Prise en charge des orphelins et enfants vulnérables : Une mère Teresa à Nouna

Le samedi 22 mai 2010, Bernadette Gnifoua née Kandolo a prononcé ses vœux de consécration à Dieu pour le mieux-être des enfants déshérités. C’était au cours d’une messe présidée par Mgr Joseph Sama, Evêque du diocèse de Nouna.

Cela fait plusieurs décennies qu’elle consacre son énergie aux enfants en difficulté. Un engagement volontaire et dévoué qui s’est traduit par l’accueil et la prise en charge de bébés orphelins, d’enfants abandonnés, handicapés ou issus de mères malades.

Par cet engagement laïc, Mme Bernadette Gnifoua née Kandolo a voulu placer de façon solennelle sa mission pour inspiration divine. Il s’est agi pour cette mère de 4 enfants, institutrice à la retraite depuis 1999, de proclamer solennellement sa décision de se consacrer à Dieu à travers ce qu’elle a toujours fait avec passion.

Ce fut une cérémonie de « consécration définitive au Seigneur, à travers le service des enfants en difficulté », qui a eu pour cadre la chapelle du séminaire Mbaga Tuzinde de Nouna, chef-lieu de la province de la Kossi.

Parents, amis, collaborateurs, religieuses de différentes congrégations, prêtres, paroissiens de St Joseph et d’ailleurs, sont venus nombreux prendre part à la célébration eucharistique présidée par l’évêque de Nouna, Mgr Joseph Sama.

La notion de vie consacrée à l’Eglise, a expliqué le saint père, dans son homélie et avant l’acte de consécration, se réfère à ce que Jésus lui-même a fait au début de sa mission avec les douze premiers disciples ou apôtres, qu’ils a appelés, mis à part pour les associer spécialement à son œuvre.

L’engagement ou consécration des laïcs, a expliqué le saint père, est une expérience qui fait son chemin depuis un temps pas très lointain dans l‘Eglise catholique au Burkina. Depuis le temps des apôtres de Jésus, « des gens ont toujours senti l’appel particulier à donner leur vie pour la cause de l’Evangile, pour l’Eglise devenue leur famille ».

Des fidèles laïcs se consacrent à des ministères de l’Eglise que l’on sait nombreux et divers. Mais la tradition de l’Eglise nous a habitués à la consécration ordonnée, non ouverte aux laïcs. Les personnes engagées en dehors des ordres religieux ne sont pas soumises aux mêmes règles et contraintes de vie que les religieux et religieuses.

Selon Mgr Joseph Sama, de plus en plus de fidèles aspirent à ce type de mission, et l’Eglise ne peut continuer à l’ignorer. A ce sujet, a-t-il indiqué, une réflexion se mène et le Pape va bientôt sortir un document.

Madame Gnifoua s’inscrit dans ce courant. Elle avait déjà formulé un premier engagement devant son évêque qui explique : « Nous avons cheminé ainsi durant deux ou trois ans, le temps qu’elle prenne la mesure de l’acte qu’elle va poser et l’assume entièrement ».

Une exigence nécessaire, dans la mesure où il appartient à l’Eglise de faire, à travers le discernement de ses premiers responsables, en l’occurrence les évêques, le constat et de vérifier l’authenticité de la vocation ressentie par « l’aspirant », cet appel entendu par ceux et celles qui aspirent à la vie consacrée. Ainsi, Mme Gnifoua était face à la communauté tout entière pour se prononcer et recevoir la bénédiction de l’évêque.

Un rêve de prime enfance réalisé

Au point de départ de toute vie de consécration, il y a l’appel de Dieu. La « postulante » n’a pas dérogé à cette loi puisque, a-t-elle déclaré : « Depuis ma tendre enfance, je recevais cet appel à travers des visions que je n’avais pas prises au sérieux ».

Le rêve de prime enfance a fini par devenir une réalité depuis des années : un foyer qui n’a jamais désempli. Issus de proches parents, de l’environnement social ou professionnel, orphelins et autres enfants vulnérables ont tour à tour joui de la chaleur de ce foyer. Combien de vies arrachées à la misère ? Combien de bébés sauvés d’une mort certaine ? Tel le premier bébé orphelin recueilli en 1988. C’était une fille et elle se prénomme Odile.

Madame Gnifoua confie : « Selon la coutume, on devait l’enterrer avec sa mère décédée. » Dans ce village (Kéména) situé à 17 km de Nouna, la tradition voulait que, quand une femme meurt des suites de couche, on l’enterre avec le nourrisson.

Le rituel consistait à déposer le nouveau-né, vivant, entre ses jambes. Maman et bébé étaient recouverts avec un pagne et on les laissait là durant tous les rites funéraires. Si au moment d’inhumer la défunte, l’enfant n’était pas mort, on le confiait à une femme allaitante. Si l’infortuné mourrait, on les enterrait tous deux dans la même tombe. La pratique allait même jusqu’à faire enterrer le bébé vivant avec sa maman, surtout quand il n’y avait personne pour s’en charger.

Odile doit sa vie à une jeune femme du village qui, ayant sensibilisé la famille, a pu la récupérer. Nouvellement mariée à l’église catholique, cette femme a pu expliquer qu’au cours de la catéchèse prénuptiale, on lui avait enseigné qu’il y avait des coutumes comme celle-là à abandonner. Alors on lui avait dit, si c’est ainsi, il faudra t’en charger. Ce qu’elle dut promettre de faire.

« Vu son jeune âge, raconte Mme Gnifoua, je lui ai proposé de m’occuper de l’enfant. Elle venait de se marier, elle était sans expérience et il lui aurait été difficile de s’occuper d’un orphelin. » Aujourd’hui, Odile est une jeune mariée, visiblement épanouie.

Dénommé Saint Joseph, le foyer que dirige celle que jeunes et vieux appellent « Tantie », est situé au secteur 4 de Nouna. Nous y avons trouvé des enfants de tous âges, et surtout de tous jeunes se disputant constamment l’affection de « Tantie ». Ils y sont accueillis de 0 à 11 ans. Il y en a pas mal qui réintègrent leur famille une fois l’âge critique franchi, (si leurs parents le souhaitent). Nombre d’entre eux demeurent dans le foyer jusqu’à la fin de leurs études, jusqu’à leur mariage ou leur entrée dans la vie active.

A ce jour, le domicile de Tantie, qui offre jusqu’à présent son cadre au foyer, peut comptabiliser une quinzaine de bébés orphelins recueillis, pris en charge et rendus ou non à leur communauté. Saint Joseph accompagne aussi beaucoup d’enfants et adolescents dans leurs études. Venant de villages éloignés, ceux-ci sont accueillis, hébergés et pris en charge pour l’année scolaire. Tout ceci fait la particularité du foyer saint Joseph qui offre à ses pensionnaires une vraie vie de famille, même recomposée.

Pour davantage ancrer cette mission dans la foi, l’amour et le don de soi, Mme a professé devant Dieu et devant les hommes : « Consciente de ces acquis déjà enregistrés, je m’engage à vivre dans la chasteté, la pauvreté et l’obéissance ».

Cela dit, St Joseph a besoin du soutien et de la générosité de tous. Mme Gnifoua tire l’essentiel des revenus du foyer de sa pension trimestrielle de 150 000 francs CFA. Heureusement que, comme elle s’en console, « La providence divine ne nous a jamais abandonnés ».

Il y a toujours une âme charitable quelque part pour aider à éponger les nombreuses dettes que Saint Joseph est bien souvent obligé de contracter pour se procurer lait, vivres, médicaments, pour payer le petit personnel d’appui, etc. En attendant d’avoir mieux, trois filles et un garçon assistent Mme Gnifoua dans la prise en charge des enfants.

La grande lueur d’espoir qui pointe à l’horizon, c’est le projet de construction d’un orphelinat. Une ONG italienne a en effet signé avec la mission catholique de Nouna une convention qui doit permettre l’érection d’une structure à même d’offrir toutes les commodités d’accueil et de soins aux pensionnaires du foyer St Joseph.

Hortense ZIDA

Sidwaya

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