Editorial de Sidwaya : Le tourisme, l’autre mine pour le développement

Le ministère de la Culture, du Tourisme et de la Communication (MCTC) fait en ce moment, la promotion de ce qui paraît bien être le parent pauvre de nos projets de développement : le tourisme. Et pourtant ! Les spécialistes savent que le tourisme est une véritable mine… pour le développement du Burkina Faso.

Filippe Savadogo, ministre de la Culture, du Tourisme et de la Communication, ne lésine ni sur les moyens, ni sur la manière. A dos d’âne ou de dromadaire, il parcourt les sites touristiques du pays des hommes intègres ; de très belles images du Burkina récoltées au cours de ces excursions, commencent à apparaître sur les écrans de télévision du monde entier.

Mais les Burkinabè ont-ils suffisamment confiance en eux-mêmes, en leurs histoire et géographie, en leur culture, en l’originalité de leur environnement humain et non humain, en la diversité de leur manière de voir et de vivre, au foisonnement de leurs créations artisanales, artistiques et culinaires, en la particularité du contact humain qui est le leur, en la beauté et en la souveraineté de leur soleil à nul autre pareil, …pour faire du tourisme, un facteur important de leur développement ? Savent-ils que dans un pays de service, le tourisme est un pan très important de l’économie ?

Il en est ainsi parce que les activités touristiques constituent une composante importante de la balance des paiements ; c’est l’essentiel de la balance des invisibles qu’il faut œuvrer à valoriser, à en faire la principale composante de la balance des paiements, car elle peut combler le déficit que pourrait engendrer la balance commerciale.

Ce que les touristes étrangers veulent voir au Burkina et ailleurs, c’est du jamais vu. Ceux qu’ils veulent entendre, c’est ce que nul n’a jamais entendu. Le voyage et le dépaysement sont les deux composantes importantes du tourisme.

Le tourisme ressemble à un pèlerinage sur plusieurs points. Sur le point d’attraction d’abord : ce que le pèlerin et le touriste se hâtent d’aller voir ou d’aller rencontrer, c’est un « lopin du ciel » descendu sur terre pour le premier, et « un lopin du paradis » devenu site touristique, pour le second. Le contact avec ce lopin, qu’il soit céleste ou paradisiaque, a une fonction curative. Sortir de chez soi, se sentir bien où que l’on se rende. Le pèlerin regagne ses pénates chargé de choses saintes ou sanctifiées, le touriste ne se prive pas d’objets spécifiques, représentatifs et parfois rares et chers.

Des pèlerins revenant des terres saintes croisent dans les salles d’attente des aéroports d’heureux touristes chargés de bibelots et autres souvenirs qui trôneront dans les salons et autres lieux du domicile. Comment ne pas admirer, à l’aéroport, ce qui, ailleurs, se révélerait insignifiant : des tresses en « noir blanc », allant dans tous les sens : du front vers la nuque et vice versa, de la tempe gauche vers celle de droite, et vice versa. C’est très beau parce que c’est exotique.

Il y a aussi, parfois des pantalons plutôt bouffons mais que leurs porteurs présentent comme étant d’authentiques pantalons bouffants burkinabè. On se laisse convaincre, non par les vêtements, mais par la conviction de ceux qui les portent. Ils épousent ainsi une partie de notre culture, une partie de nous-mêmes. Le tourisme, c’est aussi ce jeu lucratif. Pour deux raisons, il y a à craindre que les Burkinabè ne jouent pas à fond ce jeu.

Primo, les Burkinabè sont enclins, par je ne sais quelle modestie, à se sous-estimer et à compter pour rien leurs propres chefs-d’œuvre. Des sites qui font rêver le monde entier comme Oursi, Sindou, etc., sont mis sous éteignoir par « les hommes intègres ». Un expatrié naturalisé burkinabè a dit un jour : « les Burkinabè sont riches. Mais, il faut qu’ils atteignent un haut niveau de progrès pour s’en rendre compte. » Une phrase que tout Burkinabè devrait méditer.

Secundo, le tourisme national, celui qui conduirait les burkinabè à visiter le Burkina, est très pauvre. Pourtant, ce que le touriste ou le pèlerin burkinabè trouve ailleurs n’est pas totalement absent de notre pays. Il y a des paysages de rêve et il y a des lieux saints sur la terre du Faso. Les Burkinabè savent-ils qu’en plus des ruines de Loropéni, la Mosquée de Bani et la Tombe de feu Alfred Diban sont la cible de touristes et de pèlerins étrangers ?

Le proverbe dit qu’on peut être couché sur une natte tissée d’intelligence sans le savoir. Ne pas le savoir est une chose excusable. S’appliquer à l’oublier est condamnable.

Par Ibrahiman SAKANDE (sakandeibrahiman@yahoo.fr)

Sidwaya

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