Sommet de Nice : Et pourtant, la foire était infestée de putschistes

A Nice, dans l’Hexagone, les lampions se sont éteints mardi dernier sur le jamboree du 25e sommet Afrique-France. Depuis, les 38 princes « nègres » qui avaient accouru à l’appel du « grand chef blanc » ont, pour la plupart, regagné le bercail. Mais avant, certains ont fait un petit crochet à Paris, histoire de laisser un peu de temps à la Première Dame de faire ses emplettes dans les plus grands magasins de la ville Lumières.

Dans le lot des absences à Nice, on retiendra, d’une part, celle d’un Laurent Gbagbo de la Côte d’Ivoire, qui a préféré décliner l’invitation, et, d’autre part, celles de présidents « parias » comme le Soudanais Omar El Béchir, le Malgache Andry Rajoelina, et le Zimbabwéen, Robert Mugabe, qui ont vainement attendu le précieux bristol.

Le cadre de ce sommet, véritable théâtre de fête foraine, se prête plus au farniente qu’à de vraies cogitations devant déboucher sur des décisions ayant une incidence directe et concrète sur les populations africaines. Il ne faut tout de même pas oublier qu’on est sur la Côte d’Azur, lieu de plaisance où nombre de chefs d’Etat du continent possèdent des hôtels particuliers pour leurs vacances d’été !

De toute façon, on savait que cette Afrique-France allait donner lieu à de grands discours comme à l’accoutumée : une vraie litanie de déclarations d’intention. On n’en attendait donc pas grand-chose. Et, de ce point de vue, on n’est pas du tout déçu par les conclusions de cette grand-messe, qui passe plus pour des scories et des survivances d’un néocolonialisme hors du temps que pour autre chose.

Parmi les princes de la françafrique, quelques-uns ont pu faire parler d’eux : les généraux guinéen Sékouba Konaté et nigérien Salou Djibo. La raison à cela est qu’ils sont tous deux putschistes. Sur cette question, le président Jacob Zuma de l’Afrique du Sud, dans un entretien accordé à la chaîne de télévision France 24, a déclaré : « Nous souhaiterions que ces gens n’aient pas cette reconnaissance, parce que s’ils sont reconnus ici au même niveau pratiquement que les autres chefs d’Etat, cela pose un problème pour l’Afrique ».

Puis a ajouté que leur présence à de telles rencontres peut être perçue comme une exhortation faite aux militaires de renverser les pouvoirs civils dans nos pays. « Les inviter signifie une reconnaissance. C’est ainsi que c’est interprété sur le continent. Ils (les militaires) ne devraient pas pouvoir entreprendre des coups d’Etat. C’est contre la culture démocratique, que nous essayons de promouvoir en Afrique ».

Mais à vrai dire, il y a de quoi se marrer devant de tels ostracismes. Certes, il est évident que Sékouba Konaté et Salou Dijbo sont des putschistes, mais c’est des putschistes pas comme les autres. Dans le premier cas, le coup d’Etat a catalysé aujourd’hui, après les errances d’un général et la boulimie du pouvoir d’un capitaine illuminé qui a fini par prendre une balle dans la tête, la relance du processus démocratique en Guinée.

Dans le second cas, l’irruption du treillis dans l’arène politique a permis de mettre un terme à l’œuvre d’un colonel-président qui voulait trois ans pour finir ses chantiers. Pour être honnête, il faut reconnaître que ces deux ont fait une œuvre de salubrité publique.

Mais au lieu de vouloir mettre à l’index ces deux putschistes, pourquoi ne pas plutôt s’en prendre à ces présidents qui sont arrivés au pouvoir par les armes ou encore à ces roitelets qui sont déjà aux affaires et qui perpètrent régulièrement des putschs constitutionnels pour se scotcher à la magistrature suprême de nos Etats ? Ceux-là étaient pourtant les plus nombreux sur la Côte d’Azur. Nous ne citerons pas de noms de peur d’en oublier.

En effet, n’est-ce pas quelque part un coup d’Etat que de changer en cours de match les règles du jeu, de se tailler des Constitutions sur mesure et de sauter les verrous constitutionnels pour s’éterniser au pouvoir ?

La France a soutenu que c’est parce que les juntes guinéenne et nigérienne avaient donné des « garanties », avec à la clé un « calendrier électoral » et une transition démocratique se déroulant dans un cadre consensuel. Une réponse qui tient, certes, la route, mais difficile de ne pas voir en bas la laide vérité qui est que ces deux pays représentent des intérêts économiques stratégiques pour l’ancienne puissance colonisatrice, qui a besoin de l’uranium de Niamey et des richesses du sous-sol de Conakry.

Ce 25e sommet, présenté alors comme celui du renouveau et de la rupture avec les vieux réseaux d’influence postcoloniaux, n’est que de la poudre aux yeux. On ne peut pas, comme Sarkozy, être le candidat du CAC 40 et rejeter des pays qui ont un certain intérêt pour les opérateurs économiques français.

San Evariste Barro

L’Observateur Paalga

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Un commentaire pour Sommet de Nice : Et pourtant, la foire était infestée de putschistes

  1. jeanne dit :

    Un très bon résumé des intérêts économiques qui gèrent les enjeux economiques entre la France et l’Afrique …Rien de vraiment nouveau sous le soleil!

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