Erection de Gnamé en village : « Tous les critères ont été respectés », rassure le MATD

Dans la commune rurale de Zambo dans la province du Ioba, l’érection d’un quartier en village a créé une tension entre le nouveau village (Gnamé) et son voisin (Tovor). Mais qu’en est-il exactement de cette crise ? Quelle situation prévaut dans cette localité ? Le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentratlisation (MATD) tout en appelant au calme rassure que les critères ont été remplis par Gnamé.

La commune rurale de Zambo est composée de 21 villages dont Tovor, Zambo, Tiérétéon, Forotéon,…et fait frontière avec la commune rurale de Dissin. Un ravin sépare les deux villages les plus proches, à savoir Done dans la commune de Dissin et Gnamé dans la commune de Zambo. Gnamé était un quartier de Tovor, selon certaines personnes mais les habitants de ce village se faisaient recenser à Done (Dissin).

Depuis février 2010, Gnamé a été érigé en village et rattaché à la commune de Dissin. La tension est donc née d’une part à cause de son érection en village que le chef de terre de Tovor, Jules Poda trouve inadmissible, car étant son hameau de culture, d’autre part, du fait de son rattachement à la commune de Dissin auquel s’oppose le premier adjoint au maire de Zambo, Kévin Somda. Il trouve anormal l’érection de Gnamé en village et aussi le morcellement de la commune de Zambo.

« Quand j’ai appris officieusement l’érection de mon hameau de culture (Ndlr : il parle de Gnamé) en village, j’ai voulu savoir ce qui se passait car je suis mécontent qu’une telle décision soit prise sans me consulter. Alors je me suis déplacé pour aller voir ces gens qui occupent mes terres qui leur avaient été données pour exploitation », explique Jules Poda.

Et de poursuivre : « Quand je suis arrivé, j’ai été hué et quand je parlais, ils (les habitants de Gnamé) faisaient du bruit en tapant des ustensiles de cuisine, ne voulant pas écouter ce que je disais ».

Cela a été confirmé par le chef de terre de Gnamé, Ananie Somda et le directeur général des Transports terrestres et maritimes, Joachim Méda, ressortisant de Gnamé qui rétorque « Ce jour (Ndlr : le jour que le chef de terre de Tovor a été hué) j’ai été contacté et j’ai immédiatement tenté de parler avec le 1er adjoint au maire de Zambo qui était venu avec le chef de terre de Tovor, Jules Poda, qui a refusé de me parler », a indiqué Joachim Méda.

Jules Poda se dit opposé à l’érection de Gnamé en village et à son rattachement à Dissin. « Comment voulez-vous émietter mes terres, ignorant mon existence ? », s’indigne-t-il. Le chef de terre de Gnamé, Ananie Somda répond : « Nous avons reçu le chef de terre de Tovor, Jules Poda et ses accompagnants sans être prévenus et comme déjà la tension se faisait sentir, il n’y a pas eu de réunion car ils ont tenu des propos vindicatifs », note-t-il.

Notre ancêtre est venu du Ghana trouver que cette localité était inhabitée et nous en avons fait notre propriété, donc les terres nous appartiennent. Quand les habitants de Gnamé sont venus demander la terre, nous la leur avons donnée car ils voulaient cultiver.

Maintenant qu’ils veulent s’approprier nos terres de culture, nous ne serons jamais d’accord avec cela », soutient Jules Poda, chef de terre de Tovor. Le chef de Gnamé, Ananie Somda explique : « Avant, Gnamé ne dépendait pas de Tovor mais de Done.

Les terres nous ont été données par Tovor qui, à son tour, les avait reçues de Done d’où nous sommes originaires et notre objectif est que Gnamé soit autonome comme Tovor, Tiérétéon… », a indiqué Ananie Somda. Pour le chef de terre de Zambo, Tchianéyéro Palenfo, Tovor et Gnamé relèvent coutumièrement de Zambo. Et le premier adjoint au maire de Zambo, Kévin Somda soutient quant à lui, que Tovor et Gnamé relèvent de la commune rurale de Zambo. « Gnamé est commandé par Tovor qui, à son tour, est dans la tutelle de Zambo.

En fait, je ne suis pas contre l’érection de Gnamé en village mais contre son détachement pour la commune de Dissin », a indiqué Tchianéyéro Palenfo. Pour le chef de Done, Achille Meda, Gnamé ne relève ni de Tovor, ni de Zambo mais de Done. Car les terres de Zambo et de Tovor sont leurs propriétés. « L’ancêtre de Done est l’autochtone de la région.

Nous sommes les premiers à traverser la Volta en provenance du Ghana. C’est nous qui avons donné l’autorisation de la construction de la préfecture de Zambo, car c’est notre domaine. Celui qui a fondé Zambo, est un des nôtres. Nous avons permis l’installation de l’ancêtre de Tovor et son autonomie contre 240 cauris, 2 poules et un canari de dolo. Les habitants de Gnamé sont originaires de Done et l’ancêtre de Tiérétéon est un neveu de Gnamé », justifie Achille Somda.

L’érection de Gnamé en village, légale ou illégale ?

L’érection de Gnamé en village et son rattachement à la commune de Dissin sont des points qui ont été inscrits à l’ordre du jour des réunions tenues les 6,7 et 8 mars 2010 par le conseil municipal de Zambo. « Les conseillers à l’unanimité ont demandé le rattachement de Gnamé à la commune de Zambo et non à celle de Dissin.

Entre ces deux communes, il y a une limite naturelle qu’est une rivière, Gnamé relève du territoire coutumier de Tovor (Zambo). La majorité des populations de Gnamé relève de Tovor », lit-on dans le compte rendu des réunions du conseil adressées au haut-commissaire de la province du Ioba.

Le directeur général des Transports, Joachim Méda, nous explique pourquoi Gnamé a été érigé en village. « Gnamé n’a jamais rien bénéficié de l’Etat en matière d’infrastructures socioéconomiques, même pas un puits. Nous avons déposé tous les dossiers qui ont suivi le cours normal. N’oubliez pas que c’est la 3e demande qui a abouti. Car la 1re date de 1987 », nous a confié Joachim Meda. Le premier adjoint au maire de Zambo, Kévin Somda trouve que Gnamé ne remplit pas toutes les conditions pour être érigé en village.

« Comment voulez-vous que Gnamé qui est la limite entre Tovor et Tiérétéon soit un village et même rattaché à Dissin. Les dernières concessions de Gnamé et de Tovor sont à moins de 80 m de distance et Gnamé n’a pas plus de 5 concessions et ne remplit pas les conditions de distance et d’habitants », a noté Kévin Somda.

Joachim Méda réplique : « Nous avons environ 402 habitants au dernier recensement. La distance n’est pas fondamentale. Si le dossier ne remplissait pas toutes les conditions, Gnamé n’allait pas être érigé en village », a répondu Joachim Méda. Dans le compte rendu des réunions du conseil municipal de Zambo des 6,7 et 8 mars 2010, il ressort que sur les 28 concessions recensées, 25 relèvent de Tovor et 3, de Done.

Pour les critères d’érection d’un village, il faut avoir au moins 20 concessions, plus de 100 habitants, 3 km de distance avec le village voisin, nous confie Kévin Somda. Ces critères ayant permis d’ériger Tiérétéon en village en 2002. Pour les enquêtes administratives devant légitimer l’érection de Gnamé en village, le chef de terre de Tovor dit n’avoir reçu aucun gendarme pour cela.

Le découpage administratif est remis en cause par Achille Méda, chef de Done. « Comme malgré nos multiples démarches auprès des autorités, nous n’avons pas eu gain de cause et comme la vérité finit par triompher, nous avons planté un fétiche sur les terres qui va trancher et les conséquences sont énormes », a déclaré Jules Poda, chef de terre de Tovor.

Chose confirmée par Ananie Somda, chef de terre de Gnamé, mais dit-il « Nous ne craiyons pas cela car nous sommes sur la bonne voie. Nous avons aussi fait un fétiche pour l’annuler », affirme Ananie Somda. Dans cette localité de la région du Sud-Ouest, l’ambiance est morose, les uns évitent les marchés des autres, la cohésion sociale quasiment inexistante, car des persona non grata ont été déjà identifiés..

Tovor dit avoir assez supporté les provocations de Gnamé et de Done qui selon ses habitants, font des fétiches sur leurs terres, et Gnamé et Done accusent Tovor de s’acheter des armes blanches au Ghana. C’est d’ailleurs une accusation mutuelle.

Le chef de Done dit attendre la saison pluvieuse pour voir, dit-il, à qui appartiennent les terres puisque Tovor a déjà lancé un ultimatum aux habitants de Gnamé leur demandant de quitter leurs terres s’il veulent être autonome. « Les personnes sur qui, on comptait pour la négociation sont interdits à Tovor », soutient Joachim Méda. Depuis février 2010, l’information est officielle. Gnamé a été érigé en village et rattaché à la commune rurale de Dissin.

Conséquence, il s’est constitué deux blocs dans cette partie de la région. L’un formé de Done, Gnamé et l’autre Zambo, Tovor, Tiérétéon. Une tension latente prévaut entre ces villages. Le chef de Brigade de la gendarmerie de Dissin, l’adjudant-chef Omar Napon se garde de tout commentaire sur la question lorsqu’il a été interrogé sur la situation, et nous a fait comprendre qu’il était nouveau dans la localité et donc, ne pouvait répondre à nos questions.

Quant au haut-commissaire du Ioba, il nous a renvoyé à sa hiérarchie. Le ministère de la l’Administration territoriale et de la Décentralisation à travers le directeur général des circonscriptions administratives et des frontières, Ernest Dramane Diarra notifie que Gname répond à tous les critères pour être érigé en village (Voir encadré ).

Wendyam Valentin COMPAORE (valentin.compaore@yahoo.fr)


Ernest Dramane Diarra nous donne les critières d’érection d’un hameau de culture en village

Le MATD à travers son directeur général des circonscriptioin administratives et des frontières, Ernest Dramane Diarra nous donne les critières d’érection d’un hameau de culture en village et nous situe sur la situation qui prévaut dans la commune rural de Zambo.

Sidwaya (S) : QueIs sont les critères pour ériger un quartier ou un hameau de culture en viIIage ?

Ernest Dramane Diarra (E.D.D.) : Les critères pour ériger un quartier ou un hameau de cuIture en viIIage administratif sont consignés dans le décret n°99-395/PRES/PM/MATS du 03 novembre 1999, portant conditions et modalités d’érection ou de suppression de viIIage au Burkina Faso.

Selon les dispositions dudit décret :

Peut-être érigée en viIIage, toute agglomération permanente comptant au moins cent habitants ou vingt familles et distante d’au moins trois kilomètres d’un autre viIIage ;
- I’aggIomération est considérée comme permanente Iorsqu’eIIe existe depuis au moins dix ans ;

- nonobstant ces dispositions, Ies sites aménagés à l’initiative de I’Etat peuvent être érigés en viIIages ;

- Ia demande d’érection d’une agglomération permanente en viIIage est formulée à I’issue d’une assemblée généraIe des habitants concernés. Elle est signée par Ie ou Ies mandataire (s) désigné (s) par cette assemblée générale et transmise sous Ie couvert du préfet et du haut-commissaire au ministre chargé de I’Administration du territoire. La demande timbrée à deux cents (200) francs doit comporter :

- l’identité et I’adresse compIète du ou des mandataire ; – – le nombre d’habitants ou de famiIIes ;
- I’historique de I’aggIomération.

Toute demande d’érection est obligatoirement accompagnée du procès-verbal de I’assembIée généraIe des habitants de I’aggIomération ;

Le préfet et Ie haut-commissaire, chacun à son niveau, procède à toutes Ies investigations jugées utiIes avant d’acheminer Ia demande accompagnée de Ieurs avis motivés.

S. : Le quartier de Gnamè, dans Ia commune ruraIe de Zambo, vient d’être érigé en viIIage. A-t-on respecté tous Ies critères dans cette situation ?

EDD : Tous Ies critères ci-dessus cités ont été respectés dans Ie cas d’espèce. La demande a été appréciée par Ie maire de Dissin. L’enquête administrative ordonnée par Ie préfet de Dissin et exécutée par Ia brigade territoriaIe de gendarmerie de Dissin a reçu un avis favorabIe des personnes concernées.

S. : : Le viIIage de Tovor conteste Ia propriété des terres à Gnamè et de son érection en viIIage, tandis que Ies autorités communaIes de Zambo s’opposent à son rattachement à Dissin. Que dit Ie ministère de tuteIIe ?

EDD : Le dossier a été bien éIaboré et a reçu un avis favorabIe des autorités IocaIes. Le ministère a donc donné Ia suite qui sied à Ia requête de Ia population concernée. Parfois il arrive que Ies responsables coutumiers fassent la confusion entre Ieurs Iimites territoriaIes et ceIIes administratives qui,eIIes sont fixées par I’Etat.

S : Le risque d’affrontement est évident dans Ia IocaIité. Qu’est-ce qui est fait pour résoudre cette crise ?

EDD : Les autorités IocaIes ont été instruites pour organiser des rencontres de sensibiIisation des popuIations concernées afin de Ies amener au caIme et à Ia retenue. En tout état de cause, des dispositions sont prises pour prévenir tout troubIe à I’ ordre pubIic.

Entretien réalisé par Wendyam Valentin COMPAORE

Sidwaya

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