VISITE DU PREMIER MINISTRE AUX SINISTRES DE YAGMA : Près de 4 000 présumés escrocs dénichés

Le lundi 26 avril 2010, le Premier ministre (PM) Tertius Zongo a rendu visite aux sinistrés de la trame d’accueil de Yagma. L’opération avance et sera bientôt close, des "escrocs" ont été épinglés, les ONG ont et continuent d’abattre un gros travail. Mais il demeure des mécontents.

C’est accompagné d’un long cortège que le Premier ministre Tertius Zongo est arrivé à Yagma. Le comité d’accueil : des sinistrés et les ONG qui accompagnent le gouvernement : CRS, Croix-rouge, Aide à l’enfance, Plan Burkina, Help, ONU Habitat, Cathwell, ODE. L’attention du PM est vite accaparée par Yombi Ouédraogo, superviseur général des opérations d’attributions de parcelles et de matériaux de construction. Il lui explique le plan de la trame, puis passe aux chiffres des attributions à ce jour : 18 763 sinistrés ont été traités sur environ 24 000 recensés. 54% de voirie réalisés, 32 forages existants, un CSPS (Centre de santé et de promotion sociale) et un terrain de football fonctionnels.

C’est l’occasion aussi pour Tertius Zongo d’apprendre l’existence de "vrais-faux sinistrés" et d’un réseau d’arnaqueurs qui spoliaient les vrais sinistrés. Des gens qui ont été mis derrière les barreaux. Et de fortes suspicions pèsent sur près de 4 000 inscrits qui restent invisibles et que Tertius Zongo qualifie d"’escrocs". Cela connu, le PM a passé en revue les ONG présentes sur le site. Puis, il a visité les 8 tentes qui font office de salles de classe à Yagma, accompagné du ministre de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation (MEBA), Odile Bonkoungou, du ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Vincent Dabilgou et du maire de la ville de Ouagadougou, Simon Compaoré. Il a encouragé les élèves. L’un a levé son petit doigt pour demander si lui et ses camarades allaient rester éternellement sous ces tentes. "Non, répond le PM, nous allons construire une grande école à Yagma. Les écoles du futur."

Le futur visité a été le CSPS sous tente où le PM n’a pas manqué de voir des pancartes qui lui disaient, "les délogés pour les sinistrés." Il s’agit des autochtones dont le sol a été utilisé pour dégager les parcelles des sinistrés. Mais le PM qualifiera ces pancartes de "démagogiques" car il estime que les autochtones ont été largement satisfaits (cf. encadré 1). Dernière étape, la maison en construction d’un "sinistré lamda", qui a ceci de particulier qu’elle applique la méthode de l’ONG Help, qui consiste à faire des soubassements en ciment et continuer le reste de la maison en banco. Le ministre Dabilgou n’a d’ailleurs pas tari d’éloges sur l’action de Help. Fin de parcours aux environs de 12h. Les opérations d’attributions de parcelles arrêteront bientôt, a annoncé Tertius Zongo, car, a-t-il dit, "on ne peut pas ouvrir indéfiniment un chantier." Bientôt, le "look" de Yagma changera. Foi de Tertius Zongo !


Les conclusions de Tertius Zongo : "Nous avons fait notre travail"

"Cela fait un bout de temps que nous avons lancé cette opération. Il était donc indiqué qu’on vienne sur le terrain voir l’état d’avancement mais apporter aussi un encouragement aux populations qui sont sur le site. Beaucoup de choses ont été faites. Mais il faut dire qu’on ne peut pas ouvrir un chantier indéfiniment. Nous avons remarqué que sur les 24 000 recensés, il reste environ 4000 qu’on ne voit pas. Pour nous, les 4000 sont des gens qui ont inscrit des noms qui ne sont pas les leurs. Nous allons arrêter l’opération. Parce qu’on ne peut pas continuer à mobiliser des fonctionnaires sur le site pour des escrocs qui pensent qu’ils passeront un jour par les mailles. Beaucoup de ces gens qui ont utilisé des astuces sont aux mains de la gendarmerie. Naturellement, il y a quelques petits problèmes en matière d’approvisionnement en ciment. La balle n’est plus tellement dans le camp du gouvernement. Mais nous sommes responsables.

Je veux donc rassurer que tous ceux qui n’ont pas pu avoir leur ciment, l’auront. L’assainissement sera fait. Nous allons trouver des abris à ceux qui sont sur le terrain pour qu’ils puissent se loger sur le site et construire. Nous avons fait notre travail. L’école se poursuit normalement, ceux qui sont malades se soignent normalement, la sécurité est assurée. Dans peu de temps, nous allons nous donner rendez-vous pour venir voir comment le look de cette zone a changé. Les entreprises et les ONG ont fait un travail extraordinaire. (…) Les pancartes, c’est de la démagogie. Nous avons attribué près de 1500 parcelles aux autochtones. Tous ceux qui ont l’âge d’avoir une parcelle en ont eu. Deuxièmement, toutes les parcelles au bord des grandes voies sont occupées par des autochtones. Leurs fils qui sont à Ouaga ont eu des parcelles. Alors, les pancartes qui disent "on nous a délogés pour reloger des sinistrés", ils n’ont qu’à continuer, il y a la brousse devant."


Des sinistrés mécontents

Fati Guigma, ménagère

"Cela fait 18 jours que je suis à Yagma pour recevoir ma dotation en matériaux de construction et ma parcelle. Notre maison est ce terrain vide là-bas. La pluie de la semaine dernière nous y a surpris."

Frédéric Kiemdé, électricien

"Ici, ça va très mal. Cela fait deux semaines aujourd’hui qu’il n’y a pas de ciment. Et ceux qui déchargent le ciment ne le font pas bien. Si la commission n’est pas encore arrivée, ils jettent les sacs de ciment au sol et certains éclatent. Je pense qu’il faut superviser sur le terrain car il y a tellement de mauvaises choses. Et puis, la manière avec laquelle les membres de la commission s’adressent à nous n’est pas correcte. C’est comme s’ils étaient les chefs et nous ne sommes rien. Il faut revoir cela."

Le superviseur général, Yombi Ouédraogo, aux mécontents

"Il faut que les gens fassent la part des choses. Le groupe qui est programmé aujourd’hui, c’est Boulmiougou. On ne peut pas prendre quelqu’un qui vient de Baskuy. Je ne suis pas programmé mais je ne veux pas rentrer puis revenir, cela fait deux choses. Il y a certes des problèmes. Si le ciment est fini, ce n’est pas la faute à quelqu’un. Les capacités de l’usine et la matière première font défaut. Voilà pourquoi le ciment manque depuis un certain temps".

Par Abdou ZOURE

Le Pays

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