MONSEIGNEUR ANSELME T. SANON, ARCHEVEQUE DE BOBO :

"Le Collège de sages n’est pas une invention du Burkina"

Suite au drame de Sapouy, le président du Faso s’est adressé à la nation le 21 mai 1999 à travers un message dans lequel il a livré son analyse des événements et les mesures qu’il comptait prendre afin d’endiguer la crise. Parmi ces mesures, il y a eu la décision de créer un Collège de sages chargé de passer en revue, dans les meilleurs délais, tous les problèmes pendants de l’heure et de proposer des recommandations à même d’emporter l’adhésion de tous les protagonistes de la scène politique nationale. Le décret n° 99-158/PRES du 1er juin 1999 instituait le Collège de sages. Onze ans après, que reste-t-il de cette institution ? "Le Pays" s’est entretenu avec son président, Monseigneur T. Anselme Sanon.

"Le Pays" : Le 21 mai 1999, le président du Faso créait par décret le Collège de sages. Quel bilan peut-on faire du travail abattu onze ans après ?

Mgr Anselme Sanon : Le Collège de sages est une institution qui est née par décret et qui finit une fois la mission accomplie. L’autre élément est que les Burkinabè sont très fermés. Le système de Collège de sages n’est pas une invention. Depuis le 19e siècle, en Amérique latine, en Espagne, etc., on avait eu recours au Collège de sages pour restaurer le dialogue. Ce n’est donc pas une invention dans l’histoire.

Dans quel contexte le Collège de sages avait-il été créé ?

En 1998, il y avait eu une espèce de révolte quand on a appris l’assassinat de Norbert Zongo qui était un de nos amis. Et alors, d’autres crises étaient là. Et qui dit crise, dit que le dialogue n’était plus. A ce moment-là, le président a eu le courage de créer une institution qu’est le Collège de sages.

Qu’est-ce qui, à votre avis, bloque la mise en œuvre des recommandations des sages ?

Lesquelles des recommandations des sages sont bloquées ? Ce qui veut dire que vous savez que des recommandations du Collège de sages sont bloquées. Lesquelles donc ? …Les questions d’impunité doivent être partagées par tout le monde. Si un Burkinabè meurt, il ne faut pas seulement voir qui l’a fait mourir. Chacun de nous est coupable d’une façon ou d’une autre.

Le Collège de sages avait pour mission, entre autres, d’œuvrer à la réconciliation et à la consolidation de la paix sociale. Que pensez-vous de la paix sociale aujourd’hui dans notre pays ?

Je repose souvent la même question aux gens et à vous journalistes. Nous avions élaboré un document à cet effet. Et qu’est-ce que vous avez fait de ce document ? Exceptionnellement, le président a accepté que ça soit diffusé en même temps qu’il le recevait. Cela veut dire que c’est un rendez-vous, que chacun d’entre nous peut envoyer son œuvre. Ceci dit, l’esprit que nous avions trouvé et mis dedans, c’est ce dialogue qui est indispensable à toute institution démocratique. Ensuite, c’était la capacité de dépasser ce qui était fait parfois de très grand ou de très mauvais pour faire l’histoire aujourd’hui.

La deuxième proposition que le Collège a faite était la mise en place d’une commission ad hoc consensuelle chargée de la relecture de certains articles, notamment de la Constitution en ses articles 37 et 80. Quel constat pouvez-vous faire au sujet de cette recommandation au regard du climat sociopolitique actuel ?

Qui dit démocratie ou citoyenneté dit en même temps dialogue. Quand on dit consensus, et ça fait partie du nouveau vocabulaire, au sens propre c’est négociation. Regardez aujourd’hui, tout ce qui se fait avec les différents corps : ça ne se règlemente pas toujours au niveau de l’Assemblée nationale. Mais en fait, au lieu de concept global, ça se fait dans des domaines où on peut acquérir un certain consensus. Pour ce qui est de l’article 37, il y a eu deux révolutions dans ce pays. La plus importante pour moi (qui n’est pas levée), c’est que la Constitution avait supprimé la peine de mort. Et l’Assemblée a voté pour sa suppression et les Burkinabè n’ont pas réagi. Le fait de changer un article de la Constitution, surtout pour ce qui est de l’article 37 aux vues de l’histoire ; on sait que entre la stabilité d’un régime et celle d’un leader, d’une part, et aussi l’alternance, d’autre part, il y a une tension permanente. Et s’il faut résoudre cela, il faut un dialogue.

Actuellement l’article 37 suscite de nombreux débats au sein de la classe politique et de la société civile. Une modification de l’article 37 peut-elle être une menace à la paix sociale ?

Et c’est cette mesure de vigilance qui a été décrite dans notre document lors de notre première conférence générale tenue à Fada N’gourma (cf. délacration issue de la Conférence des évêques du Burkina).

Il a été dit que « le Collège de sages n’a pas eu l’intention de verrouiller pour toujours la limitation à deux mandats présidentiels. Que si c’était le cas, il aurait suggéré son inscription comme un élément non révisable à l’article 165 de la Constitution. C’est dire qu’il a laissé ouverte la porte pour une possibilité de révision éventuelle ». Que vous inspire cette réflexion ?

Et c’est ce que je vous dis ; on sait que entre la stabilité d’un régime et celle d’un leader, d’une part, et aussi l’alternance d’autre part, il y a une tension permanente. Et s’il faut résoudre cela, il faut un dialogue.

"Les biens communs de cette République nous concernent tous"

Les évêques ont pris position pour une non-révision de l’article 37. D’aucuns n’hésitent pas à dire que les évêques ont joué l’arbitre en lieu et place de l’arbitre légitime qu’est le peuple et qu’une telle position est susceptible d’engendrer une situation de malaise dans l’Eglise-Famille où l’homogénéité religieuse est doublée d’une hétérogénéité politique. Qu’en pensez-vous ?

Il y a beaucoup de choses dans ce que vous êtes en train de dire. En mars, nous étions à notre première conférence générale, dans le mois de carême, et nous avons parlé de beaucoup de choses (ceux qui ont lu le document pourraient bien le constater). Nous avons ensuite évoqué les échos de la presse. Je pense que c’est un acte de vigilance. Et c’est le rôle des pasteurs de dire : attention, telle chose est légitime, légale… Il faut tenir compte de l’environnement social, économique et politique. Et c’est ce que nous avons fait. Dire que c’est une prise de position, je dis non. Voyez, quand le soleil sort et sa lumière éclaire les Noirs et les Blancs, allez-vous dire que le soleil est raciste ? Les biens communs de cette République nous concernent tous.

Certains pensent que la Journée nationale de pardon de mars 2001 au Burkina est une réconciliation sans vérité ni justice.

Pendant le Collège de sages, certains ont demandé une réconciliation vérité et justice comme en Afrique du Sud. D’autres ont dit de déclarer l’amnistie, d’autres encore de faire une refondation. Mais voyons l’Afrique du Sud. Moi j’étais impliqué dans la situation au titre de Caritas depuis les années 1987. Au Burkina, ce n’est pas la multiculturalité. C’est pourquoi nous avons fait appel aux valeurs profondes qui font dire peut-être innocemment par les uns et les autres que « la langue et les dents habitant la même maison doivent rechercher la voie de la réconciliation ».

Etes-vous favorable à la mise en place d’un comité de nouveaux sages tel que le recommande le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) ?

J’ai pris note de la proposition seulement. Mais au fond, où doit-on dire quelque chose ? Depuis les grandes conférences internationales, mondiales, il y a tout un vocabulaire que nous utilisons. Parfois, je me demande si c’est opératoire pour les réalités que nous vivons. Parce que quand les ténors de cette révolution moderne parlent de bonne gouvernance, quelle est la valeur d’une petite nation comme le Burkina ? Ils viennent nous appliquer leur loi, ils n’iront pas dire au président des Etats-Unis ni aux Américains que leur gouvernance n’est pas bonne.

Que vous inspire la proposition de Salif Diallo qui milite pour un régime parlementaire ?

Là aussi j’ai pris note. Et j’ai eu l’occasion de rencontrer l’intéressé. Il faut une articulation de l’exécutif et du législatif. C’est la façon de les amalgamer qui permet à une nation de dire qu’on est ceci. Si vous allez en Suisse qui se dit le premier pays démocratique du monde, pour changer un stop, il faut que toute la commune se retrouve et discute.

Un mot sur la coalition et la pétition contre la révision de l’article 37 de la Constitution du Burkina ?

C’est un acte citoyen. D’autres citoyens vont avoir le courage de créer ceci, qu’on les laisse s’exprimer aussi. C’est ça la démocratie. Je salue votre public, ceux qui vous lisent résolument ou bien de temps en temps. Je salue aussi votre organe « Le Pays » qu’on a vu naître et qui a un large lectorat aujourd’hui. Et beaucoup de courage dans le travail.

Propos recueillis par Zounzaola Josias DABIRE et Koyir Désiré SOME

Le Pays

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