Abattage des arbres centenaires dans nos villes : Voir au-delà de l’événementiel »

La polémique sur l’abattage des arbres dans la ville de Sya dans le cadre de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance du Burkina Faso continue de faire rage. La dernière réaction à ce sujet nous vient d’un lecteur qui invite à voir au-delà de l’événementiel.

Le Burkina Faso célèbre cette année 2010 sa cinquantième année d’indépendance. Un événement dont la portée historique n’est plus à démonter. C’est la prestigieuse ville de Sya qui a l’honneur d’abriter la manifestation commémorative de cet événement au plan national.

La ville de Bobo-Dioulasso connaît alors un déferlement des plus hautes autorités du pays, notamment les membres du gouvernement qui sont soucieux d’apporter leur contribution à la parfaite réussite de l’événement. Cette ville a aussi suscité récemment une polémique liée à l’abattage d’arbres plantés depuis le temps colonial.

En mars passé, le maire de la commune de Bobo-Dioulasso et ses proches collaborateurs ont cheminé avec le ministre de l’Environnement et du Cadre de vie quelques artères en plein chantier de bitumage. Devant l’ampleur du nombre des arbres centenaires abattus, soit environ 320 caïlcédrats plantés depuis l’époque coloniale, pour élargir et bitumer quelques artères, quelques phrases sibyllines mais très significatives en termes d’enjeux de vision urbanistique, ont été prononcées et largement rapportées par la presse.

L’éventualité d’une sanction à l’encontre de la mairie de Bobo-Dioulasso a été évoquée par l’hôte du jour. Il s’en est suivi une cascade de réactions à travers des écrits divers dans la presse qui condamnent, pour la plupart, la destruction des arbres centenaires qui sont de part le contexte de leur implantation des témoins de notre passé ; ces arbres portant les empreintes de la férule coloniale qu’ont subie nos aïeux.

Le 19 mars 2010, un appel pathétique qui invite les citoyens de la commune de Sindou, la population de la Léraba, et les autorités en charge de la question de l’environnement à contrer le chantier d’abattage de « 1000 arbres centenaires » qui arpentent certaines artères de la commune de Sindou et de la province de la Léraba, a été lancé par le premier adjoint au maire de Sindou. Le projet d’abattage systématique de ces arbres serait entrepris par le bourgmestre de ladite commune avec l’implication du Service forestier et des opérateurs économiques de la place, pour des motifs que désapprouve l’auteur de cet appel pressant.

Du rôle l’arbre dans les communes (1)

Les deux faits majeurs posent dans l’absolu la question de la participation du citoyen à la définition de la politique urbanistique de nos cités et, particulièrement, la place et le rôle de l’arbre dans la dynamique d’urbanisation de nos villes. Quel rôle nos communes, qui sont confrontées à de nombreuses priorités, donnent- elles à l’arbre ou à l’espace boisé dans leur planification urbanistique ? Nous limitons notre contribution à cette réflexion sur le rôle et la place de l’arbre dans les communes urbaines du Burkina Faso.

La ville, en tant qu’entité spatiale, économique et humaine dominée par des infrastructures complexe et moderne (grands immeubles, routes bitumées, etc.) focalise toutes les contradictions sociales et toutes les forces créatrices qui caractérisent toutes les étapes de son évolution. Elle est par essence une entité qui évolue sur tous les plans.

L’association de l’arbre à cette dynamique impose nécessairement des objectifs évolutifs assignés aux espaces boisés en milieu urbain. Au lendemain de l’indépendance de notre pays, nos villes ont hérité de nombreuses plantations routières composées majoritairement de caïlcédrats (Khaya senegalensis), de fromagers (Ceiba sp) qui sont des arbres majestueux de par leur grande hauteur, leurs houppiers encombrants ; des arbres dont l’architecture générale symbolise la splendeur du végétal.

Le rôle socio-économique que jouent ces arbres est inestimable. En effet, sous ces arbres ombrageux, de nombreuses affaires de la cité ont été nouées et aussi dénouées ! De nos jours, les espaces boisés urbains et les arbres centenaires, dont les houppiers (l’ensemble des branches et leurs feuillages) peuvent occuper de grandes superficies, sont confrontés au besoin de développement urbain et surtout au changement de préférence des citadins en matière d’espaces végétalisés.

Le constat en matière d’aménagement paysager dans les villes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso est la préférence des citadins pour de petits espaces engazonnés, jardinés de plantes florales et d’arbres non encombrants dans leurs petites parcelles d’habitation. Dans les communes rurales, le concept d’arbre à palabres demeure.

Aussi préfèrent-ils toujours des arbres géants à la devanture ou à l’intérieur des cours. En ville, seuls les espaces publics communaux (jardins publics, avenues) peuvent accueillir de tels arbres. Un tel changement de préférence des citoyens auquel s’ajoute la problématique de gestion des espaces publics des communes tels que les espaces verts, les forêts publiques communales, les plantations dites ceintures vertes, les plantations urbaines léguées par les anciens projets de reforestation, justifient la nécessité voire l’urgence pour nos communes urbaines d’avoir une vision claire en matière d’aménagement paysager, matérialisée par un plan vert (plan d’embellissement urbain, plan de reverdissement communal etc…).

Quelles meilleures dispositions paysagères ?

La réaction des citoyens confirme l’unanimité sur la perception que les espaces verts et les arbres contribuent à l’harmonie du développement urbain. Les normes internationales préconisent 10 m2 de jardins publics par habitant. Les villes d’Alger, de Paris, de Bruxelles disposent respectivement de 1,5 m2, de 2,5 m2, de 30 m2 de jardins publics par habitant.

Les statistiques nous font défaut pour le cas de nos villes ! Si les espaces fleuris, les rues bordées d’arbres élégants, les jardins munis de commodités distractives, éducatives et récréatives sont indispensables pour nos villes, quelles sont alors les meilleures dispositions paysagères ? Selon la paysagiste renommée, Caroline Stefulesco, « il ne suffit pas de planter pour améliorer l’environnement urbain, il faut aussi savoir bien planter et parfois même ne pas planter ».

Dans cette logique, l’urgence pour les villes de codifier les opérations de coupe d’arbres (mêmes les arbres centenaires !), les projets d’embellissement, les plantations routières, la mise en place des jardins communaux dans les espaces verts soumis aux velléités spéculatives, les orientations pour les jardins privés, le choix de la flore et de la faune urbaines, est à l’ordre du jour.

Il s’agit donc d’élaborer, pour chaque ville du Burkina Faso, un plan vert communal (l’appellation peut bien changer) qui, dans la logique, fait l’objet d’une consultation publique avant son adoption pour une meilleure participation citoyenne. Un tel document de référence qui a une portée technique et juridique permettra un débat citoyen et responsable qui va au-delà des réactions purement émotives voire émotionnelles.

Une question d’harmonie et d’équilibre

Les nouvelles opportunités économiques qu’offrent les emplois verts (la production de plantes florales, le savoir-faire en matière d’aménagement paysager, le tourisme de vision), les fonctions écologiques et sociales des espaces végétalisés constituent un créneau porteur à prévoir dans un tel plan. Pour notre information, la floriculture est l’activité qui connaît la plus forte croissance dans certains pays africains comme le Kenya.

En 2007, la culture florale représentait 45% de ses exportations horticoles en général, soit un apport de 32 millions de shillings kényans sur l’année (plus de 455 millions de dollars US soit environ 220 milliards de FCFA en 2007). Lauranne Trobenzano, septembre 2008, in Afrik economics.

Il y a donc des opportunités à saisir en transformant les pépinières urbaines en de véritables entreprises forestières, les tronçonneurs, les planteurs et autres tâcherons de la verdure en de véritables aménagistes paysagistes qui peuvent exporter leur savoir-faire. Certains coopérants se voient obligés d’importer des jardiniers par manque de jardiniers qualifiés pour l’aménagement paysager des infrastructures imposantes.

Au terme de notre contribution à un débat qui a passionné les citoyens sur l’intérêt des arbres et des espaces boisés dans nos villes, nous osons fonder l’espoir que le développement urbain se fera toujours en intégrant cette dimension environnementale qui constitue un liant pour l’harmonie et l’équilibre de notre cadre de vie.

Issa Pakodé (issapacode@yahoo.fr)

L’Observateur Paalga

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