Manifestations à Gaoua : Les installations de la police incendiées

La journée du 1er juillet 2010 a été chaude à Gaoua. La population sortie nombreuse a investi les artères de la ville de Gaoua et surtout celle menant du centre médical au gouvernorat où se trouve la direction régionale de la police du Sud-Ouest. Après avoir reçu des jets de pierres, elle a été mise à sac par les manifestants qui demandent justice suite à la mort de Da Arnaud Somé, arrêté par la police dans la soirée du 30 juin 2010 à Danyoro et qui, par la suite, a rendu l’âme dans la nuit du 30 juin au 1er juillet, aux environs de 1 heure du matin.

« Selon les informations qui m’ont été données par la police, le 30 juin, ils ont interpellé, à l’occasion d’une patrouille deux individus à moto ; dont l’un visiblement détenait quelque chose de pas très claire. Les éléments ont procédé à la fouille et se sont rendus compte qu’il s’agissait de la drogue, du chanvre indien ; l’individu a pris la fuite, et les trois éléments se sont mis à ses trousses.

Selon ce qu’on m’a expliqué, il est allé rentrer dans un ravin mais en abordant le ravin, sans doute, il a dû observer une chute et son visage est allé violemment en contact avec le bord du ravin et à partir de ce moment il était visiblement mal en point, les deux éléments l’ont ramené jusqu’au véhicule d’intervention et ils ont fait demi-tour puisque ce n’était pas loin de Gaoua ; c’est dans le village de Danyoro », a expliqué le procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Gaoua, Jean Alexandre Tindano.

« Ils l’ont ramené d’abord au niveau du poste, et par la suite au niveau du CHR, donc, on croyait que les choses allaient s’améliorer, qu’il allait retrouver son état normal, malheureusement c’est aux environs de 1 heure du matin que j’ai été informé qu’il a succombé suite à ses blessures. Pendant ce temps le second était à la police », poursuit-il. Yassia Nakanabo est le second qui était avec Da Arnaud Somé lors de leur interpellation par la police, sur la route de Danyoro.

Selon lui, le sieur Somé a été « bastonné » par la police de même que lui. « Quand ils m’ont fouillé ils n’ont rien trouvé sur moi ; ils ont pris tout ce que je possédais mais ils n’ont rien trouvé. Quand ils ont fouillé Arnaud ils n’ont rien vu et c’est dans le sac qu’ils disent avoir vu de la drogue. Moi, je n’ai pas fouillé le sac et je n’en sais rien ».

L’orpailleur Nakanabo a été mis en cellule dans la soirée, du 30 juin 2010, et libéré par le procureur à 3 heures du matin du 1er juillet, histoire de calmer la population et la famille de Somé qui, après le décès ont emmené le corps à la police. Les autorités (haut-commissaire, maire et procureur) ont présenté les condoléances à la famille éplorée ; cela après tentative de calmer l’atmosphère qui commençait à se détériorer.

La sœur du défunt, Angèle Somé, qui est restée à son chevet jusqu’à ce qu’il rende l’âme raconte : « c’est aux environs de 16 heures que j’ai été appelée pendant que j’étais au service pour me dire de venir urgemment à l’hôpital, que mon petit frère a été victime d’un accident.

Arrivée à l’hôpital, j’ai vu beaucoup de monde qui était là et qui se demandait comment on pouvait maltraiter un être humain de cette façon. Quand j’ai vu mon frère, je n’ai pas pu retenir mes larmes. J’ai pleuré et mon petit frère m’a dit de ne pas pleurer. Il m’a dit qu’ils voulaient le tuer et je lui ai demandé qui voulaient le tuer.

Il a répondu, les policiers en indiquant qu’ils étaient au nombre de quatre et qu’il les connaît. Il m’a demandé de prier pour lui. Les policiers que j’ai trouvés à l’hôpital étaient en civil ». A 23 heures, ils sont rentrés pour remenotter mon frère qui se plaignait de douleur au ventre. les policiers se sont rendus compte de la gravité de la situation et ont quitté les lieux ».

Gaoua en branle

L’annonce du décès de Arnaud Somé a provoqué la colère de la famille. Elle voulait connaître les responsables du décès de leur fils parce que convaincue que la victime a été battue par les éléments de police. Pour mieux comprendre l’affaire, le procureur, le juge d’instruction, les deux éléments de la police qui étaient en patrouille, le Directeur régional (DR) de la police, deux membres de la famille, le compagnon de Arnaud Somé (l’orpailleur Nakanabo) et trois éléments de la gendarmerie ont été sur les lieux pour la constatation.

Les auditions ont commencé le 1er juillet avec les populations de Danyoro afin de confronter les différentes versions et prendre les mesures qui conviennent selon les instructions du parquet général, confie le procureur.

« C’est au moment où je voulais les entendre que le DR de la police m’a appelé pour me dire attention ; les manifestants sont venus à la charge, ils ont envoyé des émissaires pour venir m’appeler, ils voulaient me parler et ils voulaient que je leur explique la situation. La manière, la sagesse avec laquelle les manifestants m’avaient approché avaient laissé convaincre tout le monde que cette démarche citoyenne allait continuer et qu’il ne devait pas y avoir de dérapage », a expliqué le procureur.

C’est contre toute attente des autorités que la population s’est organisée vers 15h de la place des funérailles pour marcher sur la direction régionale de la police : le véhicule de patrouille, les deux motos, une antenne parabolique fixée ont fait les frais. La direction régionale elle-même est ensuite incendiée. Ordinateurs, documents administratifs, motocyclettes, et vélomoteurs saisis par la police ont été consumés.

Les manifestants ont ensuite parcouru les artères de la ville pour exiger que la lumière soit faite sur la mort de Arnaud Somé dans les prochaines 72 heures. Des renforts d’agents de sécurité sont arrivés après les dégâts. Militaires et gendarmes envoyés sur le terrain ont tenté à leur manière de « gérer » la situation en jetant des gaz lacrymogènes. Un enfant de 12 ans a succombé des suites de ses blessures ; un autre blessé grave a été évacué au Centre hospitalier régional de Gaoua.

Dans l’enceinte de la police il y avait un minimum d’armement dont l’explosion pourrait occasionner des dégâts. Selon le procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Gaoua, Jean Alexandre Tindano, feu Da Arnaud Somé, âgé de 25 ans, est un repris de justice. Il a été arrêté avec du cannabis ou chanvre indien de 1,14 kg. Il avait été jugé et condamné pour les mêmes causes le 21 Mars 2005 à deux mois de prison ferme pour détention et usage de stupéfiants.

Le message de paix des autorités entendu

L’appel au calme lancé par les autorités a été entendu . Dès le lendemain de la manifestation, un calme est revenu dans la cité du Bafuji. Des forces de sécurité et de défense ont été déployés dans les endroits stratégiques de la ville : mairie, direction régionale de la police, gouvernorat et palais de justice…, armes au poing et munis de gaz lacrymogènes.

Le gouverneur Komyaoba Pascal Sawadogo en appelle au bon sens de la population gaoulaise. « Je voudrais d’abord déplorer la situation et par la suite demander aux parents, aux connaissances, pour que chacun puisse se maîtriser et qu’on puisse trouver la solution idéale au lieu d’avoir des réactions qui peuvent éventuellement empirer la situation de part et d’autre. Je voudrais simplement faire appel au bon sens des familles, des parents et de tous les responsables pour que la paix revienne à Gaoua et dans le sud-ouest… », a lancé le gouverneur Sawadogo.

Le maire de Gaoua, Jean Baptiste Kambou embouche la même trompette : « Je pense que l’appel que je pourrai lancer, c’est un appel de paix, à la retenue, et à la cohésion sociale. Nous œuvrons depuis le début de notre mandat à la recherche de la cohésion sociale qui est notre thème ».

La société civile, en l’occurrence le Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) a sa vision des faits. Le président de la section MBDHP de Gaoua, Détouré Simplice Da, soutient que ce n’est pas un décès ordinaire. Pour nous, en tant que mouvement des droits de l’homme, c’est d’abord un sentiment de remords. On est révolté, indigné par ce genre de situation. Si la population a réagi, c’était pour répondre à la violence ; ce n’est pas légal mais ça semble légitime.

Je pense que dans l’ensemble, elle était obligée de réagir parce qu’elle a estimé qu’il y avait injustice quelque part. Si elle a crié non à l’impunité, c’est justement pour faire en sorte qu’il y ait la paix dans l’ensemble du pays. Ce sont les bavures policières qui ont conduit à cela nous ne pouvons que déplorer la situation », a déclaré le premier responsable local du MBDHP. Selon le procureur, trois policiers sont, à l’heure actuelle, aux arrêts et seront incessamment entendus par la justice.

Assany SAWADOGO : AIB/Gaoua

Sidwaya

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