Philomène Kaboré, ex-otage d’AQMI : « Nous avions même droit au lait et au pain »

Depuis la nuit du lundi 19 avril 2010 au cours de laquelle ils ont atterri à l’aéroport international de Ouagadougou, ce n’est plus avec des photos d’archives que les médias burkinabè illustrent cette odyssée de notre compatriote Philomène Kaboré et de son époux italien, Sergio Cicala. Le lendemain de son arrivée à Ouagadougou, le couple a été reçu en audience par le président du Faso, avec cette gentillesse faite aux médias et qui consistait en une rencontre avec ces deux ex-otages d’AQMI, qui ont levé un petit pan de voile sur les conditions de leur détention.

« Ça va ; ça va très bien », tels sont les premiers mots prononcés le lundi nuit par Philomène Kaboré et son mari Sergio Cicala après leur descente d’avion à l’aéroport international de Ouagadougou. Le jour suivant, soit le mardi 20 avril 2010, ils sont allés dire bonjour et traduire leur reconnaissance au président du Faso, Blaise Compaoré.

A suivi une brève rencontre avec les journalistes, qui n’attendaient que cela pour s’enquérir des conditions de détention du couple. Certes, la joie de recouvrer la liberté et de revoir les siens est toujours présente mais, après les effusions de bonheur, l’on a l’impression que le choc traumatique de plusieurs mois de captivité est encore latent.

Et, visiblement, le couple italo-burkinabè ne voulait pas faire dans les grandes confessions pendant le point de presse. En attestent les réponses au style télégraphique aux questions et une certaine nervosité à l’évocation de certains sujets. Il est des signes qui ne trompent pas. Lorsqu’en guise de préliminaire, leur accompagnateur, le colonel-major Gilbert Diendéré, a précisé que les échanges vont durer tout au plus une trentaine de minutes, Philomène Kaboré, avec un ton de dépit accentué par un haussement d’épaules, fera remarquer que c’est même « trop ». Sans oublier les trous de mémoire.

Il est loisible de les comprendre, eux qui sont sous les feux de la rampe depuis longtemps et qui aspirent au repos et veulent faire cicatriser au plus vite les meurtrissures encore ouvertes. C’est donc douloureusement et avec une petite pointe d’agacement que les deux ex-otages d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) se sont prêtés au jeu de questions-réponses. A chaque interrogation, Philomène jouait à l’interprète avec son mari. De temps en temps, ce dernier baragouinait la langue de Molière. Toujours est-il qu’on sentait une grande complicité entre les deux. « Nous étions bien traités.

Nous mangions bien et avions même droit au lait et au pain », ont-ils aussitôt fait remarquer ; même si l’on peut se demander quel goût doit bien avoir une gorgée de ce lait et la bouchée de ce pain chez ces prisonniers qu’on menaçait d’exécuter du jour au lendemain si la rançon demandée n’était pas honorée. Un handicap de taille, c’était la chaleur, ont-ils ajouté. Pour l’épouse qui est née dans un climat tout aussi aride, passe encore. Mais pour un originaire de l’Europe, comme Sergio Cicala, c’était une autre paire de manche. « Il y faisait très chaud ; j’ai moi-même été une fois victime d’un malaise », a révélé Philomène.

Le couple est-il informé des tractations autour de sa libération ou était-il informé de l’actualité internationale ? Que nenni, a fait remarquer celle que nous avions prénommée Burkinbila (Ndlr : dérivé qualificatif de Burkina) pour avoir refusé de prendre le large du moment que son mari restait en captivité. Elle a en effet précisé que c’était la loi du silence-radio : « On n’avait rien.

On n’était pas autorisé à parler. Sauf si on voulait quelque chose de précis, comme l’eau. Là encore, j’étais une femme et je n’avais pas le droit de leur faire la requête. C’est mon mari qui s’en chargeait ». Les ravisseurs qui s’acharnent sur leur proie réclament généralement deux choses : la libération de leurs camarades ou le paiement d’une certaine somme. Pour le couple italo-burkinabè, une rançon était exigée pour son élargissement. A-t-elle finalement été payée. Réponse laconique de l’Italien : « Je ne sais pas. Nous sommes par contre convaincus que nous avons été soutenus ».

En aparté, un confrère, sourire en coin, fera constater. « Vous imaginez bien que même si une somme avait été payée, ils ne le diront pas ! ». La réponse juste à cette question n’est d’ailleurs pas la préoccupation de l’heure chez le couple Cicala. Leur principal vœu, c’est maintenant la libération très prochaine de leurs compagnons d’infortune, ces Espagnols qui sont encore entre les griffes d’AQMI. « C’est ce qui est important à nos yeux. Le climat y est très rude », ont-ils déclaré en chœur et en guise de conclusion.

Issa K. Barry

L’Observateur Paalga

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