Tourisme dans le Sud-Ouest : Des sites historiques à promouvoir

La région du Sud-Ouest du Burkina, regorge de potentialités touristiques. Les journalistes qui y ont séjourné du 25 au 27 juin 2010, ont découvert le cimetière des tirailleurs sénégalais de Batié, la « maison » d’Houphouët-Boigny dans la même localité et la grotte militaire de Diébougou ou « guerre dinguè », les trous de la guerre en langue nationale dioula.

La culture et le tourisme sont considérés comme des secteurs de développement durable pour la région du Sud-Ouest du Burkina. Pour le cas du tourisme en particulier, cette partie du Burkina regorge de nombreuses potentialités touristiques, reposant sur un passé colonial, malheureusement peu ou pas connues encore moins valorisées.

C’est le cas du cimetière militaire ou cimetière des tirailleurs sénégalais de Batié, localité située à environ 65 km de Gaoua, le chef-lieu de la région. Sur le site du cimetière (situé à l’entrée ou à la sortie de la ville), aucune signalétique (pancarte) ne permet d’identifier l’endroit. Les tombes sont pratiquement dans un bois car entourées d’arbres ombrageux.

Sur l’une d’elles, on peut aisément lire : « ici repose le tirailleur Tipité Kambou, N° Mle 75141, décédé le 27 juin 1936) ». Tiens ! La visite s’est effectuée le 27 juin 2010, 74 ans après, jour pour jour. A l’image de celle-ci, les autres tombes portent les noms, les numéros matricules, la date de décès des personnes qu’elles abritent. Ce sont majoritairement, des tirailleurs sénégalais, qui ont probablement participé à la première guerre de 1914-1918.

En effet, les tombes abritent des soldats de plusieurs nationalités : béninoise, togolaise, ivoirienne, sénégalaise, nigérienne, burkinabè, etc. En plus des militaires, des fonctionnaires de l’époque coloniale, de diverses nationalités aussi, sont enterrés dans ce cimetière. Philippe Kambiré, 68 ans, instituteur à la retraite, qui s’est porté volontairement guide, dit ne pas connaître la date exacte de la création de ce lieu.

Ce dont il est sûr, Batié fut une importante base militaire à une période de l’époque coloniale. Le cimetière militaire a été créé à cette époque et était destiné à accueillir les militaires décédés. Suite à la suppression de la colonie de la Haute-Volta (actuel Burkina Faso), la région du Sud-Ouest a été rattachée à la Côte d’Ivoire et de ce fait, faisait partie de la Basse Côte d’Ivoire.

Philippe Kambiré se souvient qu’à cette époque, Batié a abrité le commandement militaire de la Basse Côte d’Ivoire. Et cela pourrait aussi expliquer l’existence d’un cimetière militaire. D’ailleurs, la résidence actuelle du haut- commissaire à Batié, fut aussi la résidence du commandant militaire de l’époque de la Basse Côte d’Ivoire, un colonel français.

En attendant que des historiens situent définitivement l’opinion, le conseil municipal de Batié a entrepris de réhabiliter le site du cimetière militaire de la ville. Selon le maire de Batié, Jean Bosco Somé, les enterrements qui y avaient toujours cours, ont été interdits, il y’a quelques années et le plan de réhabilitation comprend la construction d’un mur de clôture avec des portes d’entrée, la réfection des tombes, etc.

Le dossier de réhabilitation du cimetière des tirailleurs est presque fin prêt, à en croire le bourgmestre et le devis qui s’élève à 58 millions de F CFA, devrait être acheminé à l’ambassade de France pour financement. Une autre curiosité à Batié, la « maison » d’Houphouët-Boigny, entièrement construite en briques et de style colonial. Là maison d’Houphouët (ex-président de la Côte d’Ivoire) est toujours bien solide même si l’intérieur est délabré.

Selon le guide Kambiré, cette maison a servi de logement au médecin-chef de la ville, un grand ami de l’ancien président ivoirien Félix Houphouët-Boigny. Et dans le cadre de ses tournées pour implanter dans la région, son parti, le rassemblement démocratique africain (RDA), en 1947, Houphouët-Boigny a séjourné chez son ami, le Dr Bâ, pour battre sa campagne, d’où l’appellation « la maison d’Houphouët ».

Cette période correspond à l’époque de la Basse Côte d’Ivoire et se situe à quelque mois du rétablissement de la colonie de Haute-Volta (1949). Le visiteur découvre aussi, que la « maison » d’Houphouët est rattachée à un autre bloc qui a abrité le collège ouest-africain de Batié transféré plus tard, à Bobo-Dioulasso et qui deviendra le lycée Ouezzin Coulibaly.

Les trous de la trouille

Parmi les sites touristiques de la région du Sud-Ouest figure en bonne position, la grotte militaire de Diébougou, une grotte impressionnante appelée « Guerre dingue », c’est-à-dire « trous de la guerre » en dioula. C’est une forteresse militaire, réalisée dans le jardin du commandant de l’époque. L’édifice creusé dans la colline est situé à l’Ouest de la ville. Il compte quatre principales galeries débouchant sur le flanc de la colline par trois sorties. Il dispose également, d’une issue de secours et d’une cheminée d’aération.

C’est par cette cheminée centrale que les travaux de construction ont débuté, selon le guide Youssef Konaté. Elle est d’environ 8 à 10 mètres carrés creusés depuis le sommet de la colline jusqu’à une dizaine de mètres de profondeur. Puis de là, les ouvriers ont foré la pierre latéritique pour réaliser les galeries. Les coups de pioche ou de barre à mine sont visibles partout sur les parois. Abandonnée on ne sait exactement à quelle époque, la grotte est aujourd’hui occupée par des chauves-souris, des êtres inoffensifs.

Mais pour ceux qui ont la phobie des volatiles, c’est la trouille, d’autant plus que le bien est étroit par endroits, peu éclairé, moite en période humide et dégageant une odeur spécifique. Des caïmans viennent également s’y reposer, pendant la période forte de chaleur en saison sèche. Certains fantasmatiques y voient des boas. Mais avec le guide, on se sent plus dans un univers qui laisse imaginer une partie de la vie des colons de l’époque. Une fois à l’intérieur, un confrère, dans l’euphorie de la découverte de la galerie des officiers, a proposé qu’elle serve de restaurant.

La grotte est unanimement attribuée à l’Armée coloniale française. Mais sa raison d’être est controversée. Pour certains, elle serait construite pendant la première guerre mondiale et a servi de refuge à l’armée française et aux populations locales, en cas d’attaques des troupes allemandes. C’est encore une question de trouille. Pour d’autres, elle a été réalisée bien avant. Vers 1900, selon le guide Youssef Konaté. Et si elle a servi d’abri aux Français, c’est parce que ceux-ci avaient peur des populations locales, en permanente rébellion contre les colons à l’époque.

« Ils (les militaires français) étaient souvent menacés et là (dans la grotte), ils étaient en sécurité » , indique le guide Konaté. Il montre une galerie plus large que les autres, celle des officiers. Cette galerie comporte une issue de secours et huit dortoirs. Les autres galeries sont dotées de dortoirs plus réduits destinés aux sentinelles qui se relayaient aux portes de sortie, selon les explications du guide.

Dr Inyibon Dah, chercheur ayant travaillé sur les éléments matériels de l’histoire du Sud-Ouest, doute aussi que cette région fût la plus menacée pendant la guerre d’autant que le Ghana voisin, par où la menace allemande pouvait surgir, était une colonie de l’Angleterre, un allié de la France. Des grottes similaires se retrouvent également à Djikologo (15 km de Diébougou), à Gaoua et à Kampti, soit exclusivement dans la région des Lobi où les populations se sont toujours opposées aux exactions de l’armée française.

Qu’a cela ne tienne, aujourd’hui la grotte est aménagée. Les galeries peuvent être éclairées à l’aide d’un groupe électrogène, les portes d’entrée protégées par des grilles. Une « gamelle » protège la cheminée centrale. Au-dessus de la colline, on peut voir une tranchée creusée pour ralentir l’avancée de l’ennemi vers la grotte. L’association APRO TOUR/PAC en charge de la gestion de ce site, réserve des détails croustillants aux visiteurs curieux.

Gabriel SAMA et Aimé Mouor KAMBIRE

Sidwaya

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