ORPAILLAGE ARTISANAL DANS LE PONI : La population de Holly organise la résistance

La population de Holly, un village situé à 12 km de Gaoua, s’oppose à l’orpaillage artisanal dans le village. Le mercredi 2 juin 2010, la même population, armée de carquois, de flèches et de gourdins, s’est rendue à Gaoua pour manifester son mécontentement vis-à-vis de la police qui a arrêté un des leurs. Elle a été accueillie à l’arrivée par cette même police qui a fait usage de gaz lacrymogènes pour la disperser. Dans cette répression qui suivi, il y a eu un blessé.

La population de Holly, un village situé sur l’axe Gaoua- Kampti, est très remontée contre la police de Gaoua. Dans la logique de cette furie, elle avait tenté de marcher sur cette police dont le poste est situé à 12 km dudit village. Elles étaient environ 150 personnes à se rendre très tôt le mercredi 2 juin au chef-lieu de la région du Sud-Ouest pour manifester leur ras-le-bol vis-à-vis de la police. Les uns à pied, les autres sur leurs montures, tous se sont retrouvés à Gaoua pour la marche vers la police. Dans leur projet, ils se sont heurtés aux policiers qui ont fait usage de gaz lacrymogènes pour les disperser. Un des manifestants a même reçu un coup de matraque sur la tête et a été blessé. Cela lui a valu une suture mais il est hors de danger. La raison de la marche est liée à l’arrestation d’un jeune du village du nom de Kodjo Kambou, nous a expliqué Maxime Kambou, un des porte-paroles de la population et conseiller municipal du village. "L’orpaillage artisanal à Holly, c’est quelque chose que la population combat depuis 3 ans. Cela à cause des conséquences néfastes qu’il engendre sur tous les plans : l’éducation, la santé l’environnement et même l’insécurité. C’est pourquoi les parents disent qu’ils n’admettront que l’exploitation industrielle". Juste après cette explication, ils ont constitué une délégation pour rencontrer le directeur régional de la police, Yaro Tama, qui était pour la circonstance accompagné du haut-commissaire de la province qui tentait d’apaiser les esprits. Le maire de Gaoua, Jean Baptiste Kambou, et le député Hien Sié Roger étaient de la partie. L’entretien dura environ trois quarts d’heure. Pendant ce temps, les manifestants étaient bloqués à la mairie car en face étaient postés les policiers. Au sortir des pourparlers, ce fut d’abord Maxime Kambou qui tenta de faire un compte-rendu. Mais la grogne se faisait toujours sentir. Ni l’intervention de Kambou Tingane, ni celle du député Hien Sié Roger n’ont pu séance tenante obtenir la libération du jeune homme mis en garde vue. Une chose difficile à satisfaire sur le champ. Un homme, certainement influent, son carquois fermement porté à l’épaule s’approcha, demanda la parole et dit ceci : "Nous rentrons, mais nous tenons à dire que si un corps habillé accompagne les orpailleurs, à Holly ou y vient dans le cadre de l’orpaillage, nous n’allons jamais accepter. Nous tenons à vous avertir". Ses camarades applaudissent manifestant ainsi leur approbation. A ce que l’on dit, leur colère contre les policiers tient au fait que le lundi passé une vingtaine d’agents auraient escorté des orpailleurs et sécurisé le site afin de leur permettre de chercher l’or.

"Je n’ai rien à vous dire"

En outre, la nuit suivante, la police a arrêté le jeune homme en question qui faisait partie des manifestants. Pourquoi ce jeune homme a-t-il été arrêté alors qu’il y avait plusieurs villageois qui s’étaient opposés à l’exploitation de l’or ? Le directeur régional de la police, Yaro Tama, répondait invariablement : "Je n’ai rien à vous dire" ou "j’ai rendu compte à qui de droit et c’est tout". C’est après que le maire, à la suite de Maxime Kambou, nous a confié ceci : "Il s’agit d’un citoyen qui a été arrêté. Il se trouve que ce citoyen qui, certainement, faisait partie de l’attroupement autour de la question d’or, détenait une arme. Ce qui lui est reproché pour le moment, c’est le fait donc de détenir une arme de chasse dans un rassemblement, ce qui est aussi interdit par la loi. C’était tout à fait normal qu’on puisse l’entendre et voir quelle mesure prendre". La détention d’arme a été niée par le conseiller Kambou Dilarè Etienne. "Le jour où nous sommes allés là-bas, personne n’avait un fusil. Nous avions des flèches et des gourdins ; moi-même je l’ai vu", fait-il savoir. Là aussi, il était difficile de savoir où se situe la vérité, le DR de la police ayant refusé de se prononcer sur la question. Le maire a aussi laissé entendre que les orpailleurs qui n’ont pas eu le temps de s’installer avaient une autorisation d’exploitation avant d’ajouter que "même si l’orpailleur détenait une autorisation du ministère, nous lui avons dit à l’arrivée qu’il faut qu’il y ait une entente avec la population". Et selon toujours l’édile de la commune, une assemblée générale a même été convoquée dans ledit village où il est ressorti que la population, dans son ensemble, refuse l’orpaillage artisanal. "Nous avons fait l’ampliation à qui de droit. L’orpailleur s’est entêté pour y aller et c’est ce qui a amené ce problème", a conclu le maire Kambou.

Une manifestation illégale

"Néanmoins, nous avons profité pour sensibiliser les populations, leur démarche de ce matin est illégale, parce qu’une manifestation du genre devait se faire avec une autorisation de l’autorité. Et s’armer pour une marche prend l’allure d’une révolte ; tout cela est réprimandé par la loi", a aussi ajouté le maire de Gaoua. Le député a soutenu qu’en pareille situation, les conseillers doivent agir au nom de la population dont ils défendent les intérêts. Quelque temps après la manifestation dispersée, nous avons décidé de nous rendre sur le site. Il était 10 heures 32 mn. Nous avons rencontré plusieurs femmes du même village qui rejoignaient leurs maris à Gaoua. Sur le site situé à environ 1 km et demi du village du coté Est, il n’ y avait aucun orpailleur. Mais cela est dû au fait que les orpailleurs venaient à peine d’entamer leur activité quand ils ont été priés de quitter les lieux. Aucun trou perforé n’avait atteint un demi-mètre de profondeur. A Gaoua non plus, on n’avait aucune trace des orpailleurs qui tentaient de s’installer sur le site de Holly. Malgré la baisse de la tension, la menace d’escalade reste perceptible pour ce qui concerne ce site d’orpaillage. Il est ressorti que de sérieuses menaces pèsent sur trois personnes qui seraient de mèche avec les orpailleurs.

La récidive évitée de justesse

Le mercredi 2 juin, pendant que les villageois de Holly manifestaient à Gaoua pour la libération d’un jeune homme, une autre arrestation a eu lieu dans leur localité. Il s’agit de celle d’un certain Allahkabo, commerçant à Gaoua et originaire de Holly. Il lui est reproché d’inciter les commerçants à ne pas payer les taxes concernant les débits de boisson. Ce que réfute Youl Makité, un opérateur économique. Selon ce dernier, les manifestants n’étaient pas au courant de cette dernière arrestation. Notre interlocuteur a indiqué avoir fait des pieds et des mains pour éviter qu’il y ait une autre marche sur Gaoua après que les manifestants ont appris à leur retour, la deuxième arrestation.

Hompko Sylvestre KAMBOU (Collaborateur)

Le Pays

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