APEKIRA GOMGNIMBOU, APICULTEUR A PO : « Pourquoi j’ai boudé la Journée nationale du paysan »

Sa participation à la Journée nationale du paysan à Ziniaré, son engagement politique, ce qu’il pense des élections et surtout des promesses faites aux Nahouriens, ses prises de positions apparemment mal appréciées par certains de ses frères du Nahouri. Ce sont, entre autres, les sujets que nous avons abordés avec Apékira Gomgnimbou, apiculteur à Pô, homme politique et membre actif du monde associatif. C’était quelques jours après son retour précipité de Ziniaré où il prenait part à la 14e Journée nationale du paysan qu’il a qualifiée d’ailleurs de "Journée du président".

"Le Pays" : Il semble que vous avez boudé la Journée nationale du paysan à laquelle vous étiez invité. Pourquoi un tel acte ?

Apékira Gomgnimbou : Ce sont des raisons personnelles et subjectives qui m’ont empêché de finir la Journée nationale du paysan que moi j’appelle plutôt "Journée du président". L’ouverture de cette journée a eu lieu au parc animalier du président que je venais de fouler pour la première fois et où beaucoup de choses m’ont tiqué : c’est d’imaginer le coût d’aménagement de ce parc ; l’entretien des animaux qui s’y trouvent. Quand je pense qu’ils boivent d’énormes quantités d’eau et que ma commune ne possède pas la moindre retenue d’eau, cela me frustre. Mes yeux ne pouvaient pas voir un tel luxe insultant. L’autre raison subjective qui m’a amené à ne plus suivre le déroulement de cette journée, c’est que nous étions à la 14e édition. J’étais à ma 3e participation et en tant que paysan, j’ai constaté qu’un tel cadre ne saurait changer les conditions de vie du paysan. Bref je ne vois pas en quoi cette journée me concerne en tant que paysan. De même, le budget annuel alloué à l’occasion ressemble à du folklore.

Que proposez-vous alors pour que les choses changent ?

En effet, tout n’est pas de critiquer. Si je dois proposer quelque chose, je proposerais qu’il y ait une journée tous les 5 ans, qu’on cumule les budgets des journées répétitives pour les investir dans l’agriculture, faire des aménagements et subventionner l’agriculture en général et peut-être tous les 5 ans, faire un point, évaluer les acquis, et les innovations et redéfinir d’autres objectifs. Là, je pense que le paysan se retrouverait en cette journée et se l’approprierait. Rien que l’alimentation des participants peut coûter combien ? Encore que le président fait de l’aumône aux participants en leur octroyant cinquante mille (50 000) francs CFA chacun ; et nous étions 2 200.

Ça coûte cher, sans compter ces luxueuses voitures qui consomment tant. Et le comité d’organisation qui a dû travailler pendant plusieurs jours et avec quel budget ? C’est excessif. Je pense qu’on n’a pas besoin d’une telle messe pour dire aux paysans qu’on s’intéresse à leur sort. Je pense que ce sont des actions parlantes qui détermineront quel crédit l’on accorde au paysan et quelle est l’ambition escomptée dans la productivité agricole pour assurer la sécurité alimentaire à laquelle nous aspirons. Alors que telle qu’elle est organisée, à mon sens, c’est plutôt la journée nationale du président, parce qu’il est le seul à savoir pourquoi il organise de telles journées et à tirer des dividendes. D’ailleurs, dans les débats cette année, il est ressorti que les engagements précédents ne sont pas suivis et qu’il faut dorénavant les suivre.

Autre chose à présent ; on aura bientôt des élections au Burkina. Que retenez-vous de celles passées ? Des promesses faites au Nahouri ?

Lors de la présidentielle en 2005, le président actuel, dans sa campagne, a promis 10 milliards de F CFA au Nahouri pour son développement. Jusqu’à l’heure actuelle, j’attends de voir la concrétisation de cette promesse. Je pense déjà qu’on va mettre dans l’acquis du mandat passé du président, la reconstruction de la route Ouaga-Pô-frontière du Ghana. Alors que tout le monde sait que cela est le fruit de l’effort de l’UEMOA et d’autres partenaires. Mais encore faut-il qu’on soit dupe pour encore croire à des promesses de fumée. Ça, c’est de bonne guerre, mais je demande aux frères du Nahouri de ne plus rester dupes. Quant aux législatives, c’est le comble. Le Nahouri a un député de nom. Mais ce n’est la faute à personne. C’est la faute aux fils du Nahouri. Nous avons préféré voter des députés "téléfaxés".

Alors, qu’on s’en prenne à nous-mêmes et non au député ni à ses protecteurs. Il nous a manqué la clairvoyance. Elle est à son 2e mandat cette députée. En 1992, elle a été élue députée sous l’obédience ODP/MT. On ne l’a pas vue au Nahouri. Certes, on ne demande pas au député de développer tout seul une région parce que le député ne gère pas un budget ni un département ; son rôle est de voter les lois et les bonnes. Mais qu’il soit présent dans son électorat ; qu’il vive les réalités de l’électorat. Car celui-ci lui permettra de guider son sens lors des votes de bonnes lois. Malheureusement, quelqu’un qui a déjà fait ses preuves – et lesquelles ! – qui revient rebeloter et je ne dirais même pas naïvement, mais bêtement, on se met encore à reconduire cette personne sous prétexte que c’est le parti du président Compaoré. Mais mon parti en tant que personne morale n’a rien à voir parce qu’on dit que toute société humaine ne vaut que par l’homme qui l’incarne. Les partis ne valent que par ceux qui les incarnent.

Que souhaiteriez-vous par-dessus tout ?

Je demande simplement aux enfants du Nahouri d’avoir comme premier parti, le Nahouri et son développement ; de ne pas continuer à évoluer dans les déchirements, pour donner raison à ceux qui disent que c’est parce que les enfants du Nahouri ne s’entendent pas que, que…

Vous avez à chaque occasion lancé un appel à l’unité des Nahouriens, alors que certains pensent que vous parlez beaucoup, Ne vaut-il pas mieux ne plus rien dire ?

Dans tous les cas, le jour où je mourrai, je ne parlerai plus, je ne critiquerai plus. Mais ma propre personne, qu’on la critique ou pas, je m’en moque. Car, la première personne avec qui je suis censé m’entendre, c’est d’abord moi-même, c’est-à-dire ma conscience. Il y a ceux qui trouvent que je parle beaucoup mais d’autres peut-être apprécient mes idées. Pour ce faire, je ne pense pas qu’il y a lieu d’épiloguer là-dessus, chacun a sa nature, chacun a sa conviction, sa façon de s’engager.

Pouvez-vous expliquer votre choix politique à ceux qui prétendent ne pas comprendre que vous ne soyez pas sankariste ?

Je m’excuserais de heurter la sensibilité des sankaristes. Moi, je suis sankariste, sauf que je ne milite pas dans un parti sankariste ; c’est pour des raisons personnelles. Je constate que l’idéal sankariste était unique comme Sankara fut unique en son genre. Avec de multiples partis sankaristes, je ne sais dans lequel militer pour ne pas militer contre un autre sankariste, parce que militer dans un parti sankariste de nos jours, c’est militer contre le sankarisme. Et ma réflexion personnelle m’a poussé à aller au PAREN qui a aussi un programme de société révolutionnaire. Etant entendu que le manifeste du PAREN n’est pas hors cadre de ma nature, je me trouve à m’exprimer mieux au PAREN que de militer en sankariste contre le sankarisme.

Propos recueillis par Nouffou ZONGA (Collaborateur)

Le Pays

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