Monument de la renaissance africaine : Un rêve, une vision pour l’Afrique

Le président du Faso, Blaise Compaoré a assisté, le samedi 3 avril 2010 à Dakar, aux côtés du président Abdoulaye Wade et de plusieurs de ses pairs africains, à l’inauguration du Monument de la renaissance africaine. A l’occasion, le président Wade du Sénégal, a lancé un appel à l’unité du continent pour faire face aux grands défis.

Au cœur de Dakar, se dresse le plus grand monument du monde : Le Monument de la renaissance africaine. Il a été inauguré, le samedi 3 avril 2010, en présence d’une vingtaine de chefs d’Etat, dont le président burkinabè, Blaise Compaoré, accueilli dans la matinée par le Premier ministre sénégalais, Souleymane Ndene N’Diaye.

Point besoin de chercher ce géant de 53 mètres de haut, trônant sur un point culminant de la capitale sénégalaise, les mamelles : il est perceptible dès l’aéroport. Cette infrastructure artistique, culturelle et économique dont la pose de la première pierre date du 15 avril 2002 est réalisée par une entreprise nord-coréenne sous la supervision de l’architecte sénégalais, Pierre Goudiaby Atepa.

Cependant, c’est une idée du président Abdoulaye Wade qui le dit dans son livre, "Un destin pour l’Afrique" : si j’étais un sculpteur, je mettrais en place trois personnages, les bras ouverts dans un élan d’étreinte. Deux sur une marche supérieure, l’Europe et les Etats-Unis sont plus rapprochés. Le troisième, l’Afrique, un peu éloigné aux formes saisissantes de pureté et de force tend aussi les mains (…).

Le rêve est devenu réalité et c’est avec une visible satisfaction que le président Wade accompagné de son épouse a fait visiter son œuvre à la vingtaine de chefs d’Etat présents à Dakar pour la circonstance. 222 000 tonnes de bronze, 34 mois de travail acharné, une conjugaison de génies, et le géant aux formes athlétiques, tenant sa femme à la taille et son enfant sur le bras surgit des entrailles d’un volcan éteint, le regard tourné vers l’Ouest. C’est l’Afrique qui sort des ténèbres de l’obscurantisme pour aller vers le progrès.

Le monument aurait coûté environ 12 milliards de francs CFA. Le président Wade soutient que l’Etat sénégalais n’a pas déboursé de l’argent, mais a cédé des terres à titre compensatoire.

Ce gigantesque monument cache en fait, un véritable centre commercial : théâtres, salles de cinéma, restaurants, studios, galeries d’art…, dont l’exploitation devrait générer des devises au Sénégal. 35 % des droits d’exploitation reviennent au président Wade, géniteur du projet, au titre de la propriété intellectuelle. Mais la volonté du président est que ses dividendes soient destinées à l’éducation des enfants d’Afrique.

Le monument est certes implanté au Sénégal, il est l’initiative du président Abdoulaye Wade, mais ce dernier estime que son acte de naissance porte la signature collective de ses collègues présents à ses côtés, il y a 8 ans, pour la pose de la première pierre.

Aussi, le monument de la renaissance africaine dédié au continent noir et à sa diaspora porte une identité africaine, et renvoie à l’histoire et au destin communs des peuples d’Afrique. En guise de reconnaissance, le ruban symbolique a été coupé par l’ancien président nigerian, Olusegun Obasanjo.

Un symbole pour l’Afrique et un appel à l’unité

Le Monument de la renaissance africaine est vu par le président en exercice de l’Union africaine, Ngoazu Dr Bingu Wa Mutharika comme "l’expression de l’Union africaine". Il apparaît comme un phare à la pointe du monde, a renchéri le directeur de la maison de la négritude, Jean Paul Serge Munier.

Et l’ancien président du Nigeria, Olusegun Obasanjo, d’ajouter que cette œuvre n’appartient pas seulement au Sénégal, à l’Afrique, mais à tout le peuple noir. Sa philosophie politique traduit le dialogue des cultures. L’équité et la réconciliation entre les humains, la paix basée sur l’action et la renaissance mutuelle sont les messages que la ligue des ulémas du Maroc perçoit à travers le monument.

Autant de réflexions qui confortent la vision du concepteur du monument de la renaissance africaine. En effet, pour Abdoulaye Wade, ce monument traduit un symbole, celui de l’Afrique renaissant et revigorée après cinq siècles d’esclavage, de traite négrière et de colonisation. En dépit de toutes ces épreuves et de toutes ces tragédies, l’Afrique est présente au rendez-vous du XXIe siècle plus que jamais déterminée à prendre en main son destin. Si l’Afrique a pu endurer tant d’épreuves sans disparaître de la carte du monde, elle doit croire à la force de sa vitalité et à ses capacités à venir à bout des adversités les plus tenaces.

Le monument vient rappeler les blessures profondes infligées à l’Afrique, à l’humanité entière, pour qu’on puisse dire, plus jamais cela, a martelé le président Wade. Il a ajouté que le monument invite au dépassement, au pardon et à la réconciliation des peuples. "Pardonner sans oublier", a-t-il insisté.

Le président Wade voudrait véhiculer, trois messages, à travers le monument de la renaissance africaine.

A la jeunesse africaine, porteuse d’espoirs, il exprime toute la confiance placée en elle, pour se serrer les coudes, refuser la fatalité et la marginalisation et continuer le combat qui va parachever l’unité du continent et réaliser le rêve des pionniers du panafricanisme.

Le deuxième message s’adresse à la diaspora qui n’a pas choisi son destin mais qui a sa place dans la construction de cette Afrique nouvelle. La présence du révérend Jessie Jackson avec une délégation de la diaspora est un signal fort.

Enfin, à tous les fils du continent, Wade dit ceci : "Le temps du décollage est arrivé pour l’Afrique, (…)". A l’heure où les grands ensembles se forment partout dans le monde, l’Afrique doit saisir les opportunités qu’offrent les bouleversements de l’ordre international pour mettre en place les Etats-Unis d’Afrique.

"Cette chance, nous devons la saisir, parce que l’histoire ne se répète jamais", a-t-il conseillé.

Autant le monument de la renaissance africaine est un symbole, autant la cérémonie inaugurale l’a été en présence d’une vingtaine de chefs-d’Etat africains ; l’union africaine, une forte délégation de la diaspora, des institutions culturelles et politiques. A la fin de la cérémonie, l’indexe et le majeur en forme de V, 8 mille jeunes et l’ensemble des personnalités présentes à la cérémonie ont entonné l’hymne de la renaissance, après avoir suivi une séquence de la pièce théâtrale tirée de la "Tragédie du roi Christophe". Et le président sénégalais visiblement satisfait, d’exprimer son espoir : "puisse le symbole que ce monument incarne et le message qu’il véhicule, instruire à travers des siècles, des peuples d’Afrique et de la diaspora dans notre quête commune de destin meilleur, dans une humanité fraternelle".

Assétou BADOH : Envoyée spéciale à Dakar (adohassetou@yahoo.fr)


Idriss Deby reçu par Blaise Compaoré

Immédiatement après la cérémonie inaugurale du monument de la renaissance, le président du Faso, Blaise Compaoré a reçu en audience, le président tchadien, Idriss Deby Itno.

"Nous avons parlé de la coopération entre les deux pays, notamment la coopération culturelle", a laissé entendre le président tchadien, Idriss Deby Itno à sa sortie d’audience.

Les deux chefs d’Etat, ont abordé également le sujet relatif au Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) dont la dernière session a pris un certain nombre de décisions. Il a été également question au cours de cet entretien, des relations entre le Tchad et le Soudan.

"J’ai informé le président Compaoré de l’évolution de la situation sur le terrain". A la question de savoir si la visite historique du président Deby au Soudan marque la normalisation des relations entre les deux pays, Idrissa Deby réagit en ces termes "ce ne sera pas une chose facile qui va se réaliser en deux jours. Des efforts sont faits mais il faut les consolider". La paix est un processus long, souvent difficile", a indiqué le président Deby qui reste toutefois, optimiste.

"Je pense que nous sommes sur la bonne voie et la paix entre les deux pays va s’instaurer", mais le plus important, a-t-il indiqué, c’est que la paix revienne au Darfour, sinon je crains fort que la situation dans la sous-région ne s’aggrave.

A.B.


Le président du Faso, Blaise Compaoré, apprécie l’esprit et la vision du monument :

"J’étais là il y a maintenant 8 ans pour la pose de la première pierre de ce monument. L’évènement à l’époque avait mobilisé l’ensemble des chefs d’Etat de l’Union africaine pour marquer de façon forte, la détermination des Africains à relancer la dynamique à la fois de l’intégration, mais aussi le réveil du continent africain. Nous sommes donc heureux d’être là aujourd’hui pour l’inauguration de ce monument.

Jadis, lorsque nous passions à Dakar, nous allions avec des souvenirs très graves en rapport avec l’île de Gorée et sa porte de départ sans retour. Aujourd’hui, nous nous réjouissons de constater que nous disposons d’un monument qui nous conforte dans notre conviction qu’il est possible pour notre continent d’évoluer dans un autre environnement. C’est tout le sens de cette renaissance qui ressort de ce monument.

Pour nous autres Africains, nous parlons de renaissance parce que nous venons de très loin. Les peuples africains ont connu beaucoup de souffrances, à travers l’esclavage, la colonisation et bien d’autres entraves à leur émancipation. Aujourd’hui, nous essayons de rassembler à la fois les forces morales, psychologiques et intellectuelles pour un nouveau départ. Avec les interventions extérieures, le destin de l’Afrique n’a pas toujours été organisé selon le désir des populations.

Aussi, avec les indépendances, nous pensons que le concept de la renaissance africaine doit mieux nous mobiliser pour qu’ensemble, nous puissions réussir à la fois les défis de l’économie, de l’intégration, du social afin que les peuples africains occupent une place de choix dans le concert des nations".

A.B.

Sidwaya

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