Une œuvre de mains d’orfèvres des femmes kassena

Palais royal de Tiébélé

Le ministre de la Culture, du Tourisme et de la Communication, porte-parole du gouvernement, a effectué une tournée les 25 et 26 avril 2010 sur les sites touristiques de la région du Centre-Sud. Entre visites guidées ou commentées de vestiges, échanges avec les autorités locales et les populations, Filippe Savadogo n’a pu résister à la beauté du palais royal de Tiébélé, fruit des mains d’orfèvres des femmes Kassena. Il plaide désormais pour son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Palais royal de Tiébélé, pics du Nahouri, case de l’explorateur français Binger, le ranch de gibier de Nazinga…. sont autant d’attractions qui drainent annuellement des milliers de visiteurs étrangers. Selon le ministre Filippe Savadogo, les Burkinabè doivent venir aussi découvrir ces pans « de notre patrimoine culturel ». Petit à petit, Pô, situé à environ 150 km au sud de la capitale et son hinterland sont en train de se forger une stature de région touristique.

La tournée du ministre de la Culture, du Tourisme et de la Communication, porte-parole du gouvernement, vise à encourager cet élan et surtout à donner envie aux Burkinabè de faire du tourisme intérieur. « Le Burkina a beaucoup de potentialités à valoriser en termes de safari et de tourisme culturel (FESTIMA, Semaine nationale de la culture, Festival hippique de Barani, etc.) », ajoute de son côté, André Pierre Washington, un Américain qui découvre le Burkina pour la première fois. A Pô, Filippe Savadogo et sa délégation ont visité tour à tour les ruines de l’ancienne résidence du commandant de cercle et le logement des douaniers. Ce dernier lieu rappelle bien de souvenirs au ministre. « Mes amis, je suis né ici. (…) Ça me rappelle des souvenirs », confie visiblement ému M. Savadogo aux membres de sa délégation et au haut-commissaire du Nahouri, Mme Madeleine Bonzi qui l’accompagnait.

A l’issue de ces instants émouvants, le cortège ministériel met le cap sur Tiébélé, à 35 km de Pô. A l’arrivée, il est accueilli par des pas de danses Kassena nourris par le son des tambours, flûtes et autres instruments musicaux, des applaudissements d’une foule sortie nombreuse et surtout par les chants et les youyous des femmes.

C’est un grand jour pour Tiébélé, affirme un habitant. Très vite, la délégation fait le tour du palais royal, des caveaux et assiste même à une séance de rénovation d’une case par les femmes qui sont au cœur de l’architecture kassena.

"Je suis fascinée par ce que j’ai vu ici", s’exclame un membre de la délégation. Nassara Hermann, guide étudiant, explique que le rôle de la femme consiste à décorer les maisons kassena. « La première étape consiste à faire un mélange de bouse de vache à de la cendre et de la terre argileuse pour crépir le mur. Cela permet au mur de résister aux intempéries comme la pluie.

La seconde phase consiste à piler de la latérite qu’on mélange à l’eau qu’on passe à la main sur le mur. Elle (la femme) se sert ensuite de pierre plate pour polir la surface du mur avant de faire des dessins avec la roche volcanique. Celle-ci est écrasée avec une herbe pour que les signes restent indélébiles sur le mur. La femme utilise une plume comme pinceau pour dessiner. Une décoration traditionnelle à trois aspects (noir, blanc-pureté et le rouge-courage et souffrance) », précise-t-il.

Selon des témoignages, les maisons kassena sont conçues pour protéger contre l’agresseur. C’est ce qui explique leur multitude de formes (en huit, ronde, rectangle…) munies de petites portes semi-rectangulaires « pour empêcher les flèches d’atteindre l’intérieur et pour maîtriser l’ennemi à l’entrée ». Aujourd’hui, Tiébélé « renaît » grâce à cet art architectural ancien.

L’activité touristique y est en plein essor. La ville accueille en moyenne entre 25 et 50 touristes par jour générant entre 2 et 3 millions de recettes annuelles. « Grâce au tourisme, on a pu freiner l’exode rural », reconnaît le guide, Nassara. Une association (Association Djawolim pour le développement de Tiébélé) a vu le jour pour sauvegarder ce patrimoine et surtout promouvoir l’industrie du tourisme. Elle a reçu un soutien d’un million de F CFA du MCTC pour poursuivre ses efforts de sauvegarde du site.

De même, de jeunes Kassena s’adonnent au commerce d’objets artistiques aux alentours du palais royal (masques, pipes, calebasses décorées, bijoux en ébène…). Dans la foulée, le ministre Savadogo qui redécouvrait le palais royal de Tiébélé a encore été séduit par l’œuvre des femmes. « Je redécouvre le palais royal de Tiébélé où nous voyons les mains d’orfèvres des femmes qui ont décoré l’ensemble du palais abritant près de 350 personnes », a-t-il déclaré.

Les visiteurs ont également assisté à une scène de rénovation d’une case, expression d’une véritable solidarité. « Je me réjouis à nouveau que nous ayons un tel patrimoine », a poursuivi Filippe Savadogo ajoutant que « je lance un appel aux Burkinabè que nous pouvons peintre nos toits avec cette peinture murale », D’autant plus que les femmes de Tiébélé parcourent le monde (Chine, Paris, …) pour exposer leurs talents. « C’est la preuve qu’il y a une compétence derrière.

Ce patrimoine immatériel doit être inscrit sur la liste du patrimoine de l’UNESCO », a revendiqué le ministre chargé du Tourisme. Et cette sortie a été saluée par le bourgmestre de Tiébélé. « Cette visite est un geste d’encouragement à préserver ce patrimoine communal. C’est aussi le signe vivant de l’importance qu’accorde son département à la culture », s’est réjoui Pascal Kirawi Batinan. Et Mme le haut-commissaire de renchérir que cette province regorge d’énormes sites touristiques. « Beaucoup d’européens viennent visiter ces cases.

A l’intérieur ici, c’est tout un monde qui bouge. Le travail des femmes y est revalorisé. De même, la sécurité est garantie à l’intérieur des cases. C’est une bonne chose que le ministre vienne ici et qu’ensemble nous œuvrons à la revalorisation de ces sites qui constituent une richesse pour le Nahouri », a rappelé Mme Madeleine Bonzi.

"Altitude Nahouri", une initiative salutaire

C’est sur cette note de satisfaction que la délégation ministérielle s’est ébranlée vers les pics du Nahouri. Là, le ministre et sa suite ont eu un entretien avec les notables du village de Nahouri qui a donné son nom aux pics avant d’entamer une partie d’escalade. Cette colline de 447 mètres est déjà célèbre grâce à la manifestation « Altitude Nahouri » qui draine de nombreux sportifs pour la montée des pics. Une initiative que le patron du département de la culture encourage.

D’ores et déjà, le conseil municipal de Pô a mis en place un comité chargé de réfléchir à la valorisation du site. « C’est la première fois que j’escalade les pics du Nahouri et je comprends ce que c’est que Altitude Nahouri. Je retiens que j’ai perdu déjà quelques grammes car la montée des 447 m n’est pas si aisée.

Donc j’invite les Burkinabè de toutes régions à se réunir ici pour Altitude Nahouri 2010 prévue le 26 juin prochain », a indiqué le ministre Filippe Savadogo à la fin de la montée des pics. Il appelle à soutenir « Altitude Nahouri parce que c’est un beau projet ». A l’issue de cette séance de « décalaminage », le ministre est allé visiter les vestiges de la case où séjourna l’explorateur français Binger en 1888.

Tiakané et la case de Binger

Les historiens rapportent que Louis-Gustave Binger, surnommé « Binger l’africain » a fait escale au cours de son voyage « du Niger au Golf de Guinée » en août 1888 à Tiakané, village situé à 7 km de Pô. L’explorateur français y séjourna pendant trois mois pourchassé par une colonne de razzia Djerma. Son séjour a renforcé la notoriété de la concession du chef de village qu’on appelle désormais la « case de Binger ». Complètement en ruines, elle doit être réhabilitée voire reconstruite.

On y trouve quelques effets personnels du capitaine Binger à l’instar de la selle de son cheval. « Le problème est qu’il faut réhabiliter la case, il y avait un sous-sol servant d’abri contre les envahisseurs. Les issues sont utilisées pour organiser la défense. Le séjour de Binger a rendu la case célèbre », explique M. Itini, chef du service de la réglementation à la direction générale du Tourisme. Pour lui, il importe de faire des recherches et des fouilles afin de reconstituer le plan initial.

« Nous pensons en cette année de célébration du cinquantenaire qu’il revient à la France et au Burkina de voir comment on peut réhabiliter cette case dite de Binger où nous percevons ses objets. Cela pourrait se faire sous la forme d’un partenariat. Il était important que nous venons constater l’état du site, évaluer l’étendue de la dégradation pour envisager les mesures à prendre en vue de faire vivre la mémoire de Binger », a souligné le ministre Savadogo.

Dans la foulée, il a rassuré que le ministère va apporter son soutien afin que la case soit réhabilitée avec les indications de l’époque. Passant de la parole aux actes, le MCTC a remis une somme de 1 million de F CFA sur-le-champ aux populations pour poursuivre les efforts de réhabilitation. « Nous allons poursuivre les fouilles et voir comment la réhabilitation peut se faire comme il y a plus d’un siècle », a précisé Filippe Savadogo. En signe de reconnaissance, les petits-fils de l’explorateur français ont déjà construit à Tiakané une école.

La dernière étape de cette tournée du MCTC a mis le cap sur le Ranch de gibier de Nazinga (RGN). D’une superficie de 91 000 hectares, le ranch est propice au tourisme de vision. Avec plus de 900 éléphants, le RGN attire plus de 6000 visiteurs par an rapportant des centaines de millions de F CFA. « Dans ce beau parc de Nazinga, une demi-douzaine d’éléphants nous ont chargés gentiment ce matin », a confié Filippe Savadogo à l’issue de la visite du Ranch.

Saturnin N. COULIBALY

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