Mais face à la volonté du n°1 soudanais d’y prendre part et celle du pays hôte de ne pas le snober, la France a préféré tout simplement transférer le sommet chez elle.

C’est le mandat d’arrêt international lancé en mars 2009 par la Cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais à cause de la guerre au Darfour, qui est à la base de cette situation. La France qui est partie prenante à la CPI fait tout pour ne pas avoir à exécuter le mandat d’arrêt. Et cela pour ne pas mécontenter la plupart des Etats africains qui ont critiqué le mandat d’arrêt et assuré Omar El-Béchir de leur soutien face à ce qu’ils considèrent comme une politique de deux poids, deux mesures de la Justice internationale.

Sur le continent africain, l’homme fort de Khartoum peut se déplacer presque comme il veut sans beaucoup de crainte d’être arrêté. C’est au nom de cette assurance que l’Egypte avait invité son voisin soudanais au sommet France-Afrique qu’elle devrait abriter. Mais Omar El-Béchir ne peut pas s’aventurer hors d’Afrique car il n’a pas la même garantie d’"impunité" hors du continent. Avec le transfert du sommet en France, il est quasi certain qu’il ne s’y rendra plus. C’est avec étonnement donc que la participation du Soudan au sommet est revenue à la "une" et, plus est, par le fait de la France. C’est à croire que Paris ne peut pas finalement se passer de la présence de Khartoum à cette rencontre. Au lieu d’une absence totale, elle souhaite une présence à minima, sans le chef de l’Etat.

Or, bon nombre de chefs d’Etat africains n’aiment pas rater ce genre de rencontre. S’il arrive qu’ils le fassent, c’est vraiment pour des cas de force majeure ou, selon la formule consacrée, pour des "raisons indépendantes de leur volonté". Or, jusque-là, Omar El-Béchir n’est dans aucune de ces situations et il n’y a pas de raisons objectives à ce qu’il se fasse représenter. Quelle réponse donnera-t-il à l’invitation française ? Acceptera-t-il de se faire représenter ou boycottera-t-il simplement la rencontre ? Certes, on n’a pas encore de réponses à ces questions, mais on peut imaginer que son attitude sera fonction de celle des autres pays africains. Si ceux-ci continuent à le soutenir comme ils l’ont fait jusque-là, El-Béchir peut même faire capoter le sommet.

Il peut prôner le boycott auprès des autres chefs d’Etat. Sera-t-il lâché au moment où il y a des signaux positifs concernant la situation au Darfour ? A l’issue des négociations menées à Doha, le gouvernement a signé des accords-cadres de paix avec deux mouvements armés du Darfour : le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) et le Mouvement de la libération pour la justice. La réunion des bailleurs de fonds pour rassembler 2 milliards de dollars en vue de la reconstruction de cette partie du Soudan vient de se tenir. On notera également les préparatifs pour la tenue en avril des élections générales multipartites, les premières dans ce pays depuis 1986.

Mais, il ne faut jurer de rien en matière de relations entre Etats. Malgré ces signaux, il se peut que des Etats lâchent Omar El-Béchir au nom de leurs intérêts avec la France. D’autant qu’aller en France, se faire recevoir officiellement sont comme un pèlerinage pour certains dirigeants africains. Au total, on peut se demander légitimement combien de temps la solidarité autour du président soudanais tiendra.

Séni DABO

Le Pays

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