MASSACRE DES ENFANTS DE SOWETO : Triste anniversaire dans la gloire du football

L’image a fait le tour du monde. A elle seule, elle a conscientisé le monde sur l’enfer que vivaient les Noirs sud-africains sous le régime de l’apartheid. C’est la photo de cet écolier tenant dans ses bras un autre plus jeune, fauché par une balle, avec à côté une fille en larmes. Cet innocent enfant est une des nombreuses victimes de la barbare répression des émeutes de Soweto, le 16 juin 1976. En ces années de braise-là, refuser d’adopter l’afrikaans, la langue de l’apartheid, pouvait vous valoir la mort. C’est ce refus conscient qui a amené les élèves à manifester et à se faire massacrer.

Les manifestations violentes se succéderont jusqu’en 1977, faisant des centaines de morts ; en même temps, ce soulèvement fut le point de départ d’une révolte générale, qui fera tomber le régime ségrégationniste. Depuis, personne, en Afrique du Sud n’a oublié cette funeste journée du 16 juin 1976, commémorée là-bas sous le nom de "Journée de la jeunesse". Trente-quatre ans après cette tragédie, on peut dire que les enfants de Soweto ne sont pas morts pour rien. L’Afrique du Sud libre, débarrassée de la férule de l’idéologie raciste, a atteint le sommet de la gloire en abritant l’un des plus grands événements de la planète, la coupe du monde de football.

Cette année, la commémoration de la journée de l’enfant africain, le 16 juin, prend à ce titre un relief particulier. Car personne ne s’imaginait, en 1976, que l’Afrique du Sud aurait ce visage aujourd’hui. Aucun des pays africains indépendants depuis un demi-siècle ne rêve d’abriter une telle manifestation alliant confiance internationale, savoir-faire technologique et moyens financiers colossaux. L’hommage aux enfants de Soweto n’en est donc que plus appuyé, le pays de Mandela n’étant plus le souffre-douleur du continent. Il a beaucoup progressé et pris une revanche sur sa longue et douloureuse histoire. Le pays vit une forme de réhabilitation.

Et la coupe du monde n’est qu’une des facettes de l’extraordinaire essor du pays. Les enfants de Soweto tués par les balles assassines de l’apartheid, du fond de leur tombe, peuvent se sentir consolés. Les larmes et le sang de 76 ont fertilisé de façon féconde la lutte pour l’émancipation conduite par Nelson Mandela. De façon consciente ou non, le monde entier commémore, à travers le Mondial, la mémoire des martyrs de Soweto. Depuis 1991 qu’elle a été instituée par l’OUA (devenue UA), la journée de l’enfant africain n’a jamais autant pris cette dimension internationale. La présence massive des médias, des personnalités et de tout ce public sportif permet de rendre visible la cause des enfants africains et, au-delà, celle de l’ensemble du continent.

Le 16 juin doit être en effet un point d’appui pour avancer. Il n’est pas question de commémorer cette date de façon contemplative. L’Afrique a encore des défis à relever, des espaces de liberté à conquérir, une économie à développer, un bien-être à partager. A l’instar de l’Afrique du Sud qui a bâti, à partir des événements de Soweto, un destin meilleur, le continent entier doit s’inscrire dans l’action permanente en faveur d’un mieux-être de ses enfants, donc d’un meilleur avenir. Bien sûr, la cité-symbole de Soweto elle-même est encore traversée par des inégalités criardes, que l’après-apartheid n’a pas réussi à gommer.

Mais au moins, les habitants de ce township ont conquis un des biens les plus précieux qui soient, la liberté. L’édition 2010 de la journée de l’enfant africain a pour thème “ la planification et la budgétisation pour le bien-être de l’enfant, une responsabilité collective ”. Au-delà de la célébration ponctuelle, les dirigeants et acteurs du développement sont interpellés sur la nécessité d’inscrire la question de l’enfance au cœur des politiques de développement. Si les autres années, la commémoration de cette journée s’est faite dans l’indifférence, le mondial aidant, elle a connu un accent particulier. Reste à entretenir la flamme ainsi allumée, pour que le sacrifice des enfants de Soweto ne soit jamais vain.

"Le Pays"

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