JOURNEE NATIONALE DE PARDON : Le Collège de sages a été trahi »

La Journée nationale de pardon, désormais Journée du souvenir, est célébrée chaque 30 mars. Le Conseil national pour la renaissance/Mouvement sankariste se demande, dans la déclaration suivante, si cette Journée a encore un sens.

Nous voici encore un 30 mars pour célébrer la Journée nationale de pardon. Au-delà du rituel, il convient de nous imposer une séance de réflexion pour comprendre la portée d’une telle initiative, une séance de catharsis pour comprendre pourquoi elle divise les filles et les fils d’une même nation alors qu’elle est censée les unir davantage. Dans notre entendement, la Journée nationale de pardon est celle où la Nation tout entière, consciente de sa responsabilité devant l’histoire et devant l’humanité, forte de ses acquis en termes de vérité et de justice et dans le souci d’une véritable réconciliation, donne l’occasion à ses filles et fils qui ont fauté de demander pardon et aux victimes ou familles de victimes d’accorder ce pardon.

En rappel, la Journée nationale de pardon a été instaurée sur proposition du Collège de sages, regroupement des différentes composantes de la société burkinabè qui devait trouver les mécanismes nécessaires pour une sortie heureuse du Burkina Faso de la crise sociopolitique qui a suivi l’assassinat de Norbert Zongo et ses compagnons d’infortune.

Le Collège de sages ne pouvait donc pas bénéficier totalement de l’assentiment du pouvoir en place qui le percevait non pas comme un regroupement neutre, mais un contre-pouvoir issu de rapports de force politiques. D’abord le président du Faso qui est lui-même rentré petitement dans l’histoire de notre pays par la façon dont il est arrivé au pouvoir. La tragédie du 15 octobre a créé des gorges chaudes au cours des travaux du Collège de sages. Ensuite, François Compaoré, conseiller et petit-frère du président, qui est cité dans les affaires David Ouédraogo et Norbert Zongo. Le Régiment de sécurité présidentielle dont certains éléments ont été utilisés pour des basses besognes. Le Collège de sages, promoteur de la JNP, a été trahi par le pouvoir en place dans la mise en œuvre de ladite journée dans la mesure où ses recommandations qui préconisaient Vérité, Justice et Réconciliation n’ont pas été suivies.

Pour les nombreuses familles des victimes, la pilule de la JNP ne pouvait pas passer dans la mesure où la vérité sur les crimes n’a pas été révélée et les incriminés condamnés par la justice. Elles ne pouvaient pas pardonner des individus qu’elles ignoraient, dont les motifs qui sous-tendent leurs actes leur sont totalement méconnus. Aujourd’hui, la JNP a été totalement vidée de tout son sens dans la mesure où les victimes n’ont véritablement pas pardonné. Les réformes politiques et administratives sollicitées dans le rapport du Collège de sages sont balayées du revers de la main. L’apurement des dossiers de justice n’est pas effective, pire, les crimes de sang et les crimes économiques continuent, et ce n’est pas cette justice aux ordres avec des juges acquis qui feront quelque chose. De nos jours, le pouvoir en place parle toujours avec dédain du Collège de sages.

On comprend donc aisément le malaise que vivent les autorités coutumières et religieuses face à cette journée, elles qui ont accordé leur caution morale. Si l’on continue de réfuter les recommandations de ce collège, que reste-t-il de la JNP ? Nous rêvons tous d’un Burkina Faso de paix et d’espérance. Nous rêvons d’un Etat de droit garantissant l’exercice des droits collectifs et individuels, la liberté, la dignité, la sûreté, le bien-être, le développement, l’égalité et la justice comme valeurs fondamentales d’une société pluraliste de progrès débarrassée de tout préjugé. Nous rêvons d’une Journée nationale de pardon où en chœur et main dans la main, victimes et fautifs chantent l’hymne de la paix. Pour y parvenir, il faut commencer par exécuter toutes les recommandations du Collège de sages sans la moindre hésitation, dans le respect scrupuleux des engagements des uns et des autres. C’est en ce moment que le pardon demandé par Blaise Compaoré le 30 mars 2001 prendra tout son sens.

Ouagadougou, le 24 mars 2009

Pour l’éveil des consciences CNR/MS

Le Pays

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