Préservation des écosystèmes : Le cône d’épandage de Banh en

Sous l’action démesurée de l’homme pour s’assurer de la bonne terre de culture, le cône d’épandage de Banh, classé zone humide d’importance internationale par la convention Ramsar ratifiée par le Burkina Faso, le 7 octobre 2009, est en lambeaux. Et une réelle menace pèse sur les espèces animales qui y ont trouvé refuge et sur l’ensemble de l’écosystème.

Le cône d’épandage, à Mihity, dans la commune rurale de Banh, province de Lorum subit actuellement, une colonisation sans précédent. Des familles entières ont délibérément pris l’initiative de s’installer dans cette réserve naturelle de portée internationale pour des pratiques agricoles. Malgré les injonctions, elles ne démordent pas. Progressivement, ce gros poumon écologique de 10 003 hectares est déchiqueté.

Ces assauts répétés contre les terres fertiles mettent en péril l’équilibre de l’écosystème, ainsi que les oiseaux migrateurs en provenance du Delta du Niger et des zones froides de l’hémisphère Nord. Pourtant, le cône d’épandage de Banh est une escale agréable pour ces animaux en quête de fraîcheur, d’humidité et de lieu propice de ponte.

En 1998-1999, des observations ornithologiques effectuées par l’Institut national de l’environnement et de la recherche agronomique (INERA) y ont dénombré cent vingt quatre (124) espèces d’oiseaux appartenant à 39 familles dont 24 européennes parmi lesquelles des rapaces tels des cigognes, des ombrettes …

Logée dans une zone reconnue très aride, le cône d’épandage de Banh, inscrit le 7 octobre 2009 à la Convention « Ramsar », a une grande valeur environnementale, scientifique et économique. « Ce site est caractérisé par un contour polymorphe et à la fois changeant dans l’espace en fonction de l’importance des inondations. Elle représente une lame d’eau en hivernage.

La lame d’eau disparaît dès le début de la saison sèche par infiltration », relèvent les études réalisées par Pr François de Charles Ouédraogo du département de géographie à l’Université de Ouagadougou. Cette zone constitue, à la porte du Ssahel, une formation végétale de forêt sèche dominée par des épineux et des combrétacées très denses.

C’est une véritable zone de pâturage pour le cheptel et un refuge pour la faune sauvage. « Dans cette zone sahélienne où le potentiel eau, sol et végétation fait partie des préoccupations essentielles des populations, le cône d’épandage est au cœur de notre plan communal de développement », soutient Boukary Barry, maire de la commune rurale de Banh.

Malgré tout, cette enclave écologique ne bénéficie pas de toutes les attentions. Elle est constamment violée. En plein cœur, des surfaces emblavées se multiplient. Si rien n’est entrepris pour limiter les dégâts, ce sera l’asphyxie programmée de cette zone pourtant inscrite « Site Ramsar », du nom de cette ville iranienne où a été adoptée le 2 février 1971, « La Convention sur les zones humides d’importance internationale » en vigueur depuis 1975.

Ce traité intergouvernemental qui sert de cadre à l’action nationale et à la coopération internationale pour la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources a été ratifié le 7 octobre 2009 par le parlement burkinabè. Il se fonde sur la préoccupation des Organisations non gouvernementales (ONG) et des Etats devant la perte et la dégradation croissantes des zones humides qui servaient d’habitats aux oiseaux migrateurs.

C’est le seul traité mondial du domaine de l’environnement qui porte sur un écosystème particulier et les pays membres de la Convention couvrent toutes les régions géographiques de la planète dont le « Cône d’épandage de Banh ». A ce jour, le Burkina Faso a terminé la procédure d’inscription de douze (12) nouveaux « Sites Ramsar » d’intérêt extraordinaire répartis entre les régions du Sahel, du Nord, des Cascades, du Sud-Ouest, du Centre et de l’Est.

Ces endroits comprenant des lacs naturels et artificiels, ainsi que des cours d’eau permanents et saisonniers. Ils représentent un large éventail de types d’écosystèmes extrêmement importants pour la faune sauvage de la région et pour la stabilité hydrologique, climatique. Les nouveaux sites rejoignent dans le cadre de la préservation des écosystèmes, la Mare aux hippopotames, la Mare d’Ourcy et le Parc national du « W » inscrits en 1990 et portant le total national de « Ramsar » à quinze (15) sites de 652 502 hectares (ha).

Une violation sans crainte, sans regret

Le cône d’épandage de Banh qui devrait bénéficier d’une protection totale semble être abandonné aux aspirations culturales des paysans. A Mihity, à 25 kilomètres de Banh, à la frontière du Mali limitant le site dans sa partie ouest, la convention de Ramsar est mise à rude épreuve.

L’exploitation abusive des ressources forestières par un groupe d’hommes inquiète producteurs, éleveurs et écologistes. Venus du village voisin de Sobangouma à environ 5 km de la frontière, une famille entière se livre en toute impunité et en toute passivité à une défriche anarchique des bordures des mares. « J’étais dans un village au Mali.

Après des incompréhensions avec le chef, j’ai décidé de retourner sur les terres de mes ancêtres. Ici, je cultive du riz dans le bas-fond pour assurer la survie de ma progéniture. Mais les Peulhs ne veulent pas me voir », explique le chef de famille. Il n’a pas trouvé mieux pour assurer sa subsistance que de s’attaquer à un espace protégé accueillant des espèces animales et végétales rares. Déjà cinq (5) ha de la zone qui sont défrichés en pleine forêt depuis la saison agricole de 2008.

Le mutisme observé face à cette colonisation pourrait engendrer l’arrivée d’autres familles. Bien qu’elle suscite le mécontentement des populations riveraines de Mihity, Tchabwal, Niongono, Bani, Nongdoum qui ont traditionnellement en commun le partage des ressources fauniques, halieutiques et forestières du cône.

« Personne ne cultive dans cette zone. Les Bellas qui y résident se déplacent sur le flanc gauche pour des activités agricoles. », rassure le maire Barry. Et d’exprimer ce bras de fer : « Nous avons proposé à la famille exploitant les cinq hectares une autre zone agricole mais elle a refusé cette offre et reste campée sur sa position. Pour elle, c’est la terre appartenant à ses aïeux, et pour rien au monde, elle ne quittera ».

Face à cet entêtement pour libérer un lieu nourrissant leurs bêtes, les éleveurs interdisent à la famille en question l’accès au forage de la localité et lui lance un ultimatum pour évacuer. Mais le chef de famille s’en moque et entreprend de creuser un puits. En juin 2009, la tension monte entre les deux groupes obligeant l’autorité administrative à prendre des mesures conservatoires.

Elles marquent l’arrêt en l’état des défriches en attendant une solution définitive et autorise l’accès à l’eau potable de la famille mise en cause. Les deux parties s’engagent au respect des clauses conclues sous la houlette du gouverneur de la région du Nord. Mais l’affaire prend des connotations ethniques dans laquelle le pouvoir coutumier semble fortement sollicité.

D’un côté, la chefferie coutumière peulh de Banh et de Sobangouma au Mali pour les éleveurs, de l’autre, le Yatenga-Naaba, à qui la famille exploitant la zone interdite s’en remet. Malgré les mises en garde, elle persiste et poursuit les défriches. Pire, dans la zone, il y a un regain d’activité agricole. Une politique de colonisation progressive des lieux est en train de s’installer. De la seule famille en 2008, une quarantaine de personnes occupent aujourd’hui le site.

La pratique des cultures sur brûlis confirme l’intention d’une installation définitive. Une augmentation des superficies emblavées est à craindre. Les conséquences seront énormes : dévastation de la flore, disparition de la faune, bouleversement de l’écosystème. Et c’en sera fini pour le cône d’épandage de Banh déjà en proie aux effets des changements climatiques.

La réduction de la biomasse sous l’effet d’un climat de plus en plus capricieux et le prélèvement humain anarchique nuisent l’existence de la biodiversité de ce site singulier en milieu sahélien. Si ce phénomène se conjugue à des activités agricoles incontrôlées, c’est la catastrophe.

La disparition progressive de la forêt marquée par la mort de grands arbres séculaires, du couvert herbacé et l’absence de signe de régénération est bien réelle. Les oiseaux migrateurs sont confrontés à la modification de l’écosystème due à la péjoration climatique et à la pression anthropozoogène.

Sous l’effet de l’ensablement progressif des mares, l’on assiste à un rétrécissement et à un déplacement du cône d’épandage d’Est vers l’Ouest. Les défriches incontrôlées et anarchiques suite à l’installation progressive des populations venant de Banh et de Sobangouma risquent à coup sûr, d’achever cette réserve naturelle dont la renommée dépasse les frontières du pays. Cette richesse naturelle aux portes du Sahel est bien en péril.

Abdoul Salam OUARMA


Une zone éco-touristique majeure

De loin, ce sont les grands arbres qui peuplent le cône d’épandage qui retiennent l’attention. Baobabs, caïlcédras, tamariniers dominent des espèces plus petites et un tapis herbacé quelque peu discontinu. Par endroits, des plantes rampantes encore vertes tapissent le sol et rappellent permanemment au visiteur la qualité des sols et l’humidité qui prévaut dans la zone.

Plus loin, à l’intérieur de la forêt, des nids de rapaces couvrent les cimes des grands arbres. Ici et là, des chants d’oiseaux viennent de temps à autre rompre le silence des lieux, montrant ainsi leur fierté d’appartenir à ce site particulier à la porte du Sahel. Une fraîcheur naturelle prédomine dans la zone et rappelle cette fameuse côte d’Azur.

Selon des témoignages recueillis auprès des paysans, la zone de Mihity regorge d’espèces animales rares. Les mares sont peuplées de crocodiles pendant l’hivernage. Mais ces grands reptiles se retirent dans les trous dès l’assèchement des mares et y survivent jusqu’à la saison pluvieuse prochaine.

La zone est un véritable carrefour international pour les oiseaux migrateurs. Ils y séjournent avant de continuer leur périple vers le Sud ou le Nord. Des paysans affirment avoir souvent vu de grands rapaces portant des colliers ou des bagues. Au temps fort de l’épidémie de la grippe aviaire, Mihity avait été mis en observation par les services des ressources animales.

Dans la brousse, on peut également rencontrer des espèces telles que le chacal, le phacochère, des lièvres, des hérissons, des pintades sauvages, des perdrix, etc. Les crocodiles y sont traditionnellement protégés. Ils représentent les âmes des populations, à en croire les témoignages des anciens.

L’avenir du barrage de Andékanda en jeu

D’une capacité de dix (10) millions de mètres cubes, le barrage de Andékanda a été construit sur le cours d’eau principal endoréique de Mihity qui disparaît dans le cône d’épandage de Banh.

En 2007, l’inondation qu’a connue cette commune et qui a entraîné plus de 6000 sinistrés et de nombreux dégâts matériels serait en partie, liée au bouleversement de l’écosystème. En effet, l’arrivée massive des eaux dans le cône d’épandage de Banh suite à la succession de pluies diluviennes les 4 et 5 août 2007 ainsi que la rupture de la digue provisoire du barrage de Andékanda, ont provoqué une montée des eaux en amont, et un épandage des eaux au-delà du cône.

Le cône d’épandage de Banh joue à ce titre, un rôle d’aspirateur et sa stabilité serait un gage de survie du barrage et des villages en amont.

Sidwaya

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