Production fruitière : La mangue, l’or vert du Burkina

Les régions des Hauts-Bassins et des Cascades sont indéniablement le verger du Burkina. La mangue, qui y est produite en quantité, bénéficie depuis quelques années d’un regain d’intérêt de la part d’acheteurs européens et maghrébins. Dans ces régions, des acteurs, avec le soutien du Programme d’appui aux filières agro-sylvo-pastorales (PAFASP), s’organisent pour mieux répondre aux exigences de qualité et de traçabilité de leurs clients.

Veuve depuis 2004, Minata Ouattara a décidé de prendre en main la gestion du verger de 50 ha que lui a légué son époux. Dans ce verger situé à Toumousséni, village distant de 15 kilomètres de Banfora, elle produit des mangues sur 35 hectares. « Nous sommes installés ici depuis février 1983. Avant cette période, je vivais à Bouaké (Côte d’Ivoire) avec mon mari. De retour au pays, il s’est lancé dans la production des mangues qu’il aimait beaucoup », raconte-t-elle.

Le verger de Mme Ouattara est très bien entretenu. Le PAFASP la soutient pour le labour, la taille et la lutte contre la mouche des fruits. « Le PAFASP, souligne-t-elle, m’aide à labourer mon champ et à tailler les manguiers. Je ne paye que 35% des frais et le reste (65%) est à la charge du projet ». A Banfora où elle réside, elle a pu emménager, grâce aux revenus générés par le verger, dans sa nouvelle maison et s’occupe de sa petite famille. « Dieu merci. Avec les revenus de la mangue, j’arrive à nourrir, soigner et à payer les frais de scolarité de mes enfants. »

Le programme a déjà financé la plantation de nouveaux vergers sur 325 ha à l’échelle nationale. Par rapport à l’entretien des champs, le PAFASP a permis de réaliser la taille et le labour d’environ 4.000 ha vergers en 2009. Ce soutien du programme vise l’augmentation de la productivité des manguiers et la lutte contre les attaques parasitaires, en l’occurrence celles de la mouche des fruits.

Paul Ouédraogo est dans la production fruitière depuis 1987. A Kourignon, village situé à quinze kilomètres de Orodara, il possède un verger de 10 hectares. L’aide qu’il reçoit du PAFASP lui permet de lutter efficacement contre ce puissant ravageur qu’est la mouche des fruits. « Sur le marché, le litre du produit pour traiter les manguiers contre la mouche des fruits coûte 15 000 F CFA.

Avec la subvention du programme, il nous revient à 1 350 F CFA », se réjouit M. Ouédraogo tout en palpant une mangue. « Regardez le verger. Il est propre. L’année passée, à pareil moment, c’était la désolation avec les mangues attaquées par la mouche des fruits et qui pourrissaient ». La lutte contre la mouche des fruits à eu pour conséquence d’améliorer la qualité de la mangue et de rehausser son prix sur le marché.

Le kilogramme de la mangue à l’export se vend cette année à 110 francs CFA contre à peine 75 francs l’année dernière. Le programme, en partenariat avec l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA), mène des actions de lutte contre la mouche des fruits. Cette lutte a produit des résultats notables, même si l’on est encore loin de l’éradication du fléau. La lutte consiste en l’entretien des vergers et en un traitement à l’aide du success appat, produit autorisé en traitement biologique.

Le PAFASP a facilité la disponibilité du produit au niveau national et a apporté une subvention aux organisations des producteurs pour son achat en le subventionnant à 90%. « Cet appui du PAFASP a été déterminant dans la lutte contre les attaques parasitaires avec pour conséquence une production en quantité et en qualité dans les vergers », soutient Léonard Ouédraogo, chercheur à l’INERA.

Outre la production fruitière, le programme appuie également l’industrie de transformation de la mangue. A Bérégadougou, dans la province de la Comoé, se trouve l’unité de séchage de fruits de l’Association Wouol. Grâce au programme, cette petite société de transformation de fruits a pu augmenter sa capacité de production, en portant le nombre de ses séchoirs de 30 à 54.

Avec 153 employés, dont 90% de femmes, l’unité produit en moyenne 40 tonnes de mangues séchées par an. « Ici, nous avons beaucoup de mangues que nous n’arrivons pas à écouler. C’est pourquoi nous nous sommes organisés en groupement pour les sécher ou les transformer en jus », déclare la présidente du groupement des sécheuses de Bérégadougou, Rosalie Soma.

Pourtant, les débuts n’ont pas été faciles pour ces femmes qui ne disposaient pas d’assez de moyens financiers. « Le PAFASP nous a octroyés une subvention que nous avons utilisée pour payer du matériel, former les membres du groupement et recruter d’autres femmes pour renforcer le personnel », révèle Mme Soma. Pour la campagne fruitière 2010 qui s’annonce bonne, les femmes de Bérégadougou ont reçu une commande record de 70 tonnes de mangues séchées de clients européens.

La mangue nourrit son homme

Au Burkina Faso, la production fruitière est dominée par la mangue qui occupe 58% des vergers et 56% de la production nationale. La mangue occupe une place importante dans l’économie nationale et constitue une source de diversification des revenus des acteurs du monde rural. Le volume annuel des productions est estimé à plus de 160 000 tonnes.

Afin d’accroître cette production et l’offre commerciale, la stratégie du PAFASP consiste à renouveler les vergers, à en créer d’autres, à intensifier la lutte antiparasitaire et à financer l’acquisition d’équipements. Albert Hébié est propriétaire d’un verger à Bérégadougou et membre de l’Association Wouol.

Ce sexagénaire dit ne plus rencontrer de problèmes de production, avec l’acquisition du success appat contre la mouche des fruits. La principale difficulté que rencontre la majorité des producteurs de la Comoé est liée à l’écoulement de la mangue.

Comme solution, il préconise l’implantation de plusieurs unités de transformation de fruits dans la région et l’augmentation des vergers en variétés de mangues colorées (la kent et la keitt notamment), prisées en Europe. Malgré cette difficulté d’écoulement, Albert Hébié n’est pas moins fier de ses manguiers. « La mangue, témoigne-t-il, nourrit son homme, son fils et son petit-fils.

Elle protège également l’environnement ». Pour l’exportation de la mangue fraîche, le Programme appuie des actions d’amélioration de la qualité en vue d’accroître la compétitivité du Burkina Faso. La certification Global GAP, une norme de qualité exigée pour accéder au marché international, de 2400 ha de vergers, participe de l’effort du programme à offrir à la mangue burkinabè, la qualité et la traçabilité nécessaires pour exporter davantage.

« Le PAFASP nous a permis d’obtenir la certification Global Gap, ce qui nous a ouvert les portes du marché international », confirme Adama Zongo, vice-président chargé de la commercialisation au sein de l’Association interprofessionnelle mangue du Burkina (APROMA-B). Cette exigence de qualité passe également par des mangues bien conditionnées. La mise en exploitation du Terminal fruitier de Bobo (TFB) à partir de 2006 avait révélé que l’infrastructure n’était pas aux normes.

Pour y remédier, le programme a réalisé des travaux complémentaires (sas, chambres froides, pré-cooling, revêtement de résine sur le sol, etc.) afin de mettre l’infrastructure aux normes. « Cette mise aux normes permet non seulement de réduire la consommation en énergie de l’infrastructure, mais aussi d’augmenter le volume de la mangue destinée à l’exportation », se félicite le responsable chargé de la qualité et de la traçabilité du terminal fruitier, Arsène Sanou.

Cette mise aux normes permet également d’améliorer de façon significative la qualité de la mangue conditionnée « Depuis la réhabilitation du terminal fruitier, aucun container de mangues n’a été saisi pour défaut de qualité », se réjouit M. Sanou.

Le contrat avec SITARAIL pour réaliser une bretelle ferroviaire en vue de relier le terminal au réseau du chemin de fer est dans le circuit d’approbation. Cette liaison, prévue pour 2011, va réduire de façon significative les coûts de manutentions et accroître la compétitivité de la mangue burkinabè sur le marché international. La structuration et la professionnalisation de la filière sont déterminantes pour sa promotion.

Grâce au soutien du PAFASP, l’Association interprofessionnelle mangue du Burkina Faso (APROMA-B), une organisation faîtière qui regroupe producteurs, transformateurs et exportateurs de la mangue, a entrepris la réalisation d’études, l’exécution de programmes de promotion des activités et de renforcement des capacités des acteurs de la filière.

Ainsi le dialogue entre les différents maillons de la filière s’est intensifié. « Grâce aux différents appuis du PAFASP tant au niveau de la production, de la transformation que de la commercialisation, la filière mangue se porte de mieux en mieux », conclut le directeur provincial de l’Agriculture, de l’hydraulique et des Ressources halieutiques du Kénédougou, Ousmane Sawadogo, visiblement satisfait de cette campagne fruitière.

La mangue présente beaucoup d’intérêts comme source de revenus additionnels pour un grand nombre de ménages. Avec le renouvellement des vergers entrepris par le PAFASP, le renforcement des capacités de transformation et du système de commercialisation, beaucoup de Burkinabè pourraient augmenter leurs revenus grâce à cette filière. Le PAFASP est un programme de l’Etat burkinabè avec le soutien de la Banque mondiale. Il est prévu pour s’exécuter sur six ans (2007-2012).

Moustapha SYLLA


Année record d’exportation de la mangue : Le vice-président chargé de la commercialisation au sein de l’APROMAB, Adama Zongo, fait l’état des lieux de la filière mangue au Burkina.

Sidwaya (S.) : Comment se porte la filière mangue au Burkina ?

Adama Zongo (A.Z.) : Comparativement aux autres pays, elle commence à bien se porter. Cela est dû à plusieurs efforts d’assistance et de développement soutenu avec des partenaires comme le PAFASP qui nous a aidés à venir à bout d’un certain nombre de contraintes. L’une des contraintes majeures est l’enclavement du pays, ce qui augmente les coûts de production et ne nous permet pas d’être compétitifs sur le marché international.

Avec l’appui du PAFASP, nous pouvons aujourd’hui accéder à ce marché. Nous ne sommes pas tout à fait à la fin de la campagne, mais en termes de volume, on pense qu’on aura une année record d’exportation de mangues du Burkina. En 1999, le Burkina était à moins de 150 tonnes de mangues exportées. Aujourd’hui, nous tournons autour de 3 000 à 3 500 tonnes à l’export.

S. : Quels soutiens le PAFASP a-t-il apporté aux exportateurs de mangues ?

A.Z. : Avec l’appui du PAFASP, nous sommes arrivés à juguler un certain nombre de contraintes. L’une des contraintes majeures était la mise du produit sur le marché. Le PAFASP nous a aidés à participer à des foires et à effectuer des missions commerciales en Europe et au Maghreb en vue d’augmenter les volumes à l’exportation. Deuxièmement, le PAFASP nous a permis d’obtenir la certification Global GAP. Ce certificat nous permet d’accéder au marché international.

Sans ce certificat, vous ne pouvez pas du tout avoir accès au marché international. C’est un label de qualité qui implique des investissements dans les plantations et les unités de transformation pour les mettre aux normes.

Il faut dire également que la plupart des mangues produites au Burkina n’étaient pas des variétés forcément destinées à l’exportation. Ce que vous voyez sur le marché ici sont des productions locales qui ne peuvent pas être exportées. Les variétés de mangue les plus demandées à l’export sont celles dites colorées : la kent et la Keitt en particulier.

Le PAFASP a fourni un effort considérable pour améliorer la productivité et les rendements dans les vergers qui produisent ces variétés de mangues exportables. Il y a également l’organisation de la filière. On est efficace et compétitif quand on est mieux organisé pour attaquer le marché. Grâce au PAFASP, nous sommes de mieux en mieux organisés au niveau de la filière pour pouvoir faire face à ces contraintes communes à tous les acteurs.

Propos recueillis par M.S.

Sidwaya

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