Police municipale de Ouagadougou : 14h chrono avec les « poulets » de Simon

Une journée avec la Police municipale ! L’expérience, qui est allée au-delà de 12h de temps aura permis de découvrir le quotidien d’un policier, qui n’est pas celui que l’on aperçoit seulement aux feux tricolores. Même les fous, ça le connaît…

Nous n’avons pas pu être au "rapport" (rassemblement du matin pour établir le programme de la journée) au siège de la Police municipale à 6h 30. Mais, c’est comme si nous n’avions rien raté, tant une journée avec les "enfants de Simon" est si intense et pleine de "découvertes". Après un bref entretien avec le patron des lieux, le directeur de la Police municipale, Clément Ouango, nous sommes "remis" au commandant du corps urbain, l’officier Sylvestre N’Do qui s’est chargé de nous faire découvrir ce que peut être l’occupation d’un policier municipal, un jour ordinaire.

Et nous voilà parti pour une journée sans répit, sans repos. Avant même de quitter la cour de la police municipale sise au Sud de la capitale, un conducteur de véhicule, l’air confus, nous est présenté ; son "crime" son véhicule bourré de caisses de poussins a été intercepté aux environs de 5h 30, "pour surcharge, chargement mal arrimé et pour véhicule non homologué".

Le commandant du corps urbain explique que le véhicule utilisé pour le transport des poussins n’est pas approprié. Si le conducteur avait utilisé un taxi, il n’aurait pas passé des heures à la police. "Ce sont des poussins venus du Ghana et j’allais tout simplement les vendre à la gare routière, lorsqu’on m’a arrêté pour surcharge…", explique le conducteur A.B. Il s’en est finalement sorti avec une infraction sur les trois ; chargement mal arrimé.

A peine l’affaire "poussins" terminée, un camion transporté par la grue dont dispose l’Unité de contrôle et de stationnement (UCS),fait son entrée dans la cour qui sert aussi de fourrière. Ce véhicule qui transportait 40 tonnes de ciment était selon les agents de l’UCS en panne et occupait toute la chaussée. La mission de l’UCS étant de lutter contre les stationnements gênants défectueux et qui encombrent les voies publiques ne pouvait que sévir. En pareille circonstance, une amende de 50 000 F est "collé" à ou aux auteurs d’un tel délit.

Nous voIlà embarqué dans le véhicule, mis à notre disposition, en compagnie du commandant du corps urbain, et du photographe-policier Adama Pamtaba, nous entamons un long périple qui nous conduit d’abord à la mairie de Bogodogo.

Dans l’enceinte de l’établissement, une longue file d’attente, composée de jeunes, documents en mains, s’impatientent. "Ils sont là pour les légalisations", apprend-on. L’engouement est grand car les papiers sont légalisés et récupérables sur place. Quelques policiers municipaux sont visibles. A l’approche de l’officier N’Do, le chef de poste de la police municipale, détachée à la mairie de l’arrondissement de Bogodogo, accourt vers son supérieur et après un garde-à-vous impécable se présente : "sous-officier Ouaba Zico Achille, n° matricule 2251037X…". "C’est bon…" coupe l’officier N’Do.

Dans chaque mairie d’arrondissement, explique l’officier N’Do se trouve une équipe de 10 policiers municipaux coiffée par un chef de poste. Leurs missions sont diverses : assurer la sécurité du maire, maintenir l’ordre, assurer la sécurité de toutes les activités de l’arrondissement.

Le détachement de la police municipale affecté à chaque mairie d’arrondissement, peut être commis à d’autres tâches : sécuriser les commissions d’identification et d’attribution de parcelles, les voies en bitumage, les zones de lotissement. A cela s’ajoutent les missions de protection du couvert végétal, et de lutte contre la dégradation des voies publiques.

Exemple, des policiers sur une voie sur le point d’être bitumée. La rue 30.02 ou rue de Bogodogo dans l’arrondissement du même nom connaît des travaux qui doivent aboutir à son bitumage. L’entreprise ayant demandé que les intersections de cette rue soient dépourvues de maisons d’habitation, la police municipale a été sollicitée pour le déguerpissement de ceux qui n’avaient pas encore libéré les lieux à l’échéance du délai. Le maire de l’arrondissement, Sandaogo Henry Kaboré, présent sur le chantier à notre passage a rassuré que les déguerpis ont été sensibilisés, rencensés et ont été attributaires de parcelles.

Ayant pris congé du maire et des techniciens du chantier, nous voilà en route vers Yamtenga, dans ce quartier fort excentré de l’arrondissement de Bogodogo. L’école de ce quartier est un site de distribution de vivres pour sinistrés et une équipe du PAM (Programme alimentaire mondial) devait être sur place. Mais les bénéficiaires de vivres ayant attendu sans succès les "sauveurs" du PAM, ont tout simplement rebroussé chemin. Nous aussi. Puisque nous devrions voir à l’œuvre des policiers municipaux assurer l’ordre et la sécurité, pendant l’opération de distribution.

Les chefs au charbon

Le retour est plus compliqué que l’aller. Dans ce quartier fort excentré de la ville, notre chauffeur retrouve difficilement le chemin. Finalement, des riverains, viennent à notre secours et nous retrouvons enfin notre chemin. Dans le véhicule, l’ambiance est bon enfant. L’officier N’Do est ferme et relaxe à la fois, avec les éléments. Il n’est pas rare de l’entendre dire au chauffeur, lui-même policier municipal, que celui-ci a mal conduit ou mal manœuvré. Cela sur un ton de plaisanterie.

Nous nous retrouvons au carrefour du château-d’eau du secteur n° 30 dans la partie Sud-Est de la capitale. Carrefour à haut risque à cause de sa très grande fréquentation, cette intersection nécessite la présence de policier pour réguler la circulation. Surtout en ces temps de coupures intempestives d’électricité. Ces délestages nécessitent souvent un renfort au niveau de certains feux tricolores.

Au Carrefour du château d’eau du secteur n° 30 (situé sur l’ex-circulaire à quelques encablures du site du (SIAO), le sous officier Guy Hervé Bassolé, responsable adjoint de la brigade mobile motorisée est obligé de porter main forte à ses éléments débordés pour réguler le flux de circulation en ce lieu, sous un soleil de plomb.

Il fait chaud. Et nous avons grand soif. Quelques sachets d’eau nous font du bien. Entre deux gorgées, l’officier N’Do explique que Ouagadougou est pourvu de 180 Carrefours, équipés en feux tricolores. La régulation de la circulation est placée sous la responsabilité de l’unité mobile motorisée et ce sont les éléments de cette section qui sont quotidiennement présents aux feux tricolores.

En principe, deux équipes se relaient tous les jours : la première officie de 6h à 14h et la seconde de 14h à 22h. Dans les intersections à haut risque comme celles fréquentées par les élèves, des équipes permanentes officient dans une fourchette, correspondante aux heures d’entrée et de sortie des classes : 6h-8h, 11-13h, 14h-15h, 17h-18h. Les élèves du collège Saint Exupery, des Cours Atti, des écoles de la Cité AN II par exemple bénéficient de cette "protection" policière afin de traverser la voie en sécurité.

A l’intersection "TV5" du nom de ce célèbre maquis disparu, sis avenue Tensoba, ex-boulevard circulaire aux environs de 17h, à la sortie des classes démonstration faite le chef de l’Unité mobile motorisée, la très dynamique Bintou Nikièma/Diallo qui s’est chargée d’assister à un de ses éléments (une policière aussi) pour bloquer la circulation : permettre à un groupe d’élèves de traverser la voie. Cette "poulhote" explique qu’elle dirige l’unité depuis 2009 avec joie et sans complexe.

Chaque matin, elle est sur la brèche dès 6h 30 pour superviser ses éléments sur les différents carrefours. La période de délestage vient alourdir la tâche des éléments de l’Unité mobile motorisée, qui de ce fait reçoivent le renfort des éléments des autres sections.

L’Unité mobile cycliste a même été temporairement dissoute, pour porter uniquement main forte à l’Unité mobile motorisée. Abandonnant les carrefours et autres intersections, nous voilà dans un autre univers : les ouvrages sous tutelle de la Régie autonome de gestion des équipements marchands (RAGEM), l’un des services importants de la commune de Ouagadougou qui bénéficie d’un détachement de la police municipale pour des missions spécifiques. Au marché Nabi Yaar, dans le quartier Zogona, placé sous gestion de la RAGEM, policiers et régisseurs exécutent leurs missions en parfaite harmonie.

Aïda Barry/Cissé, cette autre "poulhote", régisseur de ce marché confie que son équipe est chargée de collecter les fonds (location et taxes) auprès des commerçants et de les reverser. Elle souligne la bonne collaboration avec la police municipale : "lorsqu’il y a recouvrement, ils sortent avec nous sur le terrain et nous assistent". Le chef de poste de Nabi Yaar, Sosthène, précise : "Nous sommes là pour sécuriser les commerçants et leurs biens, faciliter leur paiement et éviter l’anarchie dans le marché".

Depuis l’incendie du Grand marché, Rood Woko en 2003, une bataille contre l’anarchie dans les marchés semble être engagée. A Nabi Yaar, les policiers affectés à ce lieu sillonnent régulièrement les allées pour constater la bonne tenue ou non des étals. Généralement, il y a toujours de la débandade parce qu’il y en a toujours qui ont les marchandises qui débordent sur les allées.

A la vue des policiers, ceux qui sont mal installés s’exécutent à la hâte pour se mettre dans "les rangs". Et nous l’avons constaté. A bord d’une "Kia", véhicule d’intervention que la police municipale utilise pour ce genre d’exercice. Nous avons sillonné quelques allées et à la vue de la voiture, de police les "fautifs" mettent de l’ordre dans leur étals, sous la pression. "Cinq minutes après si vous revenez, vous allez retrouver les mêmes débordements" me confie un policier. Et le remue-ménage reprend de plus belle.

Le marché à bétail de Tanghin, situé au Nord de la capitale. Un dispositif léger de contrôle de police y est permanent. Il se charge tout simplement d’intervenir dans les éventuels conflits entre vendeurs de bétails et dans les "agressions" que des démarcheurs exercent à l’endroit des clients. Dans cet endroit, ce sont les commerçants eux-mêmes qui se chargent de la gestion du marché.

A la gare de l’Est, le détachement de la police municipale de la RAGEM, avec à sa tête Roger Yougbaré, assisté de son adjoint surnommé le "libyen", appuie l’administration de la gare qui se trouve aussi entre les mains des premiers acteurs, les transporteurs. Ainsi, l’équipe de la police municipale sur les lieux veille au paiement des droits de gare obligatoire pour toutes les sociétés de transport (un taux est versé au budget de la RAGEM), évite les chargements et les déchargements hors gare, de même que les "harcèlements" de certains passagers, assurer l’escorte des cars jusqu’à la sortie…

Les enfants de Simon", c’est aussi sur les grands chantiers de la ville qu’on les retrouve. A l’échangeur de l’Est et sur la RN1, en réfection. Mission ? Assurer la sécurité du matériel, permettre aux cammionneurs de se déployer, faciliter les sorties sur les grands axes. Le sous-officier, Frédéric Ouédraogo, et des éléments sont quotidiennement sur la brèche et n’ont de repos que lorsque les engins arrêtent de travailler, souvent tard dans la nuit.

L’un des téléphones de l’officier N’Do sonne, alors que nous avions effectué un détour du côté de la mairie de l’arrondissement de Nongr-massom. On l’informe qu’un véhicule a renversé son chargement, perturbant la circulation, au croisement des voies de Yalgado, Hôtel Silmandé, Dassasgho.

Nous nous rendons immédiatement sur les lieux. Un camion remorque, propriété d’une cave, de retour de la brasserie où il était allé effectuer un chargement de boissons, a déversé une vingtaine de caisse de bière sur le sol. Les débris de bouteille se sont éparpillés sur le goudron. L’odeur de la bière a envahi l’environnement immédiat. Le véhicule ayant obstrué une partie de la voie, des agents s’activent pour faciliter le passage des usagers.

Selon les informations recueillis sur place, le chauffeur en voulant éviter une dame, a freiné brusquement et l’arrière du camion a renversé une grande partie de son chargement. Le cogérant de la cave est sur place et négocie avec les policiers car l’infraction retenue est : l’"embarras de la voie publique", c’est-à-dire obstruction de la circulation, le véhicule doit être conduit à la fourrière…Au regard de la perte déjà enregistrée (bouteilles de bière perdues) et de certaines formalités à remplir à la brasserie, le véhicule, le chauffeur, le cogérant ont finalement été libérés à 14h 30 ! C’est le moment choisi pour avoir du répit au siège de la police.

Répit ? A travers les fenêtres de son bureau, l’officier N’Do me montre la cheftaine de l’Unité mobile motorisée, qui s’apprêtait à entamer son tour des carrefours, je la rejoint pour un bref entretien Elle me confie que l’unité dont elle à la charge est équipée de 71 motos composées de BM600, de JC, de scooters de Kia motors…

Hercule fait des malheurs…

A peine ai-je enregistré ces informations que l’officier N’Do m’informe d’une opération, une "descente musclée" sur des "abatteurs" clandestins d’animaux dans les environs de Ouaga inter. Mais avant, le commandant du corps urbain insiste pour que nous fassions un tour au bistrot, situé dans l’enceinte de la police municipale, pendant que "Hercule" le nom de corde de l’équipe d’opération se mette en place. L’officier N’Do demande au bistrot si je peux terminer rapidement une bière au goulot. Je réponds par la négative. Une boisson gazeuse me fait du bien. Une fois désaltéré nous prîmes place dans le véhicule d’intervention. Je suis installé à l’arrière en compagnie de 4 éléments armés et du photographe Pamtaba, habillé en policier. On me prévient que c’est une opération dangereuse. Car les bouchers peuvent se révolter et se défendre avec leur coupe-coupe et couteaux…

Le véhicule démarre en trombe et gagne le quartier Toyibin. Au passage, devant certaines concessions on me regarde avec pitié, croyant que je suis un "gibier" que les policiers ont cueilli. Dans la première cour censée abriter des abatteurs clandestins, l’incursion a été infructueuse. Les "abatteurs" ont eu le temps de prendre la poudre d’escampette.

"Quelqu’un a eu le temps d’informer de notre arrivée" constate l’équipe. Dans le deuxième site d’abattage, tout le monde n’aura pas le temps de fuir. Dans une intervention musclée, l’un des bouchers qui tentaient de s’échapper est vite rattrapé et menotte sur le champ. Un second, qui s’était caché dans les "Chiottes" est coincé et menotté. La partie de la cour où les bêtes (moutons, chèvres) sont clandestinement abattus, présente un aspect nauséabonde.

Les petits ruminants abattus baignent dans leur sang et dans leur excréments. L’odeur est repoussante. Des habitants de la cour assistent à la scène sans broncher. Les bouchers clandestins sont conduits dans le véhicule, avec les carcasses de moutons. Direction, un troisième site. Le véhicule tourne dans le quartier toujours en trombe et s’immobilise devant une cour. Descente, arme au point.

Trop tard. Les "abatteurs" qui y officiaient, ont détalé, en laissant moutons et chèvres tués ou vivants. Une fouille de la cour ne donne rien. Là aussi, le spectacle n’est pas agréable. Même scénario que dans la cour précédente. Sang et excréments font bon ménage. Carcasses déposés à même le sol. Le "butin" (bouchers, viande) est ramené dans le véhicule. Retour au siège.

Chemin faisant, un des abatteurs est reconnu. Voyant qu’on voulait l’arrêter, il disparaît dans le quartier, laissant sa moto Yamaha et sa chèvre… De retour à la police municipale, le chef de l’Unité mobile véhiculée le sous-officier, Lamine Zio, dont les éléments ont conduit l’opération explique que les interventions sur les cas d’abattage clandestins sont fréquentes. Par jour, a-t-il dit, 5 à 6 appels pour dénoncer des cas d’abattage clandestins sont enregistrés. Dans les cas échéants, les interventions sont immédiates. Les appels sont quotidiens 24h/24. Voilà pourquoi un Poste de commandement radico (PCR) existe et est placé sous la responsabilité du sous-officier Naba Okawé.

Appels pour lynchages, agressions, nuisances sonores

Pas moins de 400 à 500 appels sont enregistrés par jour (y compris les fausses alertes) et émanent le plus souvent des citadins, sur des cas d’abattage clandestins d’animaux, de lynchages, d’agressions, de nuisances sonores, etc. Tous les appels passent par le PCR et ses animateurs les dispatchent à chaque chef d’unité en fonction de la nature de la plainte. Une fois que les chefs d’équipe sont informés, l’exécution est immédiate. Mais à cause du manque de moyens de matériel roulant, des opérations peuvent connaître des retards dans leur exécution.

Quoiqu’il advienne, tous les appels et toutes les interventions sont portées à la connaissance du commandant du corps urbain, l’officier N’Do. Le PCR est doté de matériel "performant" venu de la Chine (Taïwan). Du fait de son fonctionnement en continu, 9 agents repartis en 3 équipes se relaient. Après le PCR, avec ces incessants appels, un autre tour nous amène sur l’avenue TV5 (circulaire) où la circulation est dense à l’heure de la descente le soir, puis au grand marche Rood Woko. Là, la mission principale des 43 éléments, coiffés par un officier et 3 assistants est de faire respecter la zone piétonne et empêcher les installations anarchiques. Rood Woko et la police municipale ? L’évocation de ce duo fait penser aux échauffourées entre policiers et les jeunes commerçants ambulants, qui peuplent la rue Urbain Yaméogo. Mais actuellement c’est le calme plat entre les deux camps "ennemis".

Cap sur l’hôtel de ville où est présent un détachement de 33 agents. Leur chef, le sous-officier, Oumar Traoré, n’a pas le temps de terminer la présentation des missions de son unité. Nous devons retourner rapidement au siège, pour nous joindre à une équipe d’intervention prête à descendre sur un site d’abattage clandestins de bœufs. Sur le chemin du retour, l’embouteillage sur l’avenue Bassawarga, ralentit considérablement notre marche. Finalement, l’équipe d’intervention ira sans nous.

Nous regagnons quand même le QG de la police municipale. Il est au-delà de 19h. La fatigue se fait de plus en plus sentir. Le directeur adjoint s’informe sur mon "séjour" chez eux et m’annonce (sur un ton de plaisanterie), que je dois rester jusqu’à minuit voire jusqu’au lendemain matin.

De toutes les façons, chez les corps habillés, il faut s’attendre à tout. La suite me donne raison. Une opération de contrôle d’éclairage d’engins à deux roues est prévue à 20h. En attendant que les équipes soient prêtes pour leur déploiement dans les différents feux tricolores, je m’installe derrière un groupe d’agents suivant bruyamment un match de champion’s league de football.

Le déploiement a commencé. Mais notre véhicule refuse de démarrer. Etait-il aussi gagné par la fatigue ? Je retourne au match en attendant…Après plusieurs tentatives le véhicule répond enfin. Direction, un des carrefours au quartier Pag Layiri. Scénario habituel. Les usagers sont accostés aux feux "Bonsoir Monsieur (madame). Contrôle de police. Les pièces de la moto s’il vous plaît". Ou bien "votre feu rouge ne s’allume pas. Garez à côté". Ceux qui ont leur pièce sont libérés.

Ceux qui ne sont pas en règle verront leurs engins embarqués. Mais avant, ils engageront des séances d’explications, de négociations…Ensuite, la séance des appels, qui pour informer de la situation d’infortune pour une éventuelle intervention en haut lieu, qui pour alerter un membre de la famille ou une connaissance, afin d’amener les pièces de la moto, avant qu’elle ne soit embarquée…dans l’espoir de pouvoir rentrer avec. Le sous-officier, Halidou Tinto, officier de permanence et coordonnateur de l’opération est obligé de nous abandonner pour s’acquitter de la mission de supervision des autres sites de contrôle. Nous n’allons pas le suivre, parce que quelques minutes plus tard nous sommes informés qu’un débile mental agressait des habitants dans le quartier Gounghin.

Nous attendons l’équipe d’intervention aux feux ou les contrôles de police se déroulent. Nous faisons ensuite chemin ensemble. La recherche du fou n’est pas facile car l’on a du mal à le localiser. Finalement, il est retrouvé. Difficile d’imaginer, que c’est ce bonhomme tranquillement couché sur le dos, indifférent à l’attroupement autour de lui, qui a fait courir tant de monde. Il est arrêté sans résistance et conduit dans le véhicule.

Ce "dérangé mental" n’est pas un inconnu de la police municipale et serait un individu qui se livre à la consommation des stupéfiants. Et c’est la deuxième fois qu’il était appréhendé. Des riverains racontent qu’il était propriétaire d’un atelier et a fait faillite… Avec l’arrestation du fou de Gounghin, l’officier N’Do decida enfin de siffler la fin de cette folle journée. Il était 21h 30.

Gabriel SAMA


Le directeur de la police municipale à propos des plaintes…

Une chose est certaine. Il n’est pas bon que lorsque vous accomplissez un service, que vous ayez tout le temps des plaintes. On n’est pas content de savoir que la population se plaint de nos éléments.

C’est sur le respect du code de la route qu’il y a généralement des plaintes. Mais sur 100 personnes qui se plaignent, vous vous rendrez compte que 95 d’entre elles n’ont pas raison. En effet, la plupart des usagers de Ouagadougou ne connaissent pas le code de la route. D’ailleurs, le code que nous appliquons n’est pas celui qui est reconnu universellement.

A un certain moment, la population a le sentiment que nos agents travaillent mal. Alors que ce sont les usagers qui circulent très mal. Et cela n’est pas bien.

Que ce soit la police municipale ou un autre corps qui mette l’accent sur le respect du code de la route ce sera toujours la même chose, tant que les usagers ne changent pas de mentalités. Vous voyez que la population augmente et les voies deviennent étroites. Ce qui veut dire que si les usagers ne changent pas de comportement, les choses seront plus difficiles. Nous n’aimerions pas que demain, ce soit la loi de la jungle qui s’installe ici.

Au sujet de la corruption que vous avez évoquée, rien ne justifie le fait qu’un policier prenne de l’argent avec quelqu’un. Rien ne justifie également qu’un usager qui brûle le feu, donne de l’argent pour pouvoir passer. Si vous êtes en infraction, vous devez suivre la procédure et pouvoir vous en aller. Et non pas prendre des raccourcis. Que ce soit le policier ou l’usager qui prend ou qui donne de l’argent, ils sont tous coupables.

Lorsque nous tombons sur des cas de ce genre, nous allons directement au niveau de la police nationale. Mais que se passe-t-il ? Si vous déferez quelqu’un en moins de 24 h, la personne sort à cause des multiples appels et interventions…

Alors que chez nous lorsque nous découvrons qu’un policier a pris quelque chose, il passe automatiquement en conseil de discipline. Voilà pourquoi, nous demandons aux usagers de dénoncer les policiers qui réclament de l’argent…

G.S.


Un taureau chez les flics

Athanase Moussiané, surnommé le taureau du Nayala, est bien connu dans le domaine de la lutte traditionnelle au Burkina, pour avoir régné en maître absolu dans cette discipline sportive. Le taureau est policier municipal depuis huit ans. Membre de l’unité mobile véhiculée (interventions chocs sur le terrain), le lutteur devenu policier ou le policier-lutteur tout court, affirme avoir été bien accueilli à la police municipale et s’y plaît.

N’a-t-il pas effrayé certains de ses coéquipiers ou des promotionnaires à son arrivée à la police ? Négatif. Nombreux sont ceux qui se sont réjouits de sa présence et certains ne le connaissaient même pas, raconte-t-il. A en croire Moussiané, il n’a pas abandonné la lutte pour la police. Celui qui a pris ses distances avec les arènes sur le plan local, à cause de son poste d’entraîneur national de lutte, dit encore posséder toutes ses capacités à prendre part aux compétitions internationales. Le cas échéant, le taureau est libéré de ses obligations professionnelles, dans la mesure où la fédération dépose auprès de sa hiérarchie, une autorisation et le ministère des Sports, une réquisition.

La passion de la lutte a germé en Athanase Moussiané depuis sa tendre enfance et il a du mal à l’abandonner. C’est en 1994 que le futur taureau a commencé à être connu à travers les championnats provinciaux. En 1995, il participe au championnat national et depuis cette date, la couronne ne le quitte plus jusqu’à l’édition 2006 où il enregistre une "surprenante" défaite. Moussiané redevient champion en 2007 et 2008. Après ces sacres, il a préféré prendre sa retraite au plan national et mettre son expérience au profit des plus jeunes.

Le taureau peut exhiber un palmarès éloquent : 13 fois champion national, 3 fois vice champion d’Afrique, médaillé d’or de la Francophonie…

G.S.


Pamtaba ou la passion de l’art

Adama Pamtaba a commencé le théâtre depuis les années 1992. Mais quand il a intégré la police municipale en 1997, il a vite compris qu’il lui serait difficile de pratiquer les deux métiers. L’un et l’autre étant exigeants, son choix s’est donc porté sur la tenue et à la police municipale, il joue le rôle de chargé de communication.

Si Pamtaba a pu abandonner le théâtre pour la police, cela n’a pas été le cas pour le cinéma. Moins exigeant que le théâtre, le cinéma a amené le policier municipal à se retrouver sur plusieurs plateaux de tournage où il a incarné de multiples rôles dont ceux de policiers dans certains films. Celui que ses collègues surnomment la star, confie avoir joué dans une soixantaine de films.

On retiendra qu’il a apparu dans presque tous les films de Boubacar Diallo, dans les deux séries de Aminata Diallo/Glez, "3 hommes, un village" et "3 femmes, un village", dans le film "un fantôme dans la cité", de Aboubacar de Sidnaba. L’acteur policier dit aussi avoir travaillé avec Gaston Kaboré et avec des réalisateurs mozambicains et sud-africains.

Pamtaba a plusieurs cordes à son arc et en plus de la photographie, il a indiqué avoir bénéficié de stages en réalisation, en vidéo, en montage, en numérique, en graphisme, en scénarisation.

Dans son ambition d’être multidimensionnel, le policier photographe a entrepris de suivre des enseignements à distance, dans le domaine de la communication d’entreprise.

Tout cela, dans le but dit-il, d’être utile au service et pouvoir "s’en sortir". Mais toutes les activités extra-professionnelles, ne pouvaient être possibles sans la bienveillance de la hiérarchie, à qui le policier multimentionnel dit avoir un devoir de reconnaissance. Car la hiérarchie a peut-être compris qu’elle avait besoin d’un élément qui joue sur plusieurs registres…

G.S.

Sidwaya

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