Rentrée solennelle à l’Université de Ouagadougou La crise est-elle passée ou oubliée ?


Le Ministre Paré en compagnie du 1er ministre lors de la rentrée solennelle.

Par Boukari Ouoba

Ne dit-on pas que "Pas de nouvelles, bonnes nouvelles" ? Peut-on appliquer la formule à l’université de Ouagadougou ? Depuis un moment, on n’entend plus parler des campus universitaires de Ouagadougou dans les médias. La situation qui y prévaut témoigne d’une accalmie difficilement entretenue et qu’aucune partie ne voudrait prendre la responsabilité de troubler. Le temps est en effet à la résignation chez les étudiants tandis que l’autorité universitaire met les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu. On parle de pression positive. Le 26 mars dernier, l’université s’est offert une rentrée solennelle. Une première dans les annales de cette institution.

Comme une première dans l’histoire des universités du Burkina, la rentrée officielle des universités publiques du Burkina n’a laissé aucun doute sur sa solennité au regard de la présence d’un parterre de personnalités. A l’amphi J de l’université de Ouagadougou, il y avait au présidium, le président de l’université de Ouagadougou, le Pr. Jean Koulidiati, le ministre de l’Enseignement supérieur, le Pr. Joseph Paré, le Premier ministre Tertius Zongo et le grand hôte du jour, parrain de la cérémonie, le Dr. Cheik Modibo Diarra. Des universités de la sous région (Bénin, Niger, Togo, Côte d’Ivoire, Sénégal, etc.) étaient représentées. Procession des enseignants chercheurs par grade (les Assistants d’abord puis les Maîtres assistants, les Maîtres de conférence et enfin les Professeur titulaires), le tout dans une musique rythmée de la fanfare de la garde nationale. L’université s’était réveillée sur son bon pied ce samedi 26 mars. Les " honorables étudiants ", comme les appelaient le PM et le président de l’UO, occupaient la dernière moitié des sièges de l’amphithéâtre de 1100 places. Une colonne a été occupée à moitié par les femmes de l’université et une autre par les Agents Techniques, Ouvriers et de Soutien (ATOS). Toutes les parties de la communauté universitaire seraient ainsi donc représentées. Selon le président de l’université de Ouagadougou, chaque structure de l’université a été invitée à fournir deux représentants pour prendre part à l’organisation de la rentrée solennelle. Les rencontres tenues avec les différentes composantes de la communauté universitaire ont permis d’obtenir leur adhésion à l’initiative. Ce point de vue est discutable selon certains acteurs de l’université qui voient en cette rentrée solennelle " une façon de faire croire qu’à l’université ça va ". Le Syndicat national des enseignants chercheurs (Synadec), fer de lance de la fronde durant l’année 2009, s’est désolidarisé et dénoncent en même tant que certains partisans de l’ANEB, cette manifestation solennelle qualifiée d’inopportune.

L’opportunité d’une rentrée solennelle

C’est comme dans un ordre traditionnel des jeux de rôles que les autorités universitaires et les syndicats apprécient contradictoirement la rentrée solennelle. Pour les premiers, c’est tout à l’évidence que la rentrée solennelle est une bonne chose sans quoi elle ne se serait pas produite. A la cérémonie, le Président de l’université affirmait : "L’Université de Ouagadougou est aux anges, entendez par là que la doyenne du haut de ses 36 ans jubile d’abriter la première rentrée solennelle des universités publiques du Burkina Faso. C’est assurément un grand honneur pour elle et pour son rang…il s’agit d’un événement inédit ". L’intervention du ministre Paré a suivi le même sillage pour dire qu’ " il s’agissait là d’une innovation majeure, une occasion de faire connaître les atouts et qualités de l’institution universitaire, de souligner la qualité de ses produits et productions, de saluer le travail fait par certains de ses membres et de mettre en exergue une réflexion sur une question qui va constituer l’enjeu scientifique de l’année, "la leçon inaugurale". Mais pour le Synadec, tout cela n’est que mise en scène. Son secrétaire général, Magloire Somé estime que c’est une façon de faire croire que ça va à l’université et pourtant, "nous sommes en crise ". Invité à prendre part à l’organisation de cette rentrée, le syndicat a tout simplement décliné après examen de la proposition par son bureau. Il a été autorisé néanmoins aux militants nouvellement inscrits au CAMES de pouvoir prendre part à la cérémonie où ils devraient recevoir leurs toges. "L’université est mal financée et comprenez que nous sommes gênés de participer à cette rentrée organisée à des coûts de millions", s’est justifié le secrétaire général du Synadec. Le syndicat se dit même surpris par la tenue de la rentrée solennelle en ce moment précis. L’information leur a été donnée à une rencontre le 2 février qu’ "il était possible que l’université organise une rentrée solennelle". Pour ce syndicat, telle qu’annoncée, la rentrée solennelle ne pouvait être pour cette année, mais plutôt à la rentrée académique 2010-2011.

Le rêve d’une année normalisée


Le Pft de l’Université Jean Kouldiati et le SG du SYNADEC, Magloire Somé

Nonobstant la rentrée solennelle, la rentrée-la véritable rentrée- s’est faite à l’université au cas par cas. C’est d’ailleurs ce qui se fait depuis au moins dix ans que l’université ne connait plus de rentrée normale. Un calendrier universitaire est régulièrement adopté, mais dans la réalité, chaque UFR, voire chaque département a un calendrier imaginaire qui lui est spécifique. Selon le calendrier universitaire rendu public récemment à travers une conférence de presse, les cours sont programmés de 7H à 21H sur le campus de Zogona et du SIAO avec une pause entre 13H et 15H. La pression est forte sur les étudiants, mais c’est prenable et préférable aux situations de blocage, confessent certains enseignants et étudiants. Pour ce qui est du campus de Zogona, il y a eu trois vagues de rentrée. Ainsi, dans le mois d’octobre, c’est l’Institut burkinabè des arts et métiers (IBAM) qui a effectué sa rentrée. Les UFR Sciences de la Vie et de la Terre (SVT), Sciences De la Santé (SDS) et Sciences Exactes et Appliquées (SEA) ont fait leur rentrée en janvier. Les dernières à rentrer, soit dans le mois de mars, sont les UFR Lettres Arts et Communication et Sciences Humaines. Avec le calendrier actuellement en cours, les autorités universitaires nourrissent l’espoir de solder le retard cumulé avec les crises successives. Même si on n’arrivait pas à rentrer en novembre comme le veut le calendrier, une rentrée 2010-2011 en décembre sera acceptable selon le président de l’université, le Pr. Jean Koulidiati. S’il n’ y a pas de troubles, Magloire Somé pense lui aussi que le calendrier pourra être respecté à 90%. Le véritable problème, ajoute-t-il, demeure la question des salles de cours, de travaux dirigés et de travaux pratiques. Malgré la programmation de 7 H à 21 H, les étudiants comme les enseignants ne travaillent pas à plein régime à cause du manque de salles. Certaines promotions de l’UFR/SH ont pu profiter des amphis du SIAO pour progresser, mais depuis que les cours ont commencé dans les UFR/ Sciences économiques et de gestion et Sciences juridiques et politiques, c’est un coup d’arrêt pour cette unité de formation qui va connaître des problèmes de programmation. La création de Ouaga 2 n’aura rien changé au manque d’infrastructures de l’université de Ouagadougou. Seules les promotions de 1ère et 2ème année de SEG et SJP sont domiciliés au SIAO. Dans ces deux UFR, les cours ont commencé seulement le 6 avril. En droit par exemple, les derniers résultats sont sortis le 26 mars alors que les congés intervenaient juste le lendemain (le 27 mars). Des deux UFR, c’est seulement la 4ème année de droit qui aura fait cours dans le 2ème trimestre soit une semaine entre le 22 et le 27 mars. Le calendrier dans cette université fixait le début des cours le 1er mars mais la réalité en a décidé autrement. L’horizon de l’année académique est peut-être incertain, mais il n’est pas pour autant sombre. Le Synadec est toujours dans l’expectative quant à la résolution de sa plate forme revendicative. Selon le SG du Synadec, les enseignants s’étaient réjouis quand le Premier ministre dans son adresse sur l’état de la nation avait mentionné l’adoption prochaine du statut particulier des enseignants chercheurs. Mais ils restent méfiants, vu qu’à la rentrée parlementaire qui avait eu lieu plus tôt, le projet de loi sur le statut de l’enseignant chercheur n’était pas inscrit à la session parlementaire. En attendant d’en savoir davantage, Magloire Somé ne gage pas que son syndicat observera une année de grâce.

L’UPB dans la tourmente

Alors qu’à l’Université de Ouagadougou les nouvelles sont plutôt bonnes, ce n’est pas le cas à l’Université Polytechnique de Bobo. Après leur mouvement de protestation du 22 janvier, les étudiants de Nasso ont de nouveau débrayé le 18 mars. Leur plate forme revendicative qui comporte entre autres points l’indication de la tombe de Dabo Boukary, le retrait des services de sécurité universitaire, l’amélioration du transport et la réduction de son coût de 1000f à 500F/mois, l’amélioration de la quantité et de la qualité des repas, l’augmentation des salles de classes, le recrutement d’enseignants en quantité et en qualité, n’a pas connu la moindre satisfaction selon les étudiants. Le ministre Paré qui y a effectué dernièrement une visite a appelé les étudiants à reprendre les cours, mais son appel est resté vain. Selon les étudiants, ils seraient victimes d’une "intoxication" de la part des autorités universitaires. Ils démentent les propos du président, Hamidou Boly, qui avance l’indication de la tombe de Dabo Boukary et le retrait des forces de sécurité comme étant les points d’achoppement des négociations. Pour les étudiants, le problème crucial qui les oppose aux autorités est la question du transport. Les cars de 70 places transportent entre 100 et 120 étudiants par voyage et sont irréguliers sur les lignes. Il y a en plus le problème de salles qui ne serait pas résolu contrairement ce qu’a laissé entendre le ministre Paré lors de sa visite, estimant le nombre de places disponibles à 3500 contre un effectif total de 2000 étudiants. Les étudiants citent en exemple l’Institut des Sciences de la Nature et de la Vie (ISNV) où il y a un manque de places. Un autre point de revendication vient de s’ajouter à la plate forme des étudiants depuis que trois de leurs camarades ont été exclus de l’université et une dizaine blâmée suite aux mouvements de protestation. Les étudiants ne veulent pas lâcher leurs camarades sur le carreau et demandent la levée des sanctions avant d’envisager une reprise des activités académiques. Selon des sources estudiantines, les forces de gendarmerie venues en appui au service de sécurité des universités ont encore dispersé des étudiants qui s’étaient rendu sur le campus le 6 avril. La situation est fortement tendue entre les étudiants et les autorités qui y voient la main de personnes extérieures qui instrumentalisent les étudiants.


L’UK, le borgne au pays des aveugles ?

À l’Université de Koudougou (UK), la situation est quelque peu semblable à celle de l’UO. Toutes les unités de formation ont fait leur rentrée sauf en Lettres et Sciences Humaines (LSH) où les départements d’Histoire et de géographie n’avaient pas encore fait leur rentrée qui était attendue pour le 6 avril. Cette unité avait été la plus touchée par la grève du Synadec en 2009 et elle en porte encore les séquelles. Par contre, certaines filières comme SEG et Lettres modernes ont commencé l’année depuis novembre. S’il y a un problème commun aux universités publiques du Burkina, c’est d’abord le manque d’infrastructures. A l’UK également, le manque de places est déjà patent. Selon Francis Nikiéma, le président de l’ANEB/Koudougou, la promotion de 2ème année de SEG dispose d’une salle de 500 places pour 700 étudiants environ et les 140 étudiants en Histoire 2 ont une salle de 60 places. Sur quinze promotions de l’unité LSH, dix prennent leurs cours hors de l’université dans des locaux non adaptés comme l’ancien local de la Société africaine de pneumatique.

BO

Education

Université de Ouagadougou
Un concentré de misères et de frustrations

Bousculade au restaurant universitaire

Par Abdoul Razac Napon

La crise à l’université de Ouagadougou n’est pas seulement académique, elle est aussi sociale. Les étudiants dénoncent la dégradation progressive des conditions sociales. Cependant, si l’université a été paralysée par la grève des enseignants chercheurs en 2009, les étudiants, eux, n’ont pas observé de mouvement de protestation. Malgré les grèves à répétition dans les universités de Koudougou et de Bobo-Dioulasso, du côté de Ouagadougou, c’est le calme. Mais ce calme et cette sérénité cachent des frustrations. Pendant ce temps, les pays de l’UEMOA réunis à Ouagadougou en mars dernier sur les stratégies de financement de l’enseignement supérieur veulent durcir les conditions d’accès aux universités publiques.

Pour les étudiants, le combat pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail est loin d’être terminé. Bien au contraire, ils pensent que les conditions sociales se sont beaucoup dégradées depuis 2008. C’est dire donc que le gouvernement ne s’est pas penché sur leurs plateformes de revendications. Il est plutôt revenu sur les maigres acquis, estiment-ils. Aujourd’hui, le sentiment à l’université, c’est le désengagement du gouvernement des services sociaux pour les étudiants, doublé d’un mépris affiché vis-à-vis de leurs revendications.
Selon les étudiants, l’université de Ouagadougou est une concentration de misères. C’est la lutte pour la survie. " Il faut être à l’université pour comprendre la situation des étudiants ", confie Cheik Salia, étudiant de deuxième année. Chaque année qui commence est pleine d’incertitude, de misères. Les problèmes sociaux se multiplient et les espoirs s’amenuisent. "A l’université de Ouagadougou, c’est la réussite qui est une surprise et pas l’échec", déclare Lamine Ouattara, étudiant en 4e année lettres modernes.

Le retard des allocations sociales, une préoccupation pour les étudiants

Les premières conditions à remplir pour une réussite reste sans doute pour les étudiants les prestations de services et les allocations sociales. Pourtant, les maigres allocations sociales ne sont pas tombées il y a plusieurs mois. Le tableau qui annonce les couleurs s’est éteint depuis septembre 2009 et les étudiants attendent. La dernière tranche du prêt FONER a été perçue en septembre dernier et la bourse le mois de juillet. C’est le 25 février dernier que les nouveaux étudiants ont reçu le cumul des allocations de décembre et mars. Pour le reste, le dépôt des dossiers est programmé pour la période du 22 mars au 22 avril. Une décision mal appréciée par les bénéficiaires. Habituellement, ils étaient fixés sur la période de paiement des différentes tranches de l’année.
La nouvelle viendra au moment où beaucoup se sont surendettés estiment ceux dont la survie est liée à ces allocations. La majorité des étudiants issus des couches démunies de la population vivent exclusivement des bourses, de l’aide et du prêt FONER. C’est pourquoi ils vivent ce retard comme un enfer, une asphyxie préjudiciable à leur réussite. Certains étudiants n’ont pas pu s’inscrire parce qu’ils ne peuvent pas réunir les 15 000 f cfa de frais d’inscription. Selon eux, les responsables de l’université sont conscients que ce sont les allocations sociales qui sont utilisées pour l’inscription.
On dit très souvent qu’une année s’achève, une autre commence. Mais à l’université de Ouagadougou, il faut bien relativiser. L’année académique 2009- 2010 est particulière. Elle se déroule au même moment que l’année académique 2008-2009. Ce qui a transformé le programme des étudiants. Les problèmes se sont également accrus. La lenteur ou la difficulté pour l’inscription sont en partie engendrées par cette situation. L’inscription est pourtant un préalable pour postuler aux différentes allocations. Certes, les inscriptions se poursuivent toujours à l’université, mais les plus démunis ont des urgences qui pressent. Il s’agit du repas quotidien. " Vous avez vu un qui est venu nous exposer son problème, on n’a pas pu l’aider. C’est comme ça à l’université ", affirme Mouhedine Hama en 3e année allemand. La solidarité entre étudiants a connu aussi ses limites car presque tout les monde " se cherche " cette année.

Des étudiants sur le campus de Zogona

Ce retard de paiement des allocations sociales touche également les autres prestations que l’université offre aux étudiants. Ils sont nombreux qui ne peuvent pas se permettre un ticket de restaurant. Certains s’endettent pour s’acheter des tickets, d’autres bénéficient de la solidarité de leurs camarades. Les questions des impayés de loyer et des frais de déplacement se pose cette année avec plus de difficultés. Des étudiants affirment qu’ils sont conscients que l’indulgence des propriétaires de maisons a des limites, mais ils sont résignés.
Mais le comportement des autorités universitaires n’est pas encourageant, il est même inquiétant. C’est surtout la gestion du nouveau locataire du Centre national des œuvres universitaires (CENOU) qui est dénoncé. Avec l’arrivée du Professeur Mamadou Dicko, la prestation des restaurants universitaires déjà critique s’est nettement dégradée. Des pourfendeurs de la gestion du Pr Robert Bibia Sangaré regrettent son départ.
Des étudiants sont convaincus que le Pr Dicko est en mission. Il est arrivé pour appliquer une politique qui aboutira à la suppression des restaurants universitaires. Les critiques portent aussi bien sur la quantité que la qualité. Depuis son arrivée, les plats ont maigri. " Le nombre de plats servis est insuffisant. Pour 500 personnes, il y a 120 plats disponibles", affirme Lougué, étudiant en 4e année Histoire et Archéologie. Les tickets achetés ou obtenus par les dettes ou par la solidarité ne mettent pas fin aux déboires. L’accès aux repas reste une autre bataille à gagner.

Le restaurant ou les cours :
un choix difficile

Les cours sont programmés de 7h à 21h, mais les restaurants universitaires s’ouvrent à 9 h et 17h. Le service dure 30 minutes à une heure maximum. L’étudiant doit donc faire le choix entre ses cours et le restaurant. "Tu peux perdre plus d’une heure dans les rangs et après, on vous dit que le repas est fini", affirme Issouf Paré, étudiant en 4e année Science économique et gestion. C’est pourquoi ceux qui ne peuvent pas s’offrir un repas abandonnent les cours pour le restaurant. Pour avoir accès au repas de 9h, des étudiants prennent les rangs dès 8h et 15 h 30 pour le repas de 17h, affirme Abdoul Nassouri, étudiant en 4e année Science économique et gestion. "Certains mangent au Restaurant Universitaire (RU) à 16 h pour attendre demain 9h", confie un étudiant.
La qualité des repas est aussi dénoncée. Ils constatent que la qualité des repas a pris un sérieux coup. Le repas complet auquel les étudiants étaient habitués n’existe plus et le plat servi n’est pas bon. "Le CENOU dit qu’il débourse 500 f et l’étudiant 100f pour un plat. Je dis qu’il ne dit pas la vérité. Si cela est vrai, le CENOU devrait rompre le contrat. Ce n’est pas un plat de 600f qu’on nous sert", fulmine un étudiant.
L’étudiant n’est pas au bout de ses peines, une fois la question de subsistance résolue, il faut maintenant se loger. Les locations décentes sont au dessus de leur bourse. Les bidonvilles souvent éloignés de l’université servent de refuge. Mais la misère dans laquelle l’étudiant végète ne lui permet pas d’honorer ses engagements avec son locataire. "Les locations sont chères et le retard accusé dans les allocations sociales complique davantage la situation", fait comprendre Abdoul Nassouri.
Les cités universitaires en principe devraient soulager les étudiants de leurs peines. Mais elles ne sont pas appréciées. Les cités universitaires les plus proches ont été fermées. Après les grèves de juin 2008, six cités universitaires ont été fermées dont la plus ancienne, la cité universitaire de Zogona. Cette cité prisée par les étudiants du fait de sa proximité avec le campus devrait désormais servir de bureau pour les enseignants. Deux ans après, les travaux ne sont pas encore terminés. A entendre les étudiants, la cité de Kossodo annoncée par le gouvernement pour héberger les étudiants n’a pas été bien pensée. Certains estiment que la question du déplacement, l’éloignement de la cité de l’université, les conditions sociales des étudiants n’ont pas été pris en compte. Une seule ligne de SOTRACO a été ouverte. Ce qui est insuffisant pour les pensionnaires de cette cité. C’est pourquoi, ces cités éloignées sont boudées parce qu’elles coûtent plus chères à l’étudiant que les maisons de fortune qu’ils se cotisent pour payer à proximité de l’université. Il y a aussi la peur de se voir expulser un beau jour en temps de crise. Plusieurs fois, le gouvernement a fermé les cités jetant des étudiants dans la rue.
La décision de fermer les cités est mal accueillie par les étudiants et leurs enseignants. Chaque année, le nombre d’étudiants augmente, la tendance serait plutôt d’accroître la capacité d’accueil. Les étudiants sont donc convaincus que le gouvernement a engagé une politique de coercition qui aboutira à une suppression des cités universitaires.
En tout cas, à l’université, personne n’est dupe. Les étudiants ne croient plus à une bonne volonté du gouvernement à mieux faire pour l’amélioration de leurs conditions de vie. Au contraire, ils s’attendent à un durcissement progressif de la situation. Les récentes déclarations des présidents d’université de la zone UEMOA à Ouagadougou du 23 au 25 mars derniers sur les stratégies de financement de l’enseignement secondaire de l’Afrique de l’Ouest sont venues renforcer l’analyse des étudiants sur la politique du gouvernement. "Ce n’est pas étonnant, c’est ce que le ministre Joseph Paré avait l’habitude de dire", affirme Lamine Ouattara.
En effet, à la cérémonie d’ouverture, le président de la Fondation 2iE, Paul Giniès affirmait que c’est parce que les universités sont gratuites qu’elles croulent sous le poids des étudiants et débouchent sur le chômage. Une situation qui engendre une énorme perte. La solution, c’est la contribution des étudiants pour une meilleure qualité de l’enseignement, une professionnalisation. Le président du REESAO ??? pour sa part estime que "la pagaille", les crises dans les universités francophones sont dues à la gratuité. "Combien de grèves enregistre-t-on tous les 10 ans dans l’enseignement supérieur privé ? Quel respect et qu’elle considération peut-on logiquement accorder à ce que l’on ramasse par terre et dont on ignore le prix ?", avait-il déclaré après une comparaison des universités privées et publiques.
Les causes et les solutions aux crises dans les universités sont très opposées suivant les parties et la confrontation est à craindre. Certains étudiants appellent déjà leurs camarades à la mobilisation.

Par Abdoul Razac Napon

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