GOUNGA NAABA, MINISTRE DU MOOGHO NAABA : « Le chef légitime de Komtoèga est intronisé à Ouagadougou »

Tous ceux qui viennent se faire introniser à Ouagadougou chez le Moogho Naaba passent forcément par le Gounga Naaba qui est le ministre en charge de l’infanterie du chef suprême des Mossé. Au regard de cette position, le Gounga Naaba a joué un rôle clé dans l’intronisation, en 2005, du chef du canton de Komtoèga dans la province du Boulgou (région du Centre-Est). Au regard du bicéphalisme qui prévaut dans ce canton (un oncle et son neveu se réclamant chacun chef), nous avons rencontré le Gounga Naaba pour savoir ce qui s’est passé pour que l’on arrive à cette situation qui a pris en otage la stabilité et le développement de ce canton. D’emblée, le Gounga Naaba assène :"Pour être chef légitime de Komtoèga, il faut être intronisé à Ouagadougou par le Moogho Naaba".

"Le Pays" : Vous êtes celui par qui les prétendants à la chefferie vacante de Komtoèga sont passés pour aller chez le Moogho Naaba. Qu’est-ce qui s’est passé pour qu’on arrive aujourd’hui à une situation de deux chefs pour un même canton ?

Gounga Naaba : Pour être chef légitime de Komtoèga, il faut être intronisé à Ouagadougou par le Moogho Naaba. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Pour preuve, et pour ce que je sais en tout cas, l’arrière-arrière-grand-père du chef actuel de Komtoèga (NDLR : Naaba Sembdo) a été intronisé par le Moogho Naaba. Et à ce qu’on dit, il a donné une femme à mon père parce qu’ils étaient des amis. Le grand-père de Naaba Sembdo a été aussi intronisé par le Moogho Naaba. J’ai connu ce grand-père. Ce fut la même chose pour le défunt père de Sembdo et c’est moi même qui l’ai conduit auprès du Moogho Naaba. Ces exemples prouvent que pour être chef légitime de Komtoèga, il faut être intronisé à Ouagadougou par le Moogho Naaba.

Sébastien qui s’est auto-proclamé chef de Komtoèga (NDLR : sous le nom de règne Naaba Tanga 2) est venu me voir à plusieurs reprises pour que je le conduise auprès du Moogho Naaba. C’est le ministre Alain Yoda qui a introduit la candidature de Sébastien pour la chefferie vacante de Komtoèga. S’ils sont venus me voir pour que je les conduise auprès du Moogho Naaba, c’est qu’ils reconnaissent que pour être chef légitime de Komtoèga, il faut être intronisé à Ouagadougou. A ce qu’on dit, Sébastien m’accuse d’avoir détourné la vigilance du Moogho Naaba pour que Sembdo soit intronisé sinon c’est lui qui allait l’être. Mais cela n’est pas vrai car je n’ai jamais demandé au Moogho de nommer le jeune au détriment de Sébastien. Et je vais jusqu’à dire que Alain Yoda, que je connaissais bien avant l’affaire de la chefferie, est venu me voir pour que j’appuie la candidature de Sébastien.

C’est dire que tous ceux qui cherchaient à me voir savent que les problèmes coutumiers de Komtoèga passent par le Gounga Naaba. Au moment où Alain Yoda venait me voir, je n’étais pas au courant de la candidature du jeune prince. Et j’étais prêt à appuyer Sébastien surtout que l’on dit que le fils aîné du défunt chef est petit et c’était mieux de donner la chefferie à un homme mûr qu’à un enfant. Mais à ma grande surprise, il y a eu le jeune prince qui, au départ, s’était trompé en passant par le Kamboin Naaba (NDLR : ministre du Moogho Naaba en charge de la gestion de la cour royale) pour se faire introduire chez le Moogho Naaba alors qu’il faut passer par le Gounga Naaba. Aussi, nous avons appris par la suite que le Moogho Naaba avait une préférence pour le jeune prince. A partir de ce moment, il était difficile de soutenir la candidature de Sébastien.

Nous n’avons plus donc fait de démarche dans ce sens. Néanmoins, nous lui avons donné les conseils nécessaires. J’ai dit à Sébastien qu’en tant qu’oncle du jeune homme, il faut qu’il le prenne en mains car s’il se fait introniser, ce sera en réalité lui le chef. Mais je me suis rendu compte qu’il ne m’a pas écouté et a préféré s’auto-proclamer chef au lieu d’aider son neveu. Et puis laissez-moi vous dire qu’à l’approche du jour de l’intronisation, Sébastien est venu solliciter un report de la date qu’il avait lui même choisie parce qu’il n’était pas prêt. Je suis allé négocier cela avec le Moogho Naaba qui a accepté, ce qui est une chose rare. Je lui ai rendu compte. Après, je n’ai plus revu Sébastien mais le jeune continuait à venir me voir chaque fois en compagnie d’un militaire. Ce qui m’a d’ailleurs amené un jour à demander au militaire si c’est lui le prétendant ou bien c’est le jeune homme. Il m’a juste répondu qu’il accompagne le jeune homme et je lui ai fait savoir que si c’est le cas, c’est digne de sa part. J’ai attendu en vain Sébastien et j’ai fini par conduire le jeune auprès du Moogho Naaba qui l’a intronisé. Je n’ai plus revu Sébastien jusqu’à ce que j’apprenne qu’il s’est auto- proclamé chef de Komtoèga.

Qu’avez-vous fait quand vous avez appris son autoproclamation ?

Rien. Absolument rien.

N’est-ce pas parce que vous n’avez pas réagi au départ que la situation perdure ?

Qu’est-ce que je devais faire ?

Rappeler par exemple à l’oncle qu’il n’est pas légitime parce que non intronisé par le Moogho Naaba…

Il le sait. Il sait bien qu’il n’est pas légitime. Pourquoi cherchait-il à se faire introniser par le Moogho Naaba ? C’est parce qu’il sait que pour être légitime, il faut forcément passer par Ouagadougou. Je n’ai donc pas besoin de le lui rappeler.

A votre avis, l’oncle n’a-t-il pas agi finalement dans la logique de ceux qui disent que les prétendants à la chefferie des Bissa n’ont pas besoin de se faire introniser à Ouagadougou pour être légitimes ?

Combien de chefs de cantons bissa se sont-ils introniser à Ouagadougou ? Il y en a plusieurs et ce n’est donc pas Komtoèga seulement qui est dans cette situation. Il y a par exemple Niaogho. De toute façon, toute chose a un commencement.

Savez-vous si le Moogho Naaba a fait quelque chose par rapport à cette situation qui remet en cause son choix ?

Le Moogho Naaba ne peut pas faire quelque chose dans ce sens sans que je ne sois au courant.

La chefferie de Ouagadougou est donc restée passive même quand le jeune chef a interpellé par exemple le Moogho Naaba dans une lettre sur les intentions de son oncle d’introniser le 1er mai dernier des chefs de village au mépris des troubles que cela pourrait provoquer !

C’est moi même qui ai introduit la lettre en question auprès du Moogho Naaba. Mais je ne pense pas que le Moogho ait réagi. Il a peut-être ses raisons que j’ignore. Les oncles de Naaba Sembdo ont même demandé une audience auprès de lui pour lui expliquer la situation.

Doit-on comprendre que le rôle du Moogho Naaba se limite aux intronisations des chefs sans se préoccuper des difficultés auxquelles ils pourraient être confrontés après chez eux ?

Non. Le Moogho Naaba peut aider les chefs qu’il a intronisés à résoudre leurs problèmes s’il y en a qui dépassent leurs compétences.

A votre avis, quelle peut être la solution à cette situation de deux chefs pour un même canton ?

En fait, la situation est politisée. Néanmoins, je pense que le Moogho Naaba peut résoudre le problème. Il peut par exemple rencontrer le ministre Alain Yoda qui, quoi que l’on dise est impliqué, pour trouver une solution.

Propos recueillis par Séni DABO

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