CHEFFERIE TRADITIONNELLE : Le nécessaire choix entre le statut et le laisser-faire

Qu’on se dise la vérité. Il faut que les politiques arrêtent de « fourrer leur nez » dans les affaires coutumières. Comme tout trône, les convoitises ne manquent pas. Mais la compétition avait ses règles qui étaient respectées de tous. Depuis que les politiciens ont décidé de conquérir ce domaine, tout a été déréglé. Que de rancœurs et de haines dans de nombreuses localités du Burkina ! Dans un premier temps, ils ont aussi leur mot à dire quand il faut introniser un nouveau chef. Généralement, ils soutiennent les candidats acquis à leur cause ou ceux qui seront facilement manipulables.

Quand ce n’est pas cela, ils recrutent des militants parmi les bonnets rouges qui sont, bien entendu, des citoyens comme tout le monde. Le contexte de pauvreté et le manque de statut aidant, les chefs coutumiers deviennent des relais efficaces des hommes politiques surtout quand on connaît l’influence qu’ils ont encore dans leur patelin. Ils sont chargés, même quand ils n’animent pas les meetings, de transmettre les promesses des candidats. Alors, celui qui est censé défendre les intérêts de tous ses sujets choisit d’appartenir à un camp. Dans l’hypothèse où les promesses ne sont pas respectées (Dieu seul sait si c’est souvent le cas), le chef fait désormais partie de ces hommes qui n’ont pas de parole et envers qui on a, désormais peu de respect.

A qui la faute alors si aujourd’hui, les dépositaires de nos valeurs ne répondent plus aux aspirations des populations ? Dans ce jeu de poker, force est de reconnaître que le pouvoir actuel semble avoir signé un pacte avec les bonnets rouges et qu’il ne peut rompre avec eux. Si le vide juridique les concernant n’a toujours pas été comblé, c’est assurément que le désordre lui profite grandement. En effet, dans le temps, les chefs traditionnels étaient autosuffisants avec de grands domaines agricoles par exemple. Aujourd’hui, le statut de chef traditionnel ne nourrit pas son homme. C’est cette situation peu enviable qui fait qu’ils sont manipulables, surtout par les politiciens qui n’hésitent pas à les "enfeuiller" surtout pendant les échéances électorales. Ils ressemblent bien malheureusement à des rabatteurs d’électeurs quand leur influence est encore intacte dans leur localité.

C’est pourquoi, il faut un statut pour les chefs traditionnels, qui définisse leur place dans notre société. Si les avantages liés à ce statut peuvent représenter un casse-tête pour l’Etat, il n’en demeure pas moins que toute la société burkinabè en retirera un bénéfice énorme d’abord en termes de paix sociale. Loin de nous l’idée de mettre tous les gardiens de nos traditions dans le même sac. Ceux d’entre eux qui ont su garder leur neutralité, quand les politiciens ne cessaient de leur faire la cour surtout à l’approche des élections, peuvent d’ailleurs s’estimer heureux et dignes et il en existe. L’histoire récente du Burkina regorge d’exemples de bonnets rouges qui ont été traînés dans la boue parce qu’ils ont défendu bec et ongle des chapelles partisanes. Certains ne sont pas loin d’être vomis par leurs populations. Adossés à des politiciens, ils disposent de moyens importants pour imposer leur point de vue et obliger les éventuels contestataires à se terrer.

Une constante se dégage malheureusement. Dans le temps, même si les intrigues politiciennes ne manquaient pas dans la chefferie coutumière, les conflits fratricides n’étaient pas aussi exacerbés que de nos jours. Comment alors se retrouver pour parler du développement de la localité ? Voilà le gâchis en termes de développement que nous impose l’ingérence des politiques dans les affaires coutumières. La morale est bien simple et elle se vérifie un peu partout. La chefferie coutumière a ses lois qui lui sont propres. Il faut les respecter. L’Etat a l’obligation régalienne de ne pas opter pour le laisser-faire, mais de donner un statut juridique aux dépositaires de nos valeurs morales, pour la paix sociale et le développement.

Le Fou

Le Pays

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