L’AFRIQUE AU CONSEIL DE SECURITE:La France n’est pas la meilleure avocate

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L’une des grandes leçons que l’on aura su tirer du 25e sommet Afrique-France est bien celle-ci, et elle est de taille : le Président français Nicolas Sarkozy est capable de changement, de beaucoup de changements. On pourrait même parler de mutation. Car, à la limite, il ne se ressemble plus. Pourquoi ? Il suffit de remonter quelques années en arrière, du temps où l’actuel chef d’Etat n’était "seulement" que ministre français de l’intérieur. On en retire une de ses petites phrases dont il a le secret. Elle stipule que "la France, économiquement, n’a pas besoin de l’Afrique".

Quelques années plus tard, en juillet 2007, on retrouve le même Nicolas Sarkozy à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il y déroule un discours fleuve, tonique et fulgurant. On se souvient qu’en substance, l’homme d’Etat français affirmait, sans sourciller, que l’homme noir n’est pas suffisamment entré dans l’Histoire.

Le tollé qu’il avait à l’époque déclenché, n’est pas vraiment tout à fait apaisé dans l’esprit de plus d’un intellectuel africain. Et voici le Sarko new-look qui se dévoile à Nice. "Nous avons des choses à nous dire, des choses à faire ensemble. Nos destins sont indissociablement liés", a lancé, pince-sans-rire, le chef d’Etat français à l’ensemble de ses hôtes africains réunis au palais des Congrès de Nice Acropolis. Le revirement de l’homme va encore plus loin. La France veut prendre part au débat de l’heure à propos de la place du continent africain dans la gouvernance mondiale. "L’Afrique doit occuper toute la place qui lui revient, insiste le Président français, le Conseil de sécurité doit être réformé. Il est absolument anormal que l’Afrique ne compte aucun Etat qui en soit membre permanent". Et, comme dans la fable, flatteurs d’applaudir.

Le reconversion est spectaculaire. Mais une question : diversion ou conviction ? Venant de Sarkozy, le discours de Dakar, s’il a trouvé bon de le prononcer, il fallait assurément qu’il y croie. Aujourd’hui, l’homme affirme des choses qui sont aux antipodes des certitudes de 2007 qu’il a énoncées à Dakar. Renversant, tout de même. Mais, à la vérité, on ne change pas si profondément de conviction en si peu de temps. Et il se peut que l’attitude du présent français cache quelque part une bonne dose de "blaguer-tuer".

Que l’on se batte pour obtenir au continent africain d’être représenté au Conseil de sécurité de l’ONU n’est que justice. Il est aberrant que cette région du monde qui regroupe 27% des Etats membres de l’ONU ne dispose que de trois sièges de membres non permanents audit Conseil. Cela, personne ne le contestera sérieusement. Mais là où le bât blesse, c’est lorsqu’il s’agit pour le continent noir de devoir passer par le truchement de la France pour obtenir que l’on examine pareille requête. C’est simplement inconvenant, incongru et cousu de fil blanc. Le continent africain possède son UA qui doit, en pareille circonstance, être l’instance habilitée à se commettre à une tâche pareille.

Un seul pays, fût-il européen, la France, en l’occurrence, ne peut prétendre réaliser une telle prouesse en lieu et place de cet organe qui, de par sa nature même, a vocation et légitimité pour le faire. Et puis, très sérieusement, en quoi la France peut-elle bousculer l’un ou l’autre des quatre autres grands qui, comme elle, disposent chacun du droit de veto, au point de lui arracher une quelconque bénédiction en faveur d’une représentativité africaine au Conseil de sécurité ? Pas grand-chose, à la vérité. Et cela, Nicolas Sarkozy le sait. Le savent aussi, les têtes couronnées africaines qui, religieusement, l’écoutent et l’applaudissent à tout rompre, à chacune de ses phrases décisives.

Car, en dépit de toutes les apparences, tous ensemble, ils sont persuadés que les Etats africains ne pourront vraiment un jour s’émanciper que s’ils décident courageusement de couper le cordon ombilical qui les lie toujours à la mère métropole, alors qu’ils ont, pour certains d’entre eux, cinquante ans d’âge. Ce truisme, Sarko et ses pairs africains le savent à perfection. Mais lui ne veut pas en voir l’application et eux n’osent pas en entreprendre la concrétisation. En tout état de cause, la chose explique le regain subit de philanthropie dévoilée par le chef d’Etat français. Mais elle ne trompe pas grand monde, puisque personne n’est dupe.

Mais, il faut le reconnaître, quelque part, son opération de charme se révèle payante. Réunir à soi seul la presque totalité des dirigeants africains, réussir à se faire écouter et applaudir régulièrement et certaines fois, à tout rompre, cela n’est pas donné à n’importe quel quidam. Sarko peut s’en retourner à son palais élyséen. Rien ne garantit qu’il tiendra at home les propos lénifiants proférés dans la salle de conférence de l’Acropolis niçois concernant ses amis africains, mais peu importe que les discours soient de circonstance. L’essentiel demeure ce que l’on en tire.

Et après tout, peut-on jeter la pierre au Président français parce qu’il protège ses intérêts ? Sérieusement, non. C’est aux dirigeants africains qu’il revient plutôt de découvrir où se trouve ce remède miracle à même de guérir les multiples maux dont souffrent les pays dont ils ont la charge. Et il est plus que temps qu’à cette tâche, ils décident enfin de se commettre. Cinquante années, ça commence à faire pente- descendante. Mais cela suppose que l’on cherche dans la bonne direction. Ou que l’on mise sur le bon cheval. Et là, l’ancienne métropole n’est sans doute pas la panacée que l’on croit.

"Le Pays"

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