Sidi Lamine Ould Mohamed : « Je ne suis pas le Burkinabè d’Al Qaida »

De décembre à février, Sidi Lamine Ould Mohamed dit "le Chinois", un surnom qu’on lui a collé du fait de sa ressemblance avec les habitants de "l’empire du milieu", avait disparu de la circulation du côté d’Essakane, la cité des orpailleurs située à 70 km au nord de Dori. Il a failli ne plus jamais regagner son domicile. Il a passé trois mois à Bamako, en prison selon certains, libre de ses mouvements selon l’intéressé lui-même. Ce qui est certain, les autorités maliennes l’ont retenu plusieurs semaines dans leur capitale. Que s’est-il réellement passé pour que "le Chinois d’Essakane" se retrouve "prisonnier" chez le voisin malien ? "Je suis allé à la chasse en décembre avec des Arabes de Dubaï.

J’ai eu un problème de permis de chasse fait par un gendarme en complicité avec des agents de l’environnement malien. Ces derniers ont été arrêtés. Je suis resté un mois à Bamako pour coopérer à l’enquête", explique-t-il. Les faits sont cependant plus épais que ce récit, selon d’autres témoignages. Non seulement, contrairement à ce qu’il affirme, il a passé plus d’un mois à Bamako, mais il aurait été soupçonné aussi de faire partie de la bande de l’AQMI (Al Qaîda du Maghreb Islamique), le groupe salafiste algérien qui revendique son affiliation au réseau d’Oussama Ben Laden, qui opère dans la bande saharienne par des prises d’otages. Mais il réfute cette accusation et pour lui, jamais les autorités maliennes ne lui ont signifié cette grave accusation. Ce qui semble vraisemblable, le Chinois et ses riches hôtes du Golfe auraient été attaqués par des bandits armés, une fois franchie la frontière malienne en décembre dernier.

Poursuivis sur plusieurs kilomètres, ils ont eu la baraka en alertant une patrouille de l’armée malienne qui a réussi à repousser les assaillants. Le Chinois et ses compagnons sont conduits dans un poste pour vérification d’identité. C’est là que les agents maliens vont se rendre compte du faux permis de chasse détenu par le Burkinabè. Ils seront transférés directement sur Bamako pour compléments d’enquête. Certains éléments de la patrouille malienne auraient cru, entre temps, à un canular. Pour eux, il se pourrait que le Chinois et ses hôtes soient également des agents d’Al Qaïda ainsi que les bandits qui les poursuivaient. C’est ce qui aurait justifié leur long interrogatoire. Les compagnons du Chinois auraient été relâchés sous les pressions diplomatiques de leur pays. Mais le Burkinabè, lui, a dû attendre encore plusieurs mois pour recouvrer la liberté.

Depuis neuf ans, " le Chinois " s’est fait une réputation de guide touristique qui accompagne les riches touristes arabes dans le désert malien. Ils viennent faire la chasse aux faucons avec " le Chinois ". Cependant, l’activité principale de notre guide, c’est l’achat de l’or. Il est installé à Essakane depuis 1986. " C’est nous qui avons gardé la colline d’Essakane au temps de Henri Zongo.[ancien ministre de la Promotion économique et l’un des 4 chefs historiques de la révolution avec Sankara, Compaoré et Lingani]. J’ai travaillé avec toutes les sociétés qui se sont installées ici pour exploiter l’or. C’est nous qui achetions l’or pour les revendre, du CBMP à la CEMOB. Je suis un vrai acheteur d’or, je ne suis pas un faux type", explique celui qui se considère comme un Burkinabè "café au lait". Père arabe et mère peule de Dori, Sidi Lamine a été fait " Chevalier de l’ordre du mérite burkinabè " le 11 Décembre dernier. Il n’a pas goûté au plaisir de cette décoration comme il l’aurait souhaité puisque retenu à Bamako.

C’est son frère aîné, militaire à la retraite, qui va le représenter à la cérémonie de remise des médailles organisée à Gorom-Gorom, chef-lieu de la province de l’Oudalan où les autorités de la région du Sahel ont choisi de célébrer la fête du 11 Décembre 2009. Dans la région du Sahel, les rumeurs les plus folles le donnaient pour mort. Les moins pessimistes disaient qu’il est incarcéré en compagnie des membres d’Al Qaïda et qu’il a même été condamné à 7 années de prison ferme. Il serait le Burkinabè du groupe retenu par les autorités maliennes dont parlaient les médias. Les 4 membres dudit groupe ont été libérés après neuf mois de détention en échange de l’otage français Pierre Camatte. Selon ses détracteurs, le Chinois serait donc lié au réseau terroriste, ce serait lui son représentant au Burkina. " Ce sont des mensonges proférées par mes ennemis.

Ils ont voulu me mêler à l’affaire des terroristes alors que tout le monde ici sait que je suis propre. " Il se défend d’avoir un quelconque lien avec les ravisseurs qui opèrent dans le désert malien. Selon lui, c’est un malheureux incident qui l’a conduit jusqu’à Bamako et aujourd’hui, il est lavé de tout soupçon dans l’affaire du faux permis de chasse. Il ne comprend donc pas pourquoi certaines personnes veulent le faire passer pour un dangereux terroriste. " Je ne suis qu’un petit acheteur d’or qui se débrouille pour nourrir sa famille. Tout le monde sait aussi à qui je revends mon or, c’est à la société Sav’Or. Même si mes ennemis me cherchent, ils ne vont pas m’avoir parce que je suis propre dans mon pays ". Plus d’un mois après son retour au bercail, Sidi Lamine dit le Chinois a repris son activité préférée dans sa nouvelle maison d’Essakane site : peser et repeser l’or que lui envoient les orpailleurs .

Par Idrissa Barry

L’Evénement

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