Bouillon de Culture

Jazz à Ouaga

" le temps passe, je demeure ! "

La crise financière internationale a réduit comme une peau de chagrin, les subventions que les généreux donateurs octroyaient aux festivals culturels à travers le monde. En Afrique, plus particulièrement au Burkina Faso où la culture s’exprime avec tambour et trompette sur un ton majoritairement militant (hormis les côcôs), ce sont paradoxalement les capitaux venant du Nord qui permettent le plus souvent de boucler les budgets des festivals des arts et de la culture. Nos amis du FESPACO en savent quelque chose. Lorsque la manif culturelle parvient à tenir pendant longtemps sur ses pieds, on n’imagine pas la galère périodique vécue par les organisateurs. La culture étant le parent pauvre des investissements nationaux pour le développement, 50 ans après les indépendance… c’est pas facile, comme dirait mon ami Goama. Dans un tel environnement, on trouve tout de même des festivals qui parviennent à rester debout, à maintenir le cap contre vents et marées (au sens premier de l’expression SVP!). Alors, on ne peut que leur tirer le chapeau. Le Festival jazz à Ouaga qui célèbre cette année sa 18ème édition avec un podium bien garni est de ceux-là. Courage et persévérance, voici le leitmotiv qui anime l’association du même nom, qui parvient chaque fin avril à égayer Ouaga et d’autres villes du Burkina Faso de mille feux Jazzy. Du 23 avril au 1er mai, c’est 150 artistes sélectionnés parmi plus de 400 demandeurs qui sont venus répondre au rendez-vous annuel des Ouagalais. Toumani Diabaté qui n’avait pu honorer les éditions précédentes de sa majestique présence est dans la place avec sa fameuse kora. Après les Kora Awards qui ont plutôt déçu…Jazz à Ouaga promet du plaisir aux mélomanes du Faso avec un thème audacieux : "contribution du jazz dans l’éducation musicale et artistique des populations". (sic) "Grandir sans trahir, ne pas avoir la mémoire qui flanche, soigner ses plaisirs comme ses idées, ne rien sacrifier au succès, voilà le parcours d’un festival de musique à vocation planétaire. En dix huit éditions, jazz à Ouaga a fait un chemin étonnant.", précisent Abdoulaye Diallo Ménès, Anselme Sawadogo et les autres co-auteurs du Festival. Le résultat, c’est une programmation qui fait la part belle aussi bien au purisme qu’au métissage et qui nous promène allégrement entre les genres que réunit la grande famille du Jazz. Le vendredi 23 avril 2010, c’est le Nouveau trio Gitan qui a l’occasion d’ouvrir le bal. Si vous avez connu et aimé les Gypsy King, vous ne pouvez qu’adorer, le nouveau trio Gitan forcement. Venues de France, de Belgique, de Hollande, de Côte d’Ivoire, du Mali et du Burkina, des sonorités du monde émerveillent en ce moment même le "Pays des Hommes Intègres". Alors, pour mieux supporter la canicule et son lot de délestages, vous avez de bons prétextes pour être dehors les soirs pendant une semaine. Après les concerts, la terrasse d’Azalaï Hôtel Indépendance offre d’excellents jam session ou des bœufs plutôt délicieux vous seront livrés par des musiciens qui adorent que les couches tard apprécient et dégustent leurs improvisations de petits plats pleins de créativités. En 2005, ce fut un véritable régal. Cette année avec la première édition des DjangodOr (Reinhard) en Afrique, la poursuite de la caravane du Jazz (4ème édition) et le concours jazz performance, tout laisse croire que la fête tiendra toutes ses promesses. Que la fête soit belle ! Jazzistiquement vôtre !

Par Ludovic O Kibora

Soutenance doctorale
Dr. Idani Salifou explore l’histoire coloniale de Diapangou

Diapangou ou Japkangu est une commune rurale située à une quinzaine de kilomètre à l’Ouest de Fada sur la RN4. C’est l’histoire de ce Diema qui était à l’ordre du jour le 27 mars à l’Université de Ouagadougou. Dans l’amphithéâtre 2 de l’UFR sciences sociales, Salifou Idani avait une prestation devant un jury d’historiens togolais et burkinabè. Le thème de la soutenance ainsi intitulé "Approche Historique du Diema de Jakpangu (Burkina Faso) : Des Origines à la Conquête Coloniale" évoque dans son contenu le processus de peuplement de Japkangu, les institutions qui y existaient et leur fonctionnement, les relations des populations avec leurs voisins et les péripéties de la pénétration coloniale. Le système d’organisation sociopolitique de Japkangu à quelques exceptions près reste identique aux institutions et aux systèmes politiques traditionnels africains. Concernant le peuplement du Diema de Japkangu, Idani remonte jusqu’à l’arrivée des Toguyemba, les Gbenyieba et les Kpanda considérés comme les populations autochtones. La deuxième vague de peuplement est marquée par la pénétration des conquérants que sont les Tuliba. Ces derniers sous la direction de Piido vont mettre en place un système politique à structure centralisée. Enfin, d’autres populations sont venues après la région de Kakangu (Pama) et du Moogo, du Yanga et du Bisano pour les Zaoce. Au plan sociopolitique, le Diema comporte principalement trois couches sociales, à savoir : les Bulcinba (nobles), les Talginba (gens libres) et Yonbi (captifs). Pour ce qui est de la conquête du Diema, le doctorant relève qu’elle a été favorisée par les relations conflictuelles qui avaient cours dans le Gulmu surtout entre le diema de Fada et celui de Japkangu qui nourrissaient beaucoup de rivalité. Malgré la combativité du Jakpanbado Yuabili et ses alliés, la supériorité militaire des Européens qui avait signé un protectorat avec le Numbado, le roi de Nungu, a eu raison de la résistance du Diema de Japkangu. Les résultas de cette thèse de doctorat s’inscrivent dans le prolongement des travaux déjà réalisés par le même auteur dans son mémoire de maîtrise soutenu en 1991. L’appréciation du jury présidé par le Pr. Basile Guissou a valu d’être admis au grade docteur avec mention "honorable".

Boukari Ouoba


SOTIGUI KOUYATE, Une vie d’artiste !


Il est l’auteur, compositeur, chanteur de "Mariam Touré", dont se souviennent encore de nombreux soixante huitard du Faso. Ce tube à la mélodie suave et élégante a animé bien de booms (surprise partie, soirée dansante, autres appellations) de l’époque. Pourtant, Sotigui Kouyaté qui avait plus d’une corde à sa guitare professionnelle (footballeur professionnel, capitaine de l’équipe nationale du Burkina Faso dans les années 60, chanteur, infirmier, menuisier ébéniste, dactylo à la Banque d’Afrique occidentale, puis directeur de sa propre compagnie de théâtre.), a préféré consacrer le reste de sa vie au cinéma et au théâtre. Le Samedi 17 avril 2010, tout cela prit fin. L’immense talent de cet artiste né avait séduit Peter Brook qui l’avait fait venir en France pour jouer dans Mahabharata au théâtre. Propulsé sous les feux de la rampe après cette grande expérience théâtrale, Sotigui est sollicité pour de nombreux rôles par des réalisateurs européens et africains. On retiendra surtout sa brillante apparition en 1995, dans Keita ! L’héritage du griot, un long métrage de Dani Kouyaté, son fils. En 2000, il tient le rôle principal dans Little Sénégal, (l’histoire d’un Dakarois) de Rachid Bouchareb. Grâce à ce film, il remporte le prix de la meilleure interprétation masculine en 2001 au Festival International du Film Francophone de Namur en Belgique. En 2009, le même réalisateur franco-algérien rebelote avec lui en lui donnant encore un rôle de charme dans London River. Il n’en fallait pas plus pour que, le jour de la St Valentin 2009, lors de la 59ème édition du festival international du film de Berlin, l’Ours d’argent du meilleur acteur soit remis au Grand sage de la scène Sotigui Kouyaté. Talentueux artiste, il est l’un des rares comédiens à donner à cette catégorie d’artistes africains sa respectabilité. Chez nous au pays (pour parler comme mon ami Zézé), le réalisateur est plus en vedette que l’acteur. Sotigui et son talent ont donné plus de considération à ce métier d’art. De Pawego du Burkinabè Daniel Kollo Sanou (1983) en passant par Faro, la reine des eaux du Malien Salif Traoré, Sotigui a joué dans des dizaines de films en Afrique et en Europe. Celui qui se définit comme "Guinéen d’origine, Malien de naissance et Burkinabè d’adoption" est un véritable porte flambeau de l’Afrique de la diversité culturelle à travers ses expressions scéniques qui paraissent si naturelles que lorsqu’on le voyait en vrai, on avait du mal à faire la différence entre la personne et le personnage. "Je suis fils d’Afrique, citoyen du monde", déclarait-il encore récemment sur un plateau de télé française. En effet, bien que vivant ces dernières années entre la Suisse et la France, Sotigui est demeuré fondamentalement Africain tout en conservant une capacité inouïe d’adaptation à tout autre milieu. Avant la fête des 40 ans du FESPACO, Sotigui Kouyaté qui est le paternel de nombreux artistes et hommes de culture burkinabè, notamment Dani le cinéaste, et Hassan le fondateur du Festival de conte yeelen de Bobo-Dioulasso, Papa le scénographe, etc. a offert un joli cadeau d’anniversaire au cinéma africain tout entier, en décrochant cette distinction du meilleur acteur à Berlin. Lui qui s’est toujours considéré comme un artiste tout simplement en refusant d’être confiné dans le concept réducteur "d’artiste africain", a confirmé par cette distinction, que seul le travail paie. Très modeste, il refusait d’être considéré "le sage" comme aimaient le qualifier de nombreuses personnes. Pour lui, c’est le regard d’autrui qui donne de la valeur et consacre la valeur de l’individu. Très humaniste, Sotigui estimait que l’autre est une partie de nous-mêmes. Avec un prénom prédestiné, sa considération du prochain ne pouvait que renforcer l’esprit de partage, de cohésion et de paix sociale dont l’artiste était porteur. Sotigui est parti, sa graine demeure. Adieu l’artiste !

Par Ludovic O Kibora

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