Luc Adolphe Tiao : « Il y a un déséquilibre dans le traitement de l’information au détriment de l’opposition »

Présent à Ouagadougou dans le cadre des journées portes ouvertes du Conseil supérieur de la communication (CSC), Luc Adolphe Tiao, ancien président du CSC et actuellement ambassadeur du Burkina Faso en France a animé le mardi 13 avril 2010, une conférence sur le thème « le pluralisme et l’équilibre de l’information au Burkina Faso : Réalités et perspectives ». Dans cette interview, il assure qu’effort doit être fait pour que quand les médias traitent d’un sujet ou d’une actualité, il faut faire de telle sorte que l’opinion des principaux leaders d’opinions de notre pays puissent être reflétés à travers les éléments qui sont diffusés.

Fasozine.com : Vous avez donné une conférence sur le thème « le pluralisme et l’équilibre de l’information au Burkina Faso : Réalités et perspectives ».Le pluralisme et l’équilibre de l’information, une réalité ou un mythe au Burkina ?

Luc Adolphe Tiao : Disons que les textes au Burkina Faso prévoient le pluralisme et l’équilibre de l’information et chargent de ce point de vue, le Conseil supérieur de la communication de veiller à ce que ce pluralisme soit respecté. Maintenant, la question de savoir si le pluralisme et l’équilibre de l’information existent au Burkina, je répondrai que oui et non. Oui à partir du moment où il n’y a aucune loi qui empêche un parti politique, ou une opinion donnée de s’exprimer dans les médias publics et privés. Ce qui veut dire que tout citoyen burkinabè peut s’exprimer librement dans un organe de presse, qu’il soit public ou privé. Mais si ce droit existe, il n’est pas toujours entièrement appliqué pour des raisons techniques, des raisons d’organisation. D’abord parce que tous les courants ne sont pas organisés. Ensuite parce qu’un effort doit être fait pour que quand les médias traitent d’un sujet ou d’une actualité, il faut faire de telle sorte que l’opinion des principaux leaders d’opinions de notre pays puissent être reflétés à travers les éléments qui sont diffusés.

De quels mécanismes dispose le CSC pour réguler l’équilibre de l’information ?

Le CSC dispose d’un service de monitoring qui lui permet d’analyser régulièrement les temps d’antenne et de parole des différents acteurs. C’est par ce mécanisme qu’on se rend compte s’il y a un déséquilibre. Et ce n’est pas un secret, nos analyses ont toujours montré qu’il y a un déséquilibre en défaveur des partis de l’opposition. Mais ce n’est pas parce qu’on les exclut : je pense qu’eux-mêmes ne sont pas suffisamment organisés pour occuper l’espace qui est le leur. Il faut un cahier de charges qui définit un quota pour l’ensemble des acteurs au niveau des médias publics. Il faut également faire en sorte que dans tous les autres médias, notamment les médias audiovisuels privés, on puisse tenir compte de la diversité des opinions.

En tant qu’ancien président du CSC quelles sont les propositions que vous pouvez faire pour l’amélioration du pluralisme et de l’équilibre de l’information au Burkina Faso ?

Ce pluralisme doit prendre en compte les nouveaux paramètres, les nouvelles problématiques qui se posent au niveau de la communication dans notre pays. Il s’agit de l’organisation de l’opinion publique, de l’adoption d’un cahier de charges des médias publics, de dispositions qui permettront d’organiser les interventions des différents acteurs dans ces espaces. Par ailleurs, ces perspectives sont limitées. Comment organiser un équilibre de l’information dans un pays où la grande majorité des opinions par exemple n’est pas organisée autour des partis politiques qui sont représentés à l’Assemblée nationale, où il est plus facile d’équilibrer l’information entre partis politiques ? Et comment faire pour que ces partis politiques puissent s’exprimer régulièrement dans les organes de presse publics ? C’est en termes de réflexion que je pose cette problématique. Autrement, je n’ai pas vraiment de solution parce que c’est une question très complexe.

Pendant votre communication vous vous êtes un peu attardé sur l’équilibre de l’information en période électorale…

Le CSC travaille très bien en période électorale ou non électorale. Ce sont peut-être les mécanismes qui ne sont pas encore au point. Il faut que le CSC interpelle régulièrement les médias sur la question du pluralisme et de l’équilibre de l’information. Je prends l’exemple de la France où chaque mois, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) doit publier les temps d’antenne et de parole des différents acteurs politiques au niveau de chaque média. Cela n’est pas encore au point dans notre pays, mais il va falloir qu’on évolue vers ce mécanisme parce que, plus on publie ces informations, plus les médias se verront obligés de tenir compte de ce déséquilibre qui existe.

Kpénahie Traoré

Fasozine

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