PIRATERIE ELECTRONIQUE ET INFORMATIQUE : « Le suicide annoncé des artistes burkinabè »

Les nouvelles technologies permettent facilement de télécharger de la musique gratuitement. A ce rythme, c’est le suicide programmé des artistes burkinabè, prévient l’auteur des lignes ci-dessous.

Pendant que l’actualité nationale se focalise sur la probable révision de la Constitution de notre pays notamment en son article 37 par voie de presse interposée entre les tenants du pouvoir , partisans de la non-limitation du mandat présidentiel et ceux qui clament sa limitation à travers le verrouillage de l’article suscité ; moi je vous invite un tant soit peu à vous pencher sur le sort de l’artiste de façon générale et en particulier celui du Burkina Faso dans ce contexte de mondialisation ou de globalisation. Nous sommes tous conscients aujourd’hui que la piraterie des œuvres de nos artistes représente un danger non seulement pour le créateur de l’œuvre, mais également pour l’industrie de la musique ; par ricochet l’économie de nos Etats.

Il y a lieu de reconnaître à cet effet, que des efforts sont faits par nos dirigeants à travers la création des structures de contrôle et de défense des droits d’auteurs telles que le Bureau burkinabè des droits d’auteurs (BBDA). A cela s’ajoute également la mise en place par les artistes eux-mêmes, les professionnels du showbiz et les maisons de production, des organisations qui leur permettent de veiller sur leurs intérêts. Malgré tous ses efforts déployés pour éradiquer la piraterie des œuvres artistiques, elle prend de l’ampleur. Tout en regardant autour de moi, j’ai fait un triste constat et c’est ce qui m’a d’ailleurs motivé à prendre mon stylo pour partager avec vous la préoccupation qui m’anime aujourd’hui.

Avant de vous faire part de mon inquiétude, j’aimerais démystifier les termes mondialisation et globalisation afin que le citoyen lambda burkinabè comprenne qu’ils constituent une forme de capitalisme inventée par le Nord (l’Occident) pour faire du monde un village planétaire propice à la commercialisation de ses produits de tous ordres. Citoyens du Sud que nous sommes, la balance des échanges économiques est en notre défaveur, car, les Etats du Sud étant pour la plupart des pays en voie de développement, nos jeunes industries sont vite submergées par celles du Nord. Croulant sous le joug de la mondialisation imposée par l’Occident depuis des siècles, c’est aujourd’hui le tour de la Chine de nous envahir avec des produits bon marché. Très friands de ce nouveau type de produits, nous les consommons aveuglement sans aucune réserve, sans aucune réflexion, car, avec juste un peu de CFA, nous nous procurons tout ce que nous voulons.

C’est donc dans ce contexte d’obtention à vil prix de toutes sortes d’appareils de musique tels que les DVD, les VCD, les MP3, les cellulaires, etc., et des supports tels que les clés USB et les cartes mémoires que le suicide annoncé de l’artiste burkinabè s’est accéléré et si on n’y prend garde, il ne saurait tarder. Il m’a tout l’air que le combat livré par l’ensemble des professionnels de la musique et par le politique se focalise uniquement sur la piraterie des supports cassettes et CD laissant ainsi libre cours au téléchargement électronique des chansons.

Quelque chose doit donc être fait dans ce sens afin que l’artiste burkinabè puisse vivre effectivement du fruit de ses créations. Jeune africain, jeune burkinabè, jeune que je suis également, j’ai pris mon stylo pour t’interpeller afin que tu comprennes le tort que cause la piraterie à l’artiste par ta faute, car tu contribues inconsciemment à son enracinement. Toi mon frère, toi ma sœur, réponds à ses quatre questions suivantes :

• Penses-tu soutenir l’artiste en payant une cassette ou un CD piraté (e) ?
• Penses-tu soutenir l’artiste en allant télécharger ses chansons dans un cyber café qui, pour la plupart, ne s’acquitte pas des droits d’auteurs ?
• Penses-tu soutenir l’artiste en téléchargeant par le biais du lien Bluetooth d’un portable au tien ou vice-versa ses chansons ?
• Ou encore penses-tu le soutenir en téléchargeant ses chansons sur ta clé USB, ta carte mémoire ou sur ton micro ordinateur ? Tu sais bien qu’en ton âme et conscience, la réponse est non. Pourtant, ce sont des pratiques auxquelles tu te livres à longueur de journée. Jeunes d’Afrique, jeunes du Burkina Faso, réveillons-nous, car, comme aimait à le clamer l’éminent historien Joseph KI Zerbo, "Naan laara an saara" pour dire que si on se couche on est mort.

Saches qu’il n’est jamais tard, nous pêchons tous, car Jésus lui-même a dit à ses disciples que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre et aucun d’eux ne s’est exécuté. Toi mon frère, toi ma sœur, il est temps que tu bannisses cette pratique. Inscris-toi dans la légalité et dans la légitimité en achetant les œuvres authentiques de nos frères et sœurs musiciens. A chaque fois que tu veuilles acheter un album, rassure-toi que cela profitera à l’auteur du chef- d’œuvre. Toi mon frère, toi ma sœur, fais sien ce message, car, en posant de tels actes qui profitent à l’artiste, c’est l’Afrique et plus particulièrement le Burkina Faso qui gagne.

Alors si le message est passé, on est ensemble ! S’il est vrai que la jeunesse africaine, notamment celle du Burkina Faso doit prendre conscience du danger de ce fléau qu’est la piraterie des œuvres artistiques, il est tout aussi évident que les artistes eux-mêmes d’abord, les maisons de production et les professionnels du showbiz ensuite et en dernier lieu les décideurs politiques ont aussi leur part de responsabilité à assumer de même que leur partition à jouer. Cela, je le dis et je le répète haut et fort, car il est inconcevable aujourd’hui que les premiers responsables et les professionnels de ce secteur d’activités restent toujours scotchés aux méthodes de production que je qualifie d’archaïques. Dans le contexte actuel, nous ne devons plus nous contenter uniquement des supports en cassettes et CD.

Nous devons tendre plutôt vers le téléchargement électronique, car les Nouvelles technologies de l’information et de la communication nous donnent l’opportunité de le concrétiser pour peu qu’on s’y mette. Travaillez de sorte que l’offre soit adaptée au goût et à la demande du consommateur lambda à travers des services innovateurs. Pour être plus explicite, je prends cet exemple-ci : « J’ai mon appareil VCD, DVD, MP3, ou les supports-clés USB ou carte mémoire ou encore mon cellulaire, il faut donc que j’aie la possibilité de télécharger les chansons de mes artistes préférés de façon légale sans pour autant tomber dans le piège de la piraterie ». Voilà concrètement ce que le consommateur lambda burkinabè que je suis attend de vous en cette fin de la première décennie du troisième millénaire. Cela étant une réalité aujourd’hui en Occident et dans d’autres contrées du monde, nous devons nous y atteler également afin de minimiser les risques engendrés par ce fléau. A cet effet, je suggère que :

• les maisons de production de concert avec les artistes, les professionnels du showbiz et le Bureau burkinabè des droits d’auteurs (BBDA) avec en sa tête un grand travailleur, en l’occurrence monsieur Balamine Ouattara, mettent à la disposition des consommateurs burkinabè des versions électroniques des œuvres de nos artistes. Cette idée peut paraître absurde mais elle reste pertinente dans la mesure où la plupart des appareils de musique possèdent des ports USB ou de carte mémoire avec à la clé des liens de téléchargement par Bluetooth ou infrarouge ;

• des points de vente électronique des œuvres à l’image de ceux des opérateurs de téléphonie mobile soient érigés dans chaque coin des rues de nos villes et campagnes. A ce niveau, un travail de codage informatique doit être bien ficelé de telle sorte que le transfert de ses données par le lien Bluetooth ne soit pas possible ;
• les gérants des cybercafés et les opérateurs de téléphonie mobile soient associés au processus de commercialisation des œuvres ;
• des sites web soient créés afin de permettre aux internautes de procéder au téléchargement par achat sur l’Internet ;
• des spots de sensibilisation avec des slogans forts en mesure d’éveiller la conscience de la jeunesse soient diffusés ;
• une collaboration franche avec une brigade mobile pour veiller à la bonne application des dispositions (punir tous ceux qui enfreindront aux dispositions légales en vigueur) soit instaurée.

Ainsi se résume ma modeste contribution à la lutte contre la piraterie, un fléau qui, à chaque jour, tue des talents et empêche nos vaillants artistes de vivre du fruit de leurs créations. Jeunes du monde, jeunes d’Afrique, jeunes du Burkina Faso, ensemble disons STOP à la piraterie en achetant les œuvres authentiques de nos artistes. Ainsi, nous contribuons à leur épanouissement et au développement de nos pays respectifs. Acheter l’album (cassettes ou CD) authentique d’un artiste, c’est faire preuve de civisme et de patriotisme.

Sékou SO sosekou@yahoo.fr

Le Pays

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