Sexualité : “Médicaments” pour “assurer”

" Pas ce soir, je ne suis pas disposé ", " Excuse chéri(e), je n’étais pas à la hauteur ", " Ce fut un gâchis, je n’ai pas la plénitude de ma forme aujourd’hui "…ce sont là des paroles que les couples, mariés ou pas, partagent dans l’intimité pendant et après l’acte sexuel. Preuve que tout ne se passe pas comme ils le désirent souvent. Et pour que tout se passe comme ils veulent, les hommes particulièrement, cherchent des solutions miracles et les trouvent dans la rue.

Dans les rues de la ville, des jeunes gens de la réputée et incorrigible « pharmacie zoebastaaba » vous proposeront volontiers des produits qui permettraient de « phantasmer » ou de faire jaser votre partenaire, sexuellement parlant. Parmi ces produits nous avons pu noter quelques noms : Power, Cheetah, Wenegra et Pramo Vegra 100, qu’ils soient en comprimés comme en gélules. Ils sont contenus dans des sachets que les marchands ambulants transportent. Power et Cheetah, deux produits aphrodisiaques, présentent la même configuration.

Ce sont des comprimés de 50 mg composés de gélules de couleur jaune pour le premier et bleu pour le second. « Cheetah doit être pris 5 mn avant l’acte sexuel », nous a confié Mahamoudou Compaoré, un jeune marchand ambulant. Il fait office de pharmacien et de médecin à la fois. Il prescrit et vend le produit à ceux qui sont en « panne sexuelle ». Power tout comme Cheetah est vendu à 500 et 1 000 francs CFA la boîte de 50 mg de comprimés. Pramo Vegra 100 est l’un des produits qui augmenterait le degré de virilité et de puissance sexuelle. Il a un coût qui varie entre 1000 et 1 500 francs CFA. Il se présente sous forme de comprimés de 100 mg à la différence des autres qui sont de 50 mg. Ce produit contiendrait des vitamines également qui remettrait le patient en bonne forme, c’est dire qu’il fournirait de quoi récupérer après l’acte sexuel.

Qui sont les principaux consommateurs de ces produits ? Adama Kaboré est un de ces vendeurs. Lui avoue que les jeunes ne sont pas ses clients fidèles. « Ce sont les adultes qui font mon affaire. Il y a des personnes qui ont des maîtresses ou qui sont polygames ». Pour notre jeune interlocuteur, certains pères de famille qui ont des multiples partenaires, prennent ces produits pour éloigner tout soupçon autour d’eux. Tenez ce produit permettrait d’ « assurer » à tous les niveaux, « 1er, 2e, 3e,……10e bureau ». « Lors des rapports extraconjugaux, il y a nécessité de satisfaire aussi bien sa femme qu’une autre femme hors du foyer. C’est dans cette situation que ces produits peuvent servir ». Adama tout comme Mahamoudou sont certains que leurs produits font l’affaire des adultes. Selon ce dernier, il y a des jours où les affaires marchent. Il peut se retrouver avec une dizaine de clients. Sa journée se prolonge car il cherche sa clientèle à la sortie des bars, boîtes de nuit et aux alentours des maisons de passe dans la soirée.

Le jeune Moctar se ravitaille et surtout sur commande, dans une pharmacie au marché de San kar Yaaré. Il ne s’agit pas d’une « pharmacie » au sens classique du terme mais d’un dépôt de médicaments « de rue ». Les clients de Moctar sont des commerçants et selon son témoignage, ils en raffolent. Quand nous lui demandons à combien il peut nous céder ses produits, il fixe le prix entre 700 et 1000 F CFA.

Et quand nous lui faisons comprendre que nous voulons le produit qui fait « beaucoup vibrer », il monte le prix à 2000 parce que le produit en question serait original. Lorsqu’on lui fait remarquer qu’il peut tromper ses clients en leur vendant de faux produits, il rougit : il serait une personne de confiance. S’il ne l’était pas, ses fidèles clients auraient suspendu leur commande fort bien longtemps. Pour montrer sa bonne foi, il nous communique son numéro au cas où, 75 84…. De préférence, appelez-le à 19h et il viendra vous livrer vos commandes. Un homme d’affaire fabuleux et sape-sape n’est-ce pas ! Pour lui, les médicaments qu’il vend permettraient de réaliser des prouesses sexuelles ou de résoudre certains problèmes : impuissance, fatigue sexuelle, éjaculation précoce, panne sexuelle,…

Zaf, lui a fait la MACO pour avoir été épinglé par la police avec 15 autres de ses compagnons. Commerçants des médicaments de la rue, il ne manquait jamais dans leurs sacs des « aphro » convoyés depuis Pouytenga ou Cinkansé. Libéré, Zaf a repris son activité. Le soir où nous l’avons rencontré dans un maquis, il nous a proposé un médicament qui envouterait les filles. Il coûte 1000 F, peut-être car c’est du business. Pour tester l’efficacité de son produit, il nous a demandé calmement si nous désirons faire la cour à la serveuse du maquis. Si notre réponse avait été affirmative, nous invitions la serveuse, nous lui payions une bouteille de coca cola, et nous glissions le produit dans son verre. Après avoir bu, la demoiselle nous demanderait sur le champ de l’amener à la maison,…, vous comprenez ce que nous voulons dire ! Un jeune du quartier nous a confirmé que dans son grin, ses compagnons font « confiance » à ces produits dopant.

Un mot sur le Kan-kan-kan. C’est l’un des aphrodisiaques le plus connu dans notre capitale et dans certains milieux. Presque tout le monde connaît ou a entendu parler de ce produit comme un puissant aphrodisiaque. Certains pensent cependant que ce nom est devenu « générique ». Il regrouperait tous les produits aphros qui existent. « Ce n’est plus le produit que nos parents ont connu, aujourd’hui le kan kan kan est un nom populaire pour désigner tout ce qui est aphrodisiaque sur la place du marché », a soutenu Sambo Diallo, vendeur de viande à Paspanga.

A son enfance, se souvient-il, il arrivait qu’un vendeur passe devant le domicile familial avec ce produit. « C’est un produit d’origine nigérienne qui relève exclusivement de la pharmacopée traditionnelle. Aujourd’hui, nous voyons des produits asiatiques qu’on appelle Kan kan kan. Ce n’est pas ce produit », estime Diallo. Si à Ouagadougou, le Kan kan kan ou aussi en abrégé KKK est lui aussi commercialisé sous forme de médicament de la rue par des marchands d’une certaine communauté, en Belgique ce médicament serait vendu par la communauté noire sous licence aux autres communautés. Il a été déclaré à l’Institut national de la propreté industrielle (INPI). On l’appelle dans ce pays le 3 Magik Ka Kan Kan (voir photo).

Les aphrodisiaques, un coup de pouce à la sexualité ?

Interrogée sur l’importance de l’acte sexuelle, Aminata Ouermi, femme au foyer déclare qu’il est un « maillon essentiel dans la vie du couple. Mal maîtrisé, il peut faire voler aux éclats l’harmonie du couple. Considéré, il rend le couple, mais au-delà, la famille heureuse ». Des chercheurs ont montré à travers leurs travaux l’importance de l’activité sexuelle dans la vie de l’homme. Sigmund Freud (1856-1939), le père de la psychanalyse est de ceux là. Pour lui, l’activité sexuelle est au cœur de la vie. Freud a élaboré une théorie globale du psychisme humain, où la sexualité a une place centrale.

Sa théorie psycho-sexuelle supposait que la libido (l’énergie sexuelle) sous-tendait toute activité humaine. Son ouvrage Trois essais sur la théorie de la sexualité, publié en 1905, reste l’une de ses œuvres la plus célèbres sur la question. La libido correspond d’après Sigmund Freud à l’énergie « de ces pulsions qui ont à faire avec tout ce que l’on peut comprendre sous le nom d’amour », et la pulsion correspond à des « poussées » psychiques d’origine biologique. Pour les psychologues comportementalistes la motivation sexuelle est le résultat d’apprentissages et les autres comportements humains (alimentation, parental, agression,…) dépendent de facteurs distincts de la sexualité. L’intensité de la motivation sexuelle dépend principalement du vécu sexuel, de la quantité et de la qualité des conditionnements et des apprentissages érotiques. Selon les études en sexologie, il n’y a pas de certitudes mathématiques pour garantir qu’un acte sexuel puisse être préalablement satisfaisant.

En général ceux qui paient les « aphro » rêvent de l’idée de performance sexuelle sans échec et hautement hystérique. Pour Dr Ouattara Safiatou, pharmacienne responsable au Laboratoire de recherche Gamet, les personnes qui utilisent les excitants sexuels, se dopent peut-être pour avoir des sensations particulières. C’est bien le mot : sensation, performances. Le Laboratoire a mis sur le marché depuis quatre ans environ, le Viriton, un produit à base de matières végétales et qui soigne la fatigue générale et sexuelle, la défaillance de la virilité et l’impuissance sexuelle. Selon Dr Ouattara, l’utilisation des « dopants sexuels » comme on peut les nommer, comportent des risques pour la santé des individus concernés.

Alors, les aphrodisiaques sont-ils vraiment des coups de pouce à la sexualité comme le pensent les consommateurs des pharmacies parterre ? « Nos produits sont fiables ! », s’exclament les vendeurs. « Ça, c’est de la sexualité artificielle. Je n’encourage les citoyens à s’adonner aux aphrodisiaques. Et ce n’est pas sans conséquences. Il y a souvent des effets secondaires fâcheux chez la femme ou l’homme. Ce sont souvent des produits qui ne sont pas médicalement répertoriés ou qui sont traditionnels. Ils n’ont, le plus souvent, pas de posologie claire et sont sans contrôle.

Quand vous prenez de tels produits, vous pouvez mettre votre santé en péril au prix de quelques instants de plaisir. Le bon conseil, c’est d’avoir un prestataire de santé quand on a des problèmes. Il ne faut pas aussi forcer le talent en cherchant à faire des records en la matière », rétorque Dr Charlemagne Ouédraogo, gynécologue-obstétricien, dans une interview accordée au magazine Votre Santé en novembre 2009. A Ouagadougou malheureusement, les dysfonctionnements liés au sexe ne font pas toujours l’objet de consultation chez le docteur. Dans la majeure partie des cas, le Ouagavillois reste chez lui et le médicament l’y rejoint ou le croise dans un maquis, sur une route, dans un marché. Le marketing des médicaments du plaisir ne fait que donner plus de possibilités. Le Dr Ouattara conseille plutôt aux hommes qui ont des échecs sexuelles de se référer à des spécialistes. Cela permettrait de gagner du temps, car l’auto médication et la solution commando compliquent le mal.


Les aphrodisiaques, ou plutôt les stimulants sexuels n‘ont pas toujours une forme médicale. Ils font partie aussi des aliments que nous consommons tous les jours. Parfois dans les maquis, cabarets et autres gargotes à travers la ville de Ouagadougou nous sommons « koassa (vendeur de viande pour les ouagavillois ndlr), mets beaucoup de piment ». Si certains ignorent que le piment est un aphrodisiaque. D’autres le savent et s’en donnent à cœur et joie. Parfois en compagnie d’une tourterelle ou seul, l’on veut se « mettre en condition » pour la suite de la soirée qui s’annonce mouvementée.

Le piment, aliment courant dans la consommation est un « aphro ». Vert, rouge, jaune, sec ou frais, il se retrouve au cœur de l’alimentation dans les bars et les gargotes de Ouagadougou. De la viande, du poisson pimentés le tout arrosés de boissons et le tour est gagné. Abdoul Maïga, vendeur de viande au secteur 24 soutient à ce sujet qu’il est courant que des clients le renvoie le plat servi parce qu’il manque de piment. Mais pour lui, si certains savent que le piment est un aphrodisiaque, d’autres en raffolent sans en connaître les effets.

Les aliments qui ont des vertus aphrodisiaques sont légion en Afrique. Le poivre par exemple est réputé être un puissant aphrodisiaque. Certains sont des légumes répandus : asperge, poireau, céleri, concombre. Il y a aussi de nombreux fruits : goyave, banane, avocat, pêche, abricot, durian malais et indonésien.


Les stimulants sexuels et aphrodisiaques reconnus dans la tradition

Nous avons fait un tour, au marché de la pharmacopée à Nabi-Yarré. Les femmes disent disposer des produits traditionnels qui soignent les problèmes sexuels des hommes. Il suffit d’en exprimer le besoin et elle prépare le produit. Ces femmes expliquent les problèmes sexuels des hommes par les habitudes alimentaires et certaines maladies. C’est dire qu’il existe des savoirs locaux qui permettent aux hommes de résoudre leurs échecs sexuels.

Dans la tradition mandingue par exemple, certains mets servent de stimulants de désir sexuel. On peut citer entre autres les sarriettes, les dêguê et bouillies aromatisées…Ces produits non seulement servent de stimulants pour le couple mais aussi leur présence prévient l’époux de la disponibilité de la femme à satisfaire le mari après le repas. A l’Ouest du pays, ces pratiques sont fréquentes. La jeune fille bénéficie d’une éducation sexuelle qui prend en compte ces aspects. Une fois au foyer, elle a une idée de la conduite à tenir.

Les femmes de culture mandingue utilisent de l’encens et autres philtres enivrants pour « conditionner » l’époux. « Nos femmes utilisent des écorces en infusion (sarriettes) qu’elles boivent pour purifier les parties génitales et susciter du plaisir durant l’acte sexuel » nous a confié Fatogoma Traoré, originaire du Kénédougou. Le scintillement et le bruit des baya (perles) viennent ajouter l’utile à l’agréable pour que le désir et la jouissance sexuelle soit au comble. « Nos mamans fabriquaient aussi des savons traditionnels pour faire leur toilette intime », commente cet enseignant. Selon ce quadra, une « poudre magique » est aussi utilisée dans la partie vaginale pour susciter le plaisir de l’époux pendant l’acte sexuel.

Au niveau des hommes, il est fréquent que ces derniers consultent les charlatans ou les féticheurs. Le village de Ouavoughé ( littéralement « vient ressusciter » ) dans la province de l’Oubritenga est réputé soigner l’impuissance sexuelle. Il suffit que le malade apporte un poulet, des offrandes pour les sacrifices. J. S, soutient avoir obtenu satisfaction après s’être rendu dans ce village. La réputation de ce village a dépassé les frontières de notre pays.

En pays Bamanan on utilise comme produit aphrodisiaques le « gongõdili », encens, les perles, etc. Le gongõdili est une plante aromatique aux effets diurétiques et désinfectants appartenant à la famille des vétiver. Nom scientifique : Vetiveria ; érotique des femmes de Segu. Certaines font aussi un mélange de dattes dénoyautées, de graines de courge et d’un peu de sel gemme, le tout broyé et malaxé ensemble. De la pâte obtenue, ou de petites boules rondes sur lesquelles on récite une formule magique. Ces boules sont introduits avant les rapports.

Camille Ouédraogo, Michel Nana

Par Bendré

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