Bouillon de Culture

FITD 2010
12 ans d’un théâtre qui bouge

" Affirmer que le théâtre pour avoir un impact social doit d’abord être du bon théâtre, c’est-à-dire un art, le produit d’un travail de recherche esthétique au niveau de l’écriture de la pièce, de la mise en scène et du jeu d’acteur. Il s’agit de mettre en question une certaine idée qui voudrait que toute forme de théâtre de sensibilisation soit d’office du sous-théâtre. Pour cette raison, le FITD une fois de plus souhaite administrer la preuve que le théâtre peut être au service du développement sans abdiquer de son exigence de qualité professionnelle." Voilà l’un des défis du Festival international du théâtre pour le développement qui s’est tenu du 15 au 23 mars 2010 à Ouagadougou. L’épicentre de cette grande manifestation était le quartier Gounghin à l’ouest de la capitale, QG du comité d’organisation et siège de l’Atelier Théâtre Burkinabè (ATB). Au vu des résultats engrangés par cette 12ème édition, on peut dire que ce pari dont l’impact se mesure sur le long terme est en passe d’être tenu. Prosper Kompaoré et son équipe peuvent donc être fiers de la dynamique que son atelier et son festival insufflent au théâtre africain à Ouagadougou. Les troupes venues d’une dizaine de pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique et les dix troupes du Burkina Faso ont effectivement fait du FITD 2010 un succès éclatant. Lors du 11ème FITD, les participants avaient émis le souhait d’avoir une récompense, non pas seulement pour sa valeur pécuniaire, mais pour celle symbolique qui permet d’enrichir son CV. Alors, l’instauration de prix officiels est l’une des principales innovations du FITD. A cet effet, un jury international a été mis en place pour visionner au préalable toutes les pièces programmées officiellement au FITD et proclamer les résultats à l’issue du festival. Cela a été fait dans la joie et la bonne ambiance. "Le FITD est avant tout une fête et le Festival veut ainsi récompenser tous ceux qui y contribuent." C’est pourquoi, il reste attaché à cette maxime profession de foi des olympiens: "l’essentiel n’est pas de gagner, mais de participer". Comme le précise le press-book des organisateurs : "Les prix officiels du FITD sont dénommés les " Rakia ". En mooré, principale langue du Burkina Faso, "Rakia" signifie "parent à plaisanterie", le jeu de la parenté à plaisanterie est le " rakiiré " ; en effet nous considérons que l’artiste de théâtre à l’image du parent à plaisanterie "rakia" est celui qui est autorisé à dire tout ce qu’il veut sous le couvert de la plaisanterie dans le but d’une facilitation de la vie sociale." C’est le 18 Juin 1978 que Prosper Kompaoré alors jeune professeur d’université réunit un groupe d’étudiants dans une salle de l’université de Ouagadougou, pour asseoir les bases de ce qui deviendra très vite la troupe des amateurs du théâtre voltaïque (ATV). Cette troupe évoluera pour donner naissance à l’Atelier Théâtre Burkinabè (ATB) dont le FITD est l’un des joyaux. Ola Balogun, Maxime Ndebeka, de grands noms du théâtre africain prêteront leurs écrits à cette jeune troupe burkinabè qui séduit le public dès ses premières apparitions. Pour le théâtre burkinabè, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Et l’ATB a connu des vertes et des pas mûres, de sorte que ses 12 ans d’âge ont valeur de médaille en or massif. L’espace cabaret qui a accueilli les noctambules du FITD de 22h à 24h passées a permis, autour de commodités, d’apprécier davantage ce millésime, qui apporte un plus au vignoble du théâtre universel .

Par Ludovic O Kibora

 

" Sankara dans mes rimes "
Les artistes célèbrent le leader
de la Révolution burkinabè

Au Centre culturel Georges Kaboré situé à quelques encablures du lycée Mixte de Gounghin, lieu convivial des artistes et des fidèles du Jah, a lieu chaque soir des projections cinématographiques. Le vendredi 12 mars, les habitués du coin étaient encore au rendez-vous. Mais il fallait patienter car la zone était momentanément privée d’électricité. Une bonne heure passée et l’éclairage revient. L’on s’affaire pour les derniers réglages, mais en attendant, l’assistance visionne le dernier clip de Sana Bob, le crieur public. Puis vient le moment de la projection du film "Sankara dans mes rimes". Le modeste public composé essentiellement de jeunes assiste captivé par les séquences qui défilent. Les artistes interviennent, le Président Thomas Sankara fait des apparitions, mais également les couches sociales burkinabè de l’époque en pleine activité. Les stars qui interviennent sont connues par leurs prises de position. Le Sénégalais Didier Awadi dont le studio d’enregistrement porte le nom du président du CNR se prononce sur sa compréhension de l’intégrité. Bazic Saoul, Smarty, un membre du groupe Obscur Jaffar… Chacun y va des ses explications et de son appréciation des œuvres du leader de la Révolution d’août 1983. A la fin de la projection, un débat s’instaure. En guise d’introduction, le réalisateur Baoui Ziba explique les conditions dans lesquelles il a réalisé le film. Des questions subsidiaires et des commentaires viennent s’ajouter. Mais ce qui a retenu l’attention de certains, c’est une question innocente posée par un gamin. Qui a tué Thomas Sankara ? A cette interrogation, un intervenant s’est lancé dans des envolées accablant la France et la Côte d’Ivoire tout en pointant au passage la main mise interne. Mais d’autres orateurs non satisfaits de ces circonvolutions ont montré que le crime a profité à quelqu’un au Burkina et que c’est à ce dernier que l’on doit incriminer. Une mention spéciale a été faite à l’équipe de réalisation du film dont le discret mais efficace Vidéon Vink. Cet hommage militant rendu au Président Sankara par le biais du 7ème art est une reconnaissance de la révolutionnarisation du cinéma africain à travers l’éclat qu’il a donné au Festival panafricain de cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) à partir de 1985. Ce festival de cinéma africain a été créé en 1969 sous la houlette du général Sangoulé Lamizana alors chef de l’Etat de la Haute-Volta, mais la Révolution a été pour beaucoup dans son rayonnement. C’est d’ailleurs à l’occasion d’une rencontre réunissant des cinéastes en 1981 pendant qu’il était secrétaire d’Etat à l’Information sous le régime des colonels que Sankara avait décrié le manque de contenu de classe de ce régime en proférant la phrase qui est restée célèbre : " Malheur à ceux qui bâillonnent leur peuple ". Pour les musiciens qui témoignent dans le film, ils ont sans se rendre compte peut-être rendu hommage à un des leurs. Sankara était aussi musicien. Grand amateur de guitare, il a été à la base de la création de Missil Band de Pô et des orchestres comme Les Petits chanteurs au poing levé et Les Colombes de la Révolution. C’est sous sa présidence également que la Semaine nationale de la Culture (SNC) a vu le jour ainsi que les prémisses du SIAO dont la première édition devrait être organisée en fin octobre 1987.

Merneptah Noufou Zougmoré

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