L’image du Noir dans les publicités pour les boissons

banania-00-1920 La fête du foot en Afrique du Sud bat son plein. Sur nos écrans de télévision, en boucle, des publicités de tout genre. Mais l’image de l’homme noir véhiculée et associée aux boissons n’est pas du goût d’un télespectateur. Humeur.

Tous ceux qui ont suivi les matches de football à la télévision, et particulièrement durant la période de la CAN, ont été saoulés par les publicités autour de certaines boissons alcoolisées. La Coupe du monde donnera encore l’occasion à nos publicistes de nous en redonner, jusqu’à plus soif, des images aberrantes où la rapacité le dispute à l’irresponsabilité. La plus ancienne des réclames qui me reste en mémoire est celle où, lors d’un match de football, le ballon tombe dans un camion qui passait à côté du terrain.

Joueurs, supporters et autres spectateurs se ruent derrière le véhicule et d’aucuns même se défièrent en sprint pour arriver à l’arrêter au prix d’une course folle. Une fois la carrosserie ouverte, les poursuivants s’aperçoivent que le camion transportait une certaine bière à forte teneur d’alcool. Du coup, ils oublient ce pourquoi ils avaient engagé la poursuite (le ballon), et se ruent sur les caisses, vandalisant ainsi le camion pour s’adonner à leur plaisir atavique : l’alcool, qu’ils vident au goulot sans se soucier de toute autre forme de commodité, et disant ainsi adieu au match.

L’objet tant convoité

Moralité : face à cet alcool, le jeune Noir ne peut plus se maîtriser et oublie ses activités, même les plus saines, pour se consacrer à un vice. Plus insidieusement, le message pourrait être celui-ci : « Jeunes Africains, rien ne sert de faire du sport tant qu’il y a de l’alcool ; buvez ! Quant au sport, on verra après ». Et pourtant, on se dit supporter du football alors que l’on creuse la tombe de ce sport tant adulé. Plus outrageante est la toute dernière qui est censée faire l’apologie du nouveau produit de notre brasserie nationale : « En Afrique, vivez vos rêves, vivez vos passions ……Vivez (33 Export), supporter n°1 du Football ».

Déclamé sur un ton pathétique sur des images d’Africains jeunes et adultes qui courent vers « leur rêve et leur passion » que l’on exalte sans définir ; le téléspectateur ou l’auditeur reste tendu, attentif pour savoir quels objectifs font courir tant de générations, quel est ce rêve, quelle est cette passion. Enfin, voici l’objet tant convoité : « L’alcool, la bière particulière (33 Export,) supporter n°1 du football ». Pauvre peuple d’Afrique ! Tes rêves et tes passions se résumeraient donc à vivre accroché à UNE BOISSON ALCOOLISEE !!! Aller jusqu’à élever une boisson en rêves et passions pour les Africains est simplement avilissant.

C’est loin d’être vrai

De fait, pour notre jeunesse et les couches les plus vulnérables de la société, cette marque de boissons fait assimiler la consommation d’alcool à l’amélioration de la performance physique, à la réussite sociale, au luxe et au confort matériel. Ce qui est pourtant loin d’être vrai. Ces publicités n’informent pas (pourtant, elles le devraient), mais incitent tout simplement le public à consommer sans modération. Elles mettent toujours en exergue l’attrait, sinon l’amour de la communauté noire, notamment celle d’Afrique, pour tout ce qui est alcool. Elles sont injurieuses pour notre image et s’affichent comme des stigmatisations de la race noire.

De telles publicités ne peuvent pas prospérer sur un autre continent alors qu’ici on ne prend même pas la peine de faire observer que l’abus de l’alcool est nuisible pour la santé. On se serait attendu à des réactions des pouvoirs publics ou de structures telles que l’Institut des Peuples Noirs pour fustiger ces publicités qui sont non seulement préjudiciables à la santé des populations, mais aussi dégradantes pour l’image de tous.

Face à cette démission, et convaincu que bien des personnes se sont senties blessées comme moi dans leur amour-propre par ces publicités, je suggère qu’une association de lutte contre la promotion de l’alcool se crée et s’attelle, entre autres objectifs, à lutter contre la stigmatisation des Noirs dans les publicités pour l’alcool afin d’obtenir, par des moyens légaux et des campagnes de sensibilisation et de boycott, le retrait de ces publicités des écrans africains, en général, et burkinabè, en particulier.

Peut-on passer sous silence cette autre publicité non moins dangereuse, voire criminelle, qui incite les enfants à braver les incendies ou les courts-circuits pour une bouteille d’une célèbre boisson gazeuse ? Même au prix de la vie de nos enfants, on veut se faire de l’argent. Quand même ! Je pense que même pauvres, nous avons aussi droit au respect.

Gabriel SAWADOGO

L’Observateur Paalga

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