FAUT-IL OU NON IMPLIQUER LES CHASSEURS DOZOS DANS LA LUTTE CONTRE L’INSECURITE ?

L’insécurité, on le sait tous, fait partie des grands maux de notre pays depuis quelques décennies. Pour y remédier, les autorités en charge de la sécurité ont opté, depuis un peu plus de cinq années, pour la police de proximité. Cette police de proximité fait appel au citoyen lambda, qui s’organise en comité dans les villes et campagnes pour jouer des rôles précis en matière de dénonciation et de traque des « méchants ». Sont de ces « citoyens tout bien faits », certains chasseurs traditionnels et pas des moindres. Sous nos cieux, on les appelle des Dozos.

Chasseurs depuis les ancêtres, on les dit être investis de pouvoirs, être invincibles aux balles et dotés de la capacité de se rendre invisibles. A Ti, localité située dans le département de Tansila dans les Banwa, ces chasseurs se sont montrés efficaces, en menant des actions dans cette traque aux bandits de grands chemins, au Burkina et par moments au Mali voisin. Mais tout le monde n’est pas unanime sur l’opportunité de les impliquer dans cette lutte. Il y a bien des réticents, au nombre desquels, Tozi. Tomi essaie tout de même de le convaincre du contraire. Deux sons de cloche.

LES DOZOS SONT ABSOLUMENT INCONTOURNABLES

Le 2 août de l’an dernier, le Tribunal de grande instance de Dédougou condamnait monsieur Seydou Mamadou Diarra à 18 mois de prison ferme. Ce dernier servait d’éclaireur aux bandits de grands chemins opérant dans un pays voisin, et s’était fait complice de braquages. Il a été rattrapé dare-dare par les chasseurs Dozos de la localité. Une action parmi tant d’autres qui vient démontrer toute l’importance de l’implication de ces chasseurs dans la gestion de la criminalité en général. Un exemple à saluer quand on sait que personne n’est à l’abri du phénomène et que la lutte contre le banditisme ne saurait être l’affaire des seuls services de sécurité.

Autre motif pour les engager, il s’agit des valeurs que respecte fondamentalement le chasseur Dozo. N’est pas Dozo qui veut l’être. Est Dozo celui qui a reçu une formation traditionnelle digne de ce nom, qui a assimilé différents enseignements et qui a fait preuve d’intégrité et d’humilité. Dans la confrérie Dozo, le Dozo doit être un exemple de probité, il ne peut s’adonner aux vices : mensonge, vol, jalousie…. Le « dõsoya » (être Dozo ndlr) est synonyme de vertu et de respect. Respect des anciens et des ancêtres, respect de la hiérarchie, respect de l’autre, respect des codes de bonne conduite et de bonne moralité.

Le Dozo doit avoir un sens très élevé de l’honneur, de la dignité, de la loyauté et de l’humilité. Ce cocktail de valeurs fait d’eux des personnes incontournables dans un combat généralisé contre le grand banditisme. Les propos de l’un d’entre eux au sujet de leurs actions servent à nous convaincre : « Nous avons maintes fois été menacés par des bandits que nous avons appréhendés et remis aux autorités policières. Cependant, cela n’émousse pas outre mesure notre volonté car nous disposons de pouvoirs mystiques et occultes pour mener notre combat ». Poursuivant, ce vieux Dozo ajoute : « …Dieu aidant, nous connaissons l’antidote des malfaiteurs, ce qui nous a permis d’appréhender une trentaine de malfrats qui sont en prison à Dédougou et à Yorosso au Mali ». Qui dit mieux ?

TOMI


CETTE LUTTE AVEC LES DOZOS, C’EST UN SERPENT QUI AVALE SA QUEUE

Au tout début de l’initiative « Police de proximité », les gens les plus prudents ont appelé à tout faire pour minimiser les abus. Ils avaient souhaité que les membres des comités de police de proximité soient discrets, dignes de foi et en sécurité. Ils avaient aussi martelé qu’aucune personne ne peut se substituer à la loi pour faire la loi. La police de proximité devait donc être une initiative qui permette aux citoyens de concourir à leur propre sécurité, en donnant l’information qu’il sied aux forces de sécurité, afin que ces dernières appréhendent si nécessaire les fautifs selon les règles et lois en vigueur. L’initiative ne dit pas de créer des milices antivol ou anti-crime dans les villages et campagnes de notre pays. Les chasseurs Dozos, aussi vertueux qu’ils soient, ne sont pas habilités à arrêter des gens et à les traîner à la gendarmerie et à la police. Ce n’est vraiment pas de leur ressort. En plus, les chasseurs Dozos, dans la société traditionnelle, ne sont pas chargés de la sécurité des biens et des personnes.

Ce sont juste des chasseurs d’animaux qui sont censés avoir « des pouvoirs » et « des valeurs » que les autres n’ont pas (…). Ils ne peuvent pas être impliqués comme des hussards dans cette lutte contre le banditisme. D’ailleurs, ils ont déjà bien démontré qu’ils ne sont pas capables de jouer un rôle plus simple dans la lutte anti-banditisme quand ils affirment qu’ils ont « l’antidote des malfaiteurs » et qu’ils les « appréhendent » pour les remettre à la police. Il faudrait d’abord qu’ils le prouvent aux yeux des autorités ! Non, il faut les cantonner à leur rôle traditionnel, point, trait. Il y a encore du gibier à chasser au Faso, qu’ils s’en occupent. Et d’ailleurs, pourquoi leur donne-t-on ce pouvoir ? Dans ces conditions, pourquoi n’appelle-t-on pas officiellement les sociétés de gardiennage dans la lutte contre le banditisme ? Si l’on n’y prend pas garde, cette police de proximité, sur laquelle il y a déjà à redire, composée dorénavant en partie de Dozos, court à sa propre perte. Et ce serait vraiment dommage !

TOZI

San Finna

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