Liberté de la presse au Burkina : Rétro-reportage des aînés

Hier lundi 3 mai 2010, la communauté internationale a célébré la Journée mondiale de la liberté de la presse. Chez nous, au Burkina Faso, l’événement a été marqué, entre autres, par l’organisation de deux panels dont les thèmes se rattachent pour l’un au cinquantenaire du pays et pour l’autre à la législation.

Ils ont tous blanchi sous le harnais. A les entendre parler, cela se voit. Aisément. Edouard Ouédraogo, directeur de publication de l’Observateur Paalga, premier quotidien et illustré et imprimé du pays ; Pierre Barry et Paul Ismaël Ouédraogo, respectivement 3e et 4e directeurs de la radiotélévision de la Haute-Volta ; trois témoins et artisans de l’évolution de la presse burkinabè réunis autour d’une même table. Assurément, le panel va faire mouche.

Comme le laisse deviner par ailleurs la très forte présence de personnalités politiques, administratives et surtout d’hommes de médias au centre culturel français Georges- Méliès à l’occasion de cette dix-neuvième Journée mondiale de la liberté de la presse célébrée cette année sous le thème : « Liberté d’information : le droit de savoir ».

Commémoré chez nous sous le signe du cinquantenaire : « La presse burkinabè 50 ans après : y a-t-il plus de liberté d’information ? Quelle a été la contribution de la presse au renforcement démocratique du Burkina ? »

Ce sous-thème national soumettait donc le 4e pouvoir au jugement de ceux-là mêmes qui en furent les anciens tenants. Exercice dans lequel les panélistes se sont attachés surtout à relever les difficultés liées à toute œuvre pionnière : « Chaque journaliste à l’époque était un factotum.

Il portait le Nagra, jouait à l’éclairagiste, rédigeait le journal qu’il présentait à la télé puis à la radio », se souvient Paul Ismaël Ouédraogo, avec le bagout qu’on lui a toujours connu. Avec seulement une allocation annuelle « de 13 millions de francs CFA », on devine que la radiotélévision ne fut pas un Eldorado pour ses premiers directeurs.

Quant au contexte politique de l’époque, marqué par le monopartisme, il fixait aux médias, particulièrement à la Télé, « chouchou inavoué des dirigeants », une mission d’appui à l’assise de la jeune nation et de consolidation de l’unité nationale.

« Je garde de ma carrière, le souvenir d’un formidable engagement politique », s’est cependant réjoui l’ancien séminariste venu à la Radio « par la petite porte », mais qui en est sorti par une plus grande pour faire valoir son droit à la retraite.

Dans la genèse du journal l’Observateur, aujourd’hui l’Observateur Paalga, dont il est depuis le directeur de publication (DP), Edouard Ouédraogo, à coups d’anecdotes, a montré que le premier quotidien illustré et imprimé est né de la rencontre entre une passion, une détermination et une vocation : informer et sensibiliser les populations pour les prémunir contre toute forme d’abus du pouvoir public.

En effet, au commencement de la création du canard, le refus de deux frères (le DP et son frère aîné, feu Martial) de cautionner l’injustice dont ont été jadis victimes des habitants du quartier Nonssin, suite à un lotissement sauvage de la mairie d’antan.

« Il n’y avait pas d’enthousiasme des autorités pour le journal alors qu’on relayait au quotidien l’information institutionnelle », se rappelle l’ancien professeur de Lettres dont le rêve était la création d’une librairie à l’instar des FNAC (Fédération nationale d’achats, chaîne de magasins française spécialisée dans la distribution de produits culturels).

Si la crise au sein du RDA (1) constitue un déclic dans l’évolution du journal, c’est à la première guerre entre le Mali et la Haute-Volta en 1974 que l’Obs. doit son adoption par les Voltaïques.

Quid de l’avenir de la presse écrite ? Avec l’avènement des technologies de l’information et de la communication, le numérique en constitue un couteau à double tranchant. Formidable outil de travail, l’informatique n’en demeure pas moins une menace pour la survie des journaux. « Elle [la presse] est aujourd’hui à la croisée des chemins », s’est en effet inquiété, Edouard Ouédraogo avant de nuancer : « Mais cette crainte n’est pas plus que celle suscitée par l’apparition de l’audiovisuel ».

Qu’en est-il de « l’évolution de la liberté d’information » comme contenue dans le thème national ? Le temps imparti à chacun des panélistes (15 mn officiellement) n’a malheureusement pu permettre aux trois aînés d’analyser en profondeur la question. Mais de l’avis général, l’époque de la presse sous coupe réglée est révolue, même si des espaces de liberté restent à conquérir.

Alain Saint Robespierre

(1) (suite aux querelles de rivalité entre l’ex-Premier ministre Gérard Kango Ouédraogo et l’ancien président de l’Assemblée nationale Joseph Ouédraogo)

L’Observateur Paalga

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