« On se croirait en Afrique ici ! » : un ancien préfet jugé à Créteil pour injures raciales

"On se croirait en Afrique ici !" : pour avoir lâché cette phrase à l’aéroport d’Orly, l’ex-préfet Paul Girot de Langlade doit répondre mardi d’injures raciales devant le tribunal correctionnel de Créteil après avoir accusé Brice Hortefeux d’avoir "orchestré" cette affaire.

Le 31 juillet 2009, M. Girot de Langlade, alors préfet hors-cadre chargé des Etats généraux de l’Outre-Mer, est en transit à Orly en compagnie de son épouse.

Le temps presse mais au moment du contrôle, l’alarme retentit et le ton monte avec les agents de sécurité qui reprochent au haut fonctionnaire de se plier de mauvaise grâce aux consignes et de vouloir "passer en force", selon le mot d’un des trois plaignants.

Une certaine confusion s’ensuit et, en quittant le portique, M. Girot de Langlade s’emporte : "On se croirait en Afrique ici !", dit-il.

Devant les enquêteurs, il reconnaît ces propos mais récuse toute connotation raciste. "Cela a été le bordel le plus complet (…) si le contrôle avait été rigoureux, j’aurais pu aussi bien dire +on se croirait en Asie ou en Amérique+", déclare-t-il, assurant ne jamais avoir évoqué la couleur de peau des agents.

Ce n’est pas l’avis des trois plaignants et notamment de l’une d’elles qui jure avoir entendu le préfet lâcher : "Il n’y a que des noirs ici".

Trois associations, dont la Licra et SOS Racisme, se sont portées partie civile.

L’affaire, qui pourrait valoir à l’ex-préfet jusqu’à six mois de prison, a très vite pris une tournure politique.

Dès le début août et le dépôt de la première plainte, M. Girot de Langlade, aujourd’hui âgé de 63 ans, est suspendu de ses fonctions.

"Je ne tolèrerai jamais que des propos racistes ou discriminants soient tenus dans notre pays, d’autant plus par un représentant de l’Etat", justifie alors le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, jugeant ce comportement "indigne" de la République.

Mais le préfet contre-attaque et sort de son devoir de réserve. Fin août, dans Le Parisien, il accuse le ministre d’avoir "orchestré" cette affaire "pour se refaire à bon compte une virginité de parfait antiraciste" après son passage controversé au ministère de l’Identité nationale.

La sanction tombe début septembre : M. Girot de Langlade est mis à la retraite d’office. "On n’est plus dans une démocratie", s’emporte-t-il alors que le ministère assure que la procédure disciplinaire a été scrupuleusement respectée.

Mais quelques jours plus tard, c’est au tour de M. Hortefeux d’être au coeur d’une polémique pour avoir déclaré au sujet d’un jeune militant UMP d’origine maghrébine : "Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes".

L’ancienne candidate (PS) à la présidentielle Ségolène Royal recommande alors à M. Hortefeux de s’appliquer à lui-même "la jurisprudence Girot de Langlade" en se mettant à la retraite d’office.

L’ancien préfet savoure alors sa revanche. "Je me dis que le plus raciste des deux, ce n’est pas moi", déclare-t-il en visant le ministre.

Avec une pointe d’ironie, son avocat, Me Gilbert Collard, relève aujourd’hui, dans une déclaration à l’AFP, que "M. Hortefeux a déjà été condamné par la justice contrairement à (son) client".

Pour ses propos jugés "outrageants" envers les personnes d’origine maghrébine, M. Hortefeux a été condamné le 4 juin à une amende de 750 euros. Il a fait appel de cette décision.

AFP

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